éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Macron sur tous les fronts
par Yves de Kerdrel
Mise en place du déconfinement, accélération de la campagne vaccinale, préparation des élections régionales, fracturation de la droite, mise en place d’un nouveau plan de relance. Emmanuel Macron est partout et s’occupe de tout. Sauf de la sécurité, et de la restauration de l’autorité de l’Etat. Deux sujets qui s’imposent petit à petit dans la pré-campagne présidentielle en raison de la multiplication des faits divers.
Sans attendre que les Français retrouvent une vie normale, le Président de la République a repris ses visites sur le terrain. Et il devrait accentuer son tour de France d’ici l’été et pendant le mois de juillet, voire une partie du mois d’août. S’il a pris soin de ne jamais en parler, il pense tous les jours à l’élection présidentielle. Et désormais tous les projets du gouvernement s’étagent jusqu’en 2025.
Sur le plan pratique, il commence aussi à s’organiser avec le retour de son principal conseiller pour 2017, Ismaël Emelien, à l’Élysée, alors que ce dernier avait pris son indépendance au point de travailler comme consultant pour LVMH et pour Veolia. Il va rejoindre Thierry Solère, qui exerce les fonctions de conseiller politique, en dépit de ses nombreux ennuis judiciaires, et qui a pour mission de poursuivre le débauchage des personnalités de droite.
Que sont devenus les Républicains ?
Tout le monde convient en effet que l’élection se fera à droite. Même si c’est là une extrapolation un peu grossière de la France politique. Car elle inclut dans ce terme de droite, l’extrême-droite qui a un programme économique proche de celui de la France Insoumise, qui réunit des anciens électeurs communistes, voire socialistes et qui est en beaucoup de points opposés aux valeurs de la droite libérale : l’économie de marché, la libre circulation des hommes et des capitaux, la construction d’une Europe solide et l’accentuation de la mondialisation.
De la même manière, le parti Les Républicains, dont on ne sait plus exactement ce qu’il pèse vraiment – sans doute pas plus de 10 % du corps électoral, soit un peu plus que le résultat de Bellamy aux dernières européennes – est lui-même désormais clairement fracturé en deux camps. Ce qui témoigne – a posteriori – de l’absurdité de la création de l’UMP il y a près de vingt ans. Il y a donc une droite bonapartiste façon Wauquiez, Ciotti, Morano et une droite orléaniste façon Longuet, Woerth, Copé. Sans compter tous ceux qui sont désormais hors-les-murs : de Xavier Bertrand à Valérie Pécresse en passant par Christian Estrosi.
Manœuvres politiciennes de l’Élysée
A quelques semaines des élections régionales qui sont importantes pour les partis politiques, mais qui vont hélas souffrir d’un taux d’abstention record, les petites manœuvres politiciennes venues de l’Élysée font flop et ne vont rien changer au résultat final. Le parachutage express d’Éric Dupont-Moretti dans les Hauts de France témoigne à la fois de la panique de la majorité présidentielle. Que va pouvoir aller dire un Garde des Sceaux qui nie la notion "d’ensauvagement" dans la région où le rassemblement national est le plus présent. De surcroit avec une feuille de paye – avant d’être ministre – de 650.000 euros par an.
Un récent sondage fait par Odoxa a montré que les Français reprochent à Emmanuel Macron d’avoir voulu organiser la bouillabaisse politicienne des régionales en région PACA. Il est certain que l’on ne peut pas à la fois se réclamer de De Gaulle et honorer Napoléon 1 er et se livrer à des manœuvres indignes d’un Chef d’État.
Les semaines se suivent et se ressemblent
Mais le sujet le plus prégnant est aujourd’hui celui de l’ordre public et de l’absence de moyens accordés à la police dans ses missions quotidiennes. La mort à bout portant d’un policier à Avignon, l’immolation vivante d’une femme par son ex-compagnon frappé d’une injonction d’éloignement, sans compter les tirs au mortier dans le quartier de Stalingrad ont fait la une de l’actualité cette semaine. Et à quoi aura-t-on droit cette semaine avec le pont de l’Ascension ?
