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Yves de Kerdrel
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Un match Zemmour-Macron est-il possible ?
par Yves de Kerdrel
L’ascension sondagière du journaliste d’extrême-droite du Figaro tient le haut du pavé de toutes les discussions et des débats sur la prochaine présidentielle. Il est vrai qu’un institut de sondage (Harris) le place à 17 %. Mais pour l’heure il plafonne en réalité autour de 14 ou 15 % et n’est pas en état de participer au second tour, à moins de retournements qui ne manqueront pas d’arriver.
Cette précampagne présidentielle est intellectuellement assez décevante, puisque tout tourne autour d’Éric Zemmour, de son livre sans grand intérêt et toujours aussi mal écrit, qui lui a déjà rapporté 1,5 million d’euros, de ses meetings qui virent soit à l’affrontement, soit à la baignade dans la Méditerranée avec sa conseillère, de 34 ans moins âgée que lui.
Mais en dehors d’un insupportable amalgame entre l’islam et les islamistes, Éric Zemmour n’a rien à dire, qu’à stipendier tout ce que la classe politique a fait au cours des cinquante dernières années. Lui qui défend Pétain inlassablement, s’en réfère chaque jour qui passe au Général de Gaulle. Ce qui ne manque pas de piquant ou d’insupportable.
Le nouveau Général Boulanger
Tout est là pour le comparer à une sorte de Général Boulanger gagnant les législatives et levant une véritable armée de fidèles lassés d’une troisième république déjà corrompue et engluée dans les scandales de Panama ou celui des décorations. Même si comparaison n’est pas raison, on voit bien sa bulle sondagière se dégonfler à l’occasion de révélations sur sa vie privée très complexe, sans qu’il ait pour autant le panache de se suicider sur la tombe de sa maîtresse…
Pour l’heure, il s’organise mieux que le fameux Général, avec un petit état-major qui communique peu en son sein, mais où chacun à sa tâche. Il y a la tête pensante avec l’auditrice de la cour des comptes en disponibilité Sarah Knafo. Il y a l’homme de la communication et des meetings, Olivier Ubéda, un ancien de la période Sarkozy. Et puis sur le plan programmatique il y a le banquier de JP Morgan, Jonathan Nadler qui aurait déjà pondu pas moins de 150 pages de mesures pour redresser la France.
Un faux plat pour Éric Zemmour depuis trois semaines
L’ascension d’Éric Zemmour est impressionnante, et plonge le quotidien dont il est salarié, dans l’embarras. Mais elle semble pour l’instant stoppée sur un faux plat. Si les sondages hebdomadaires d’Harris Interactive publiés par Challenges le placent régulièrement autour de 17 % et devant Marine Le Pen, ce n’est pas le cas des autres instituts.
À la veille du week-end une enquête réalisée par Odoxa pour l’Obs auprès de 3 000 français le plaçait à 16 %, mais deux points en dessous de Marine Le Pen et donc non qualifiable pour le second tour. Certes il devance Xavier Bertrand crédité de 13 % ou Valérie Pécresse, dotée de seulement 8,5 % des intentions de vote. Mais cet élan qui se dessinait il y a trois semaines lorsque plusieurs sondages le plaçaient devant Marine Le Pen semble avoir disparu.
Vers un ticket Zemmour-Marion Maréchal
D’aucuns s’attendent à une seconde phase de hausse lorsqu’Emmanuel Macron se déclarera enfin candidat – le plus tard possible – ou au contraire à un écroulement. Dans ce cas Éric Zemmour a d’ores et déjà préparé sa parade avec l’assurance de faire un ticket avec Marion Maréchal. De quoi s’attirer tous les anciens fillonnistes et une bonne partie des supporters de la famille Le Pen.
Après n’avoir pas arrêté de vilipender Marine Le Pen, Éric Zemmour porterait ainsi un coup mortel au Rassemblement National. Encore faut-il qu’à cette période-là – sans doute en février prochain – il n'ait pas lassé les Français et qu’il soit encore en mesure de peser sur le second tour de la Présidentielle.
L’enjeu du 4 décembre prochain à droite
À droite, la semaine a été marquée par le ralliement de Xavier Bertrand à l’idée de présenter sa candidature au congrès du 4 décembre alors qu’il refusait de se présenter à une primaire beaucoup plus large. Ce faisant il espère rallier la famille des Républicains, et – en cas de victoire – bénéficier de la logistique du Parti et du Trésor de guerre de 10 millions d’euros provisionné pour la campagne.
