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Politique monétaire / BCE / coronavirus / croissance

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BCE / coronavirus / croissance

Pas de crise financière en vue en Europe

Tel est l'avis de l'économiste en chef de la BCE, Philip Lane, qui redoute en revanche des problèmes de solvabilité à moyen terme pour les entreprises les plus affaiblies par l'épidémie. L'économie de la zone euro ne retrouvera pas son niveau de 2019 avant le printemps 2022, selon lui.
Philip Lane
Philip Lane

La prochaine réunion de politique monétaire de la BCE est programmée au 10 juin prochain, soit dans un peu moins d'un mois, laissant encore beaucoup de temps aux gouverneurs pour donner leur point de vue sur la conjoncture actuelle et la potentielle stratégie de retrait de Francfort, avant la période de réserve. Période de sept jours avant chaque réunion, durant laquelle il est recommandé aux gouverneurs de ne pas s'exprimer publiquement pour éviter toute interférence avec les marchés.

L'économiste en chef de la BCE Philip Lane a donc pu s'exprimer sans retenue lors d'une longue interview au Monde hier. L'Irlandais, qui fêtera bientôt ses deux ans au sein du directoire de la BCE, est réputé pour sa culture du consensus, et possède une image de "colombe affirmée", partisan d'un soutien monétaire durable. Sujet sur lequel il a beaucoup insisté dans son entretien au quotidien. Selon lui, le chemin de la reprise économique de la zone euro sera long, nécessitant "un effort prolongé sur le plan budgétaire et monétaire". Certes, la croissance du Vieux Continent devrait accélérer dans les prochaines semaines, avec la levée progressive du confinement dans les différents pays de la zone et l'accélération de la vaccination. Mais, selon l'économiste en chef, l'économie de la zone euro se situe encore 4 % à 5 % en dessous de son niveau de fin 2019. "C’est une contraction considérable. Lors d’une récession classique, le recul est plutôt de 2 % ou 3 %", a souligné Philip Lane. Prudent, l'économiste en chef a donc rappelé que le PIB de la zone euro ne devrait pas retrouver son niveau de 2019 avant le printemps de l'année prochaine, tandis que taux de chômage ne regagnerait son niveau pré Covid qu'en 2023.

L'économiste ne semble donc pas près de vouloir retirer le soutien monétaire fourni par la BCE depuis le début de la pandémie, elle qui a déjà racheté pour plus de 1 000 milliards d'euros d'actifs dans le cadre de son programme d'achats d'urgence (PEPP). La sortie de la politique accommodante n'est d'ailleurs pas abordée lors de l'entretien et si plusieurs gouverneurs ont déjà évoqué le sujet publiquement, l'économiste en chef s'est quant à lui bien gardé de parler de ce sujet sensible pour le moment. En revanche, l'économiste en chef a abordé le retrait du soutien des États avec optimisme : selon lui, un grand nombre des mesures budgétaires, les programmes d’aides aux entreprises et aux travailleurs vont expirer mécaniquement avec la reprise de l'économie. Bref, "les recettes fiscales vont augmenter. Les déficits budgétaires, importants, se réduiront pour une grande part de façon automatique".

Pas d'inquiétude non plus sur la hausse de la dette des États, puisqu'à la différence de 2008, les taux d'intérêt sont au plus bas, rappelle l'économiste en chef, qui estime que même en cas de remontée des taux rapide, ce qui est peu probable, les pays s'en sortiraient. Pourquoi ? Car ils ont émis à très long terme pendant la crise Covid, rallongeant la maturité de leur stock de dette. L'optimisme de l'économiste concernant la situation des finances publiques des États est tout de même étonnant : selon Eurostat, la dette publique cumulée des 19 pays ayant adopté la monnaie unique a augmenté de 1,24 milliard d’euros l’an dernier pour atteindre 11,1 milliards d’euros, ce qui représente 98 % du produit intérieur brut (PIB) contre 83,9 % en 2019, une hausse non négligeable et qui a contraint la Commission a suspendu temporairement les critères de Maastricht, puisque plus aucun pays n'était en mesure de les respecter.

Pas de crainte non plus d'une bulle financière, puisque selon le gouverneur, il faudrait pour cela "que la mesure du risque soit ignorée, comme c’était le cas avant 2008. On ne voit pas cette forme de prise de risque aujourd’hui". Les investisseurs européens sont relativement prudents selon lui. Par ailleurs, "la valeur de différents actifs financiers a augmenté, mais c'est une réponse rationnelle à un monde de taux d'intérêt bas". Enfin, une bulle est selon lui "généralement amplifiée par un niveau élevé de dettes". Et d'ajouter : "nous n’observons pas, dans l’ensemble, à l’échelle européenne, une spéculation financée par de la dette". La principale inquiétude de l'économiste en chef concerne en fait les entreprises de la zone euro, et celles qui n'ont survécu que grâce aux subventions fournies par les États pour compenser leurs pertes de revenus. En cas d'interruption trop brutale des aides, nombre d'entre elles seraient poussées vers l'insolvabilité.

 

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