L’horreur de ces différents faits divers, l’impassibilité des pouvoirs publics, l’absence d’une réponse pénale à la petite et moyenne criminalité frappent désormais chaque français. Les spécialistes de ces questions estiment qu’un français sur dix a été directement ou indirectement (par ses enfants ou ses parents) victimes d’un acte de violence. Ce qui est considérable. Et dire qu’il y a quelques semaines le locataire de l’Élysée donnait une interview vidéo à Brut pour y dénoncer les violences policières. L’inversion des valeurs est tragique. Et la question n’est pas tant celle de l’immigration - comme feint de le découvrir Valérie Pécresse - que celle de la réponse pénale face à des actes de violence graves commis par des gamins de 15 ans.
Éviter de tomber dans le même piège que Jospin
Il reste donc peu de temps à Emmanuel Macron pour éviter la faute de Jospin en 2001-2002 qui ne voulait parler que de "sentiment d’insécurité". Ce qui a contribué à sa défaite, mais aussi à la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Le problème aujourd’hui c’est qu’il faudrait que ceux qui candidatent à la magistrature suprême ne parlent que d’autorité et de sécurité. Avec une voix qui soit plus crédible que celle de Marine Le Pen. Comme Nicolas Sarkozy avait su le faire en 2007.
Or pour l’instant à gauche, il n’y a que Manuel Valls et Bernard Cazeneuve qui ont conscience de cette problématique. Personne au sein de la majorité présidentielle n’est capable d’aider Emmanuel Macron à se sortir de ce piège où l’ont mis pendant trois ans le couple infernal formé par Christophe Castaner et Nicole Belloubet. Il se dit que Julien Dray, spécialiste des banlieues, a rendez-vous désormais une fois par semaine à l’Élysée. Mais il vaudrait mieux que ce soit Alain Bauer.
Macron complexé par Biden
Pour l’heure, le Chef de l’État est préoccupé par le retard pris par le Plan de relance, dont 40 % des subsides sont issus de l’emprunt européen qui n’a toujours pas été ratifié par dix pays et qui est attaqué par la Cour de Karlsruhe. De fait il a commencé à lancer des ballons concernant un second plan de relance un peu moins axé sur le "vert" et davantage sur le digital, l’intelligence artificielle ou la santé. Ce qui serait une bonne idée.
En fait, Emmanuel Macron a été impressionné par le second plan Biden qui est destiné à redonner à l’Amérique sa première place dans toutes les industries de pointe afin qu’elle reste loin devant la Chine. Et tout cela avec une composante fiscale très finement ciselée puisqu’elle frappe les grands groupes et un peu les ménages les plus aisés. Ce qui envoie un message clair et net à une classe moyenne un peu déboussolée par quatre années de "Trumpisme" et par la forte montée des inégalités.
Quelle composante fiscale en France ?
Outre la sécurité ce sujet des inégalités devrait avoir sa place lors de la prochaine présidentielle. Le problème d’Emmanuel Macron c’est qu’il reste attaché à sa notion de "premier de cordée" et à la théorie du ruissellement. Or Joe Biden a brisé un véritable tabou il y a quelques jours en affirmant devant les parlementaires américains que cette fameuse théorie du ruissellement n’avait jamais fonctionné.
Ce qui veut dire que les prochains candidats à la présidentielle devront inclure eux aussi une composante fiscale. Tout en maintenant pour les entreprises un effort afin qu’elles rapatrient des unités de production récemment délocalisées au Maghreb ou en Asie. A cela s’ajoute aussi la question d’une taxation ad vitam aeternam des Français partis à l’étranger, comme c’est le cas pour les Américains. Ce qui règle une fois pour toutes le sujet des exilés fiscaux. D’autant que l’instauration d’un prélèvement forfaitaire unique à 30 % et la transformation de l’ISF en IFI ne les a pas fait revenir.
Le retour de la confiance
En matière conjoncturelle, l'activité du secteur des services a renoué avec la croissance en avril en France en dépit de l'instauration d'un nouveau confinement national. L'indice PMI calculé par IHS Markit auprès des directeurs d'achat a progressé à 50,3 dans sa version définitive contre 48,2 en mars et 50,4 donné en première estimation. L'indice revient ainsi au-dessus du seuil de 50 qui sépare une contraction d'une croissance de l'activité.
