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Allemagne : les dépenses publiques sont le point de discorde entre les Verts et le FDP
Les résultats aux élections législatives allemandes donnent un Parlement dans lequel les trois quarts des députés ne seront pas membres du parti du futur chancelier. Au vu des recueils de voix de chacun des partis, deux scénarios de coalition de gouvernement sont probables pour former une majorité : la coalition dite de la Jamaïque avec la CDU, les Verts et le FDP, ou celle dite du feu tricolore avec le SPD, les Verts et le FDP. Les Verts préfèrent gouverner avec les sociaux-démocrates, les libéraux avec les démocrates-chrétiens. Comme le souligne Stephanie Kelly, directrice adjointe de l’institut de recherche chez Aberdeen, "le plus grand défi est sans doute de surmonter les différences politiques entre les Verts et le FDP sur des questions telles que le frein à l’endettement, les hausses d’impôts et les dépenses publiques". Ils divergent également sur les questions de logement, sur la politique du marché du travail et la politique européenne. Ils sont en revanche d’accord sur la nécessité de la numérisation du pays et des investissements verts.
Une coalition avec le SPD serait en faveur d’une augmentation des dépenses budgétaires et d’une réforme du pacte de stabilité et de croissance, ainsi que d’une moindre austérité au niveau européen. Le FDP, dans ce cas de figure, resterait vigilant sur l’application de règles budgétaires strictes. Une coalition avec la CDU serait en faveur d’une modernisation en douceur de l’économie et de l’administration, y compris de la nécessaire numérisation. De son côté, le parti des verts resterait vigilant sur la transition climatique.
Dans le détail, pour tous les partis, le thème du climat figure en tête, mais est traité différemment. La CDU et le FDP basent leur politique climatique sur une solution de marché libre. Pour eux le prix du CO2 est essentiel pour atteindre les objectifs climatiques. Ils souhaitent d’ailleurs, la mise en place d’un "système européen complet d’échange de quotas d’émission avec un système de prix uniforme intégré dans un cadre mondial". Le SPD et les Verts, quant à eux, prônent une politique beaucoup plus interventionniste. D’un point de vue fiscal, les conservateurs et les libéraux sont attentifs au respect du frein à l’endettement, le fameux "schwarze Null" et refusent d’augmenter les impôts. Les sociaux-démocrates et les Verts veulent augmenter les impôts et créer de nouvelles taxes. Ils veulent également créer d'un fonds d'investissement de 500 milliards d'euros sur les 10 prochaines années financé par emprunt. Sur l’Europe, Olaf Scholz et Annalena Baerbock sont en faveur d’une union fiscale et aimeraient assouplir les règles de Maastricht. Christian Lindner et Armin Laschet ne souhaitent pas réformer le pacte de stabilité.
Les marchés, selon le Docteur Reto Cuent, chef économiste chez Vontobel AM, ne devraient pas être affectés par la conclusion des négociations allemandes, puisque "le parti le plus fort sera l’un des deux partis qui ont déjà gouverné le pays ces dernières années". Pour l’instant, il n’y a pas d’impact significatif sur l’euro. En revanche, une formation rapide d’une coalition serait positive pour les marchés financiers. En effet, il est important pour ces derniers de voir un dirigeant fort et solide en Allemagne, avant les élections présidentielles françaises moins prévisibles. D’après Stefan Keller, stratégiste allocation chez Candriam, cette coalition serait probablement formée avant 2022, année pendant laquelle l’Allemagne assurera la présidence du G7.
Les résultats de cette élection législative montrent une fois encore qu’en Europe, le paysage politique se fragmente de plus en plus. En Espagne, le leader socialiste Pedro Sánchez a formé un gouvernement minoritaire. La Finlande est dirigée par une alliance de cinq partis. Le Premier ministre belge est à la tête d’une coalition de sept partis formée au bout de seize mois. Les Néerlandais possèdent un premier ministre en affaires courantes qui a échoué à constituer une alliance dans une seconde chambre des États généraux qui compte 17 partis. Ainsi, d’après Stefan Keller, "le rôle des partis juniors gagne en importance". En France, Emmanuel Macron travaille déjà à la constitution de sa majorité parlementaire de 2022. En 2017, le parti présidentiel, La République en marche (LREM), possédait 314 sièges sur 577 ce qui lui conférait la majorité absolue (54,42 %). Cependant, le groupe l'a perdue en mai 2020 suite à des départs et n'est plus qu'à 269 voix actuellement (46,62 %). C'est la plus grande perte d'effectif pour un groupe majoritaire sous la Ve République. De plus, les élections municipales et régionales étaient loin d'être un succès pour LREM. C'est pourquoi Emmanuel Macron tente depuis 2020 de créer une coalition rassemblant différents partis de gauche, du centre et de la droite qui le soutiendrait durant son second quinquennat.
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