Politique monétaire / QE / pepp / BCE
Politique monétaire
QE / pepp / BCE
BCE : ces gouverneurs qui veulent resserrer les conditions monétaires
La BCE pourrait-elle annoncer le calendrier de son resserrement monétaire dès la prochaine réunion des gouverneurs de juin ? Plus d'un an après l'instauration du programme d'achats de titres d'urgence pandémique (PEPP), qui a pour l'instant permis à la BCE d'acheter pour un peu plus de 1 000 milliards d’euros de titres de la zone euro, certains gouverneurs commencent à évoquer un éventuel ralentissement des achats. Rappelons que Francfort a au contraire accru le rythme hebdomadaire de ses achats depuis le mois de mars, afin de contrer la hausse des taux souverains de la zone euro, importée des États-Unis. Au cours du seul mois d’avril, la BCE a ainsi acquis pour 80 milliards d’euros de titres, soit un niveau moyen de 20 milliards par semaine. À ce rythme, la BCE aura dépensé la totalité de l’enveloppe de 1 850 milliards d’euros d’ici le mois de mars 2022, date jusque laquelle elle s’est justement engagée à maintenir le PEPP.
Le gouverneur de la Banque centrale lituanienne Martins Kazaks a pourtant plaidé en fin de semaine dernière pour ralentir de nouveau la cadence si les conditions financières demeuraient favorables, dès le mois de juin. Des déclarations qui ont notamment fait grimper le rendement des titres italiens de 10 points de base, passant de 0,83 % à 0,93 %. Selon le banquier central de l’Est, la hausse des taux souverains ne devrait pas systématiquement entraîner d’ajustement du programme d’achats de titres, dans un contexte où l’économie de la zone euro semble enfin repartir, soutenue par le redémarrage de la consommation des ménages et la fin des mesures de restriction, ainsi que les effets d’entraînement du plan de relance américain.
La réunion de politique monétaire de juin sera l’occasion pour la BCE de dévoiler ses nouvelles perspectives de croissance et d’inflation, après avoir dévoilé en mars que les prix devraient progresser de 1,5 % seulement cette année, puis 1,2 % l’an prochain et 1,4 % en 2023, et le PIB de 4 %, 4,1 % et 2,1 % en 2021, 2022 et 2023. Si les prévisions de croissance et d’inflation sont révisées à la hausse, les gouverneurs pourraient effectivement décider de réduire la voilure des achats hebdomadaires - sachant que Christine Lagarde a plusieurs fois répété que la totalité de l’enveloppe pourrait ne pas être dépensée en fonction de l’évolution de la conjoncture.
Tout dépendra aussi de l’avis des autres gouverneurs, certains, considérés comme plus "faucons", ayant déjà déclaré qu’il faudra commencer à ralentir le soutien monétaire dès le milieu de cette année. Début avril, le gouverneur autrichien Robert Holzmann a ainsi déclaré que les achats de titres pourraient être réduits dès cet été, rappelant que la BCE avait modifié le verbatim du PEPP en décembre 2020. "Quand nous avons décidé de prolonger le PEPP en décembre dernier, nous avons modifié notre discours en parlant non plus d’une enveloppe qui devra être dépensée mais qui pourra être dépensée ", a-t-il déclaré. Une façon de rappeler la souplesse propre à ce programme d’urgence, sans montant fixe déterminé par mois. Son homologue hollandais Klaus Knott a lui aussi évoqué la possibilité de réduire la voilure dès le début du troisième trimestre, si la conjoncture le permettait. Et si le gouverneur allemand, plutôt opposé à tout maintien sous perfusion durable de l’économie, ne s’est pour l’instant pas exprimé sur le PEPP, il devrait lui aussi défendre un ralentissement progressif des achats de titres. D’autant qu’un recours a été déposé devant la Cour constitutionnelle de son pays contre le PEPP, au motif que ce programme est contraire à l'interdiction de financement monétaire de la BCE décrite dans le traité de l'UE.
Dernier facteur qui pourrait influencer le calendrier de sortie de la BCE, les décisions des autres grandes Banques centrales. Ainsi, si la Fed commence à faire des déclarations concernant le début de son tapering, Francfort pourrait décider de lui enclencher le pas. La Banque d'Angleterre a enclenché le mouvement en réduisant le rythme de ses achats hebdomadaires, de 1 milliard de livres. Un petit pas en somme, mais qui symbolise la difficulté actuelle des Banques centrales à savoir quel sera le bon rythme de retrait de leur soutien monétaire.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