L'indice PMI composite, qui groupe les secteurs manufacturiers et des services, a progressé à 51,6 en avril contre 50,0 le mois précédent et une estimation "flash" de 51,7. L'amélioration de l'activité dans les services en France le mois dernier constitue une surprise alors que le pays subissait un troisième confinement national. Après une période prolongée de ralentissement, les conditions sous-jacentes de la demande commencent maintenant à se rétablir, les déploiements de vaccins donnant aux entreprises la confiance nécessaire pour regarder au-delà de la crise
Cette demande s'est traduite par de nouvelles affaires et une augmentation des niveaux d'activité dans l'ensemble du secteur des services.
Une bonne dynamique de l’investissement
Interrogé cette semaine par BFM Business, François Villeroy de Galhau a affirmé que : "Nous allons connaître cette année un fort rebond. Nous estimons à la Banque de France que la croissance sera supérieure à 5 %. C'est la plus forte croissance depuis 50 ans, et ce sera mieux que la moyenne de la zone euro." Avant d’ajouter : "Il y a la confiance des consommateurs, des particuliers que nous sommes. Et puis, il y a aussi la confiance des chefs d'entreprise."
Interrogé sur le moral des patrons, le Gouverneur a déclaré : "tel qu'on peut apprécier l'investissement sur le premier trimestre, les chiffres qui ont été publiés récemment montrent une croissance de l'investissement de 2 % au premier trimestre, alors même que la croissance de l'économie était plate. Donc il y a des signes favorables, mais nous devons rester extrêmement vigilants : en gros, nous avons une année devant nous pour sortir vraiment de la crise Covid."
L’avertissement de Janet Yellen
Plus tôt dans la semaine la secrétaire au Trésor, Janet Yellen a soufflé le froid sur les marchés financiers en déclarant que les taux d'intérêt aux États-Unis pourraient devoir être relevés pour éviter une surchauffe de l'économie américaine à mesure que les programmes d'investissements de l'administration Biden seront mis en place. Il est vrai que le stimulus du premier plan Biden a déjà produit des effets très rapides sur l’emploi et l’inflation.
Celle qui a dirigé la Fed il y a quelques années a expliqué "qu’il se peut que les taux d'intérêt doivent augmenter quelque peu pour s'assurer que notre économie ne surchauffe pas, même si les dépenses supplémentaires sont relativement faibles par rapport à la taille de l'économie". Avant d’ajouter : "cela pourrait entraîner de très modestes augmentations des taux d'intérêt, mais ce sont des investissements dont notre économie a besoin pour être compétitive et productive et je pense que notre économie va croître plus rapidement grâce à eux."
Les banques françaises retrouvent le moral
En matière de business la semaine a été scandée par la publication de très bons résultats de la part de l’ensemble des banques françaises. Des résultats marqués par une nette hausse du produit net bancaire (donc de l’activité) et une baisse des provisions. Ce qui rejoint les propos de François Villeroy de Galhau sur le fait qu’il ne fallait pas exagérer les risques de faillites dans le sillage de la crise sanitaire. La Société Générale, dont l’activité "equity" reste importante, à la différence d’un Crédit Agricole qui a tiré une croix dessus, a profité de la bonne tenue des marchés entre fin mars 2020 et fin mars 2021.
Les banques mutualistes n’ont pas à rougir de leurs comptes qu’il s’agisse de BPCE ou du Crédit Agricole. Par ailleurs elles restent très excédentaires en matière de fonds propres. BPCE a de surcroit profité du redressement de Natixis que Nicolas Namias a commencé à mener. La banque dirigée par Laurent Mignon s’apprête à racheter les minoritaires de Natixis. Ensuite son grand chantier, sera la rationalisation des métiers de gestion d’actifs qui sont l’un de ses points forts avec Ostrum.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
de la semaine
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Quand Xavier Fontanet conquérait le monde pour Essilor
30/04/2021 - 09:00
Chronique / Agnès Verdier-Molinié
Chronique / La France bientôt dépendante de ses créanciers ?
22/03/2021 - 09:00