Le problème c’est qu’il va trouver un ennemi sur sa route : Laurent Wauquiez, qui apporte en sous-main son appui et ses conseils à Michel Barnier, de manière à en faire le candidat des nostalgiques de François Fillon. Tout cela a un petit air de bataille Copé-Fillon pour la présidence de l’UMP. On parle déjà de cartes de militants prises massivement par le camp Pécresse.
Un gros risque pour Bertrand
C’est un gros risque qu’a pris Xavier Bertrand. Mais on oublie qu’il en avait pris un autre au moins aussi important en liant sa candidature à la présidentielle à sa réussite aux élections régionales dans les Hauts de France où l’Élysée avait envoyé cinq ministres afin de le faire battre. Finalement il l’a emporté haut la main avec des résultats très éloignés des sondages.
Beaucoup parient sur un rapprochement Pécresse-Bertrand avant le Congrès du 4 décembre. La présidente de la Région Ile de France a compris qu’elle ne pouvait plus espérer être que Premier Ministre. La question est de savoir si en faisant un tel accord, elle accepterait de faire la courte échelle à celui qu’elle qualifiait de son meilleur ennemi. Une chose est sûre Christian Jacob œuvre dans ce sens.
Le Lièvre Michel Barnier
Il y a une petite musique qui enfle depuis quelques jours sur le fait que Michel Barnier pourrait tirer les marrons du feu de cet épisode, grâce notamment au soutien de Laurent Wauquiez. Tout est possible. L’ancien Commissaire Européen – qui n’a pas si bien négocié le Brexit que ce qu’il laisse dire – croit de plus en plus à ses chances de bénéficier d’un duel Bertrand Pécresse.
Le problème, si tel était le cas, c’est que Michel Barnier serait le candidat d’une droite moribonde au premier tour de la présidentielle. Et peut-être aura-t-il réussi son baroud d’honneur le 4 décembre, mais il serait assuré de tuer ce qu’il reste de droite. Avec un score qui pourrait être inférieur à celui de Bellamy lors des élections européennes de 2019.
Un soutien encore important pour Macron
À gauche la victoire d’Anne Hidalgo sur Stéphane Le Foll ressemble en moins drôle au sketch de la victoire de Yannick Jadot sur Sandrine Rousseau. Avec moins de 5 % dans les sondages, la maire de Paris à laquelle on promettait un avenir radieux est bien mal partie. Et elle ne veut surtout pas se rapprocher de Yannick Jadot – dont pas grand-chose la sépare – car elle le soupçonne de rouler pour Macron.
Reste la candidature du Chef de l’État et l’électorat du "Camp de la Raison". Il est clairement soutenu par le Medef, les organisations patronales, les fédérations, même la CFDT, surtout s’il reporte la réforme des retraites après la présidentielle, comme le suggèrent les Gracques dans leur passionnant Manifeste de la Dernière Chance.
Un plan de relance sans ambition
Cet ouvrage a été rédigé, chiffré et discuté par des hauts fonctionnaires issus de la deuxième gauche. Mais il comporte de très nombreuses mesures, y compris institutionnelles, qui mériteraient d’être reprises par des candidats de tous bords. À la différence du programme "en marque blanche" de Jacques Attali en 2017 qui est tombé à l’eau et n’a même pas été lu par Emmanuel Macron.
Le Président de la République continue de faire comme Lionel Jospin en 2001-2002 en distribuant des chèques à toutes les catégories socioprofessionnelles. Avec son plan Relance 2030, il a mis 30 milliards d’euros sur la table comme quelqu’un jette en l’air des jetons de casinos sans savoir où ils vont retomber. Mais n’oublions pas que depuis 2017, c’est son troisième plan de relance pour 2030… 30 milliards d’euros en huit ans. Alors que les Gafam dépensent en recherche et développement 70 milliards de dollars… par an.
Une inflation "temporaire" pour Christine Lagarde
Au chapitre économique, il faut retenir les propos de Christine Lagarde réaffirmant le discours de la BCE sur l'évolution des prix. La Banque centrale européenne considère toujours l'accélération actuelle de l'inflation comme un phénomène temporaire et n'a observé aucun signe de répercussions sur les salaires, a déclaré jeudi sa présidente. "Nous continuons de considérer cette poussée comme étant largement provoquée par des facteurs temporaires", a-t-elle dit lors d'une réunion du comité monétaire et financier du Fonds monétaire international.
L'impact de ces facteurs sur les taux annuels d'évolution des prix devrait s'atténuer dans le courant de l'an prochain, modérant ainsi l'inflation annuelle. Pour l'instant, il n'y a pas de preuve d'effets de second tour par les salaires importants et les anticipations d'inflation dans la zone euro restent ancrées. Mais la BCE continue de surveiller attentivement les risques entourant les perspectives d'inflation.
Baisse des perspectives en Allemagne
Les principaux instituts allemands de recherche économique ont abaissé jeudi leur prévision commune de croissance de la première économie d'Europe cette année de 3,7 % à 2,4 % en raison des tensions sur l'offre qui freinent le secteur manufacturier, tout en relevant sensiblement leur estimation pour 2022. Ces cinq instituts - le RWI à Essen, le DIW à Berlin, l'Ifo à Munich, l'IfW à Kiel et l'IWH à Halle - ont revu en hausse leur prévision pour l'an prochain, de 3,9% à 4,8 %. Ils précisent que le taux d'utilisation des capacités de l'économie allemande reviendra à la normale dans le courant de 2022, les conséquences économiques de la pandémie de COVID-19 étant peu à peu surmontées.
Toutefois, les défis du changement climatique et la baisse attendue de la croissance économique en raison de la diminution de la main-d’œuvre vont réduire les opportunités de consommation. Les cinq instituts anticipent une inflation à 2,5 % en 2022 et à 1,7 % en 2023. Reuters avait rapporté mercredi que les instituts prévoyaient d'abaisser leurs prévisions pour 2021. L'industrie mondiale a été frappée par des pénuries de composants, notamment des semi-conducteurs, l'engorgement des ports et le manque de conteneurs auxquels est venue s'ajouter une crise sur le marché de l'emploi. Bien que la croissance allemande ait certainement accéléré au troisième trimestre grâce au secteur des services, le produit intérieur brut devrait stagner vers la fin d'année, a indiqué jeudi le ministère allemand de l'Économie.
Prudence du FMI
Dans ses nouvelles perspectives économiques, présentées à l'occasion de ses réunions d'automne, le FMI a dit tabler désormais sur une croissance mondiale de 5,9 % cette année, contre 6,0 % prévu en juillet. Il maintient sa prévision 2022 à 4,9 %. La dégradation reflète aussi une détérioration des perspectives à court terme pour le groupe des économies avancées, en partie à cause des perturbations dans les chaînes d'approvisionnement. L'activité industrielle mondiale souffre depuis plusieurs mois de pénuries de composants tels que les semi-conducteurs, de l'engorgement des installations portuaires, d'une pénurie de porte-conteneurs ou encore d'un manque de main-d’œuvre dans certains pays. Et cette situation nourrit la hausse des prix dans les pays les plus riches.
Le FMI estime que l'inflation devrait retrouver dès l'an prochain son niveau d'avant la pandémie mais il met en garde contre le risque de voir les perturbations des chaînes d'approvisionnement favoriser un désencrage des anticipations d'inflation. La révision à la baisse de ses prévisions concerne en premier lieu les États-Unis, pour lesquels il ne table plus que sur 6 % de croissance cette année, contre 7 % en juillet. Et la reprise de la première économie pourrait être encore freinée, souligne le FMI, car ses prévisions supposent que le Congrès approuve avant la fin de l'année les projets de dépenses budgétaires de 4 000 milliards de dollars (3 460 milliards d'euros) sur dix ans de l'administration Biden. Or républicains et démocrates tentent actuellement de s'accorder sur une diminution de cette enveloppe, ce qui pourrait freiner la croissance des États-Unis comme de leurs principaux partenaires commerciaux.
La surprise Bolloré
Du côté du business deux dossiers agitent le Landerneau des affaires. D’abord la vente d’Equans par Engie. Plusieurs acteurs seraient plaint de l’opacité de la procédure. Spie a ainsi jeté l’éponge cette semaine faute - dit-on - d’avoir obtenu un certain nombre d’informations demandées dans le cadre de la due diligence. Et la plupart des banquiers d’affaires semblent s’accorder sur le fait que Bouygues aurait déjà été choisi. Ce qui lui permettrait de créer une branche pesant 16 milliards de chiffre d’affaires.
L’autre dossier – considéré par le groupe Bolloré comme des rumeurs de presse – est celui du mandat qu'aurait donné à Morgan Stanley Cyrille Bolloré afin de céder les activités de logistique africaines du groupe. Il s’agit d’une activité historique du groupe construite à partir de la SCAC – créée par le grand-père de l’épouse de Vincent Bolloré – un temps détenue par la Compagnie Financière de Suez. L’ensemble vaudrait 2 à 3 milliards d’euros et pourrait intéresser la CMA-CGM conseillée par Jean-Marie Messier ou un grand international du secteur.
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