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Vivendi / KKR / Telecom Italia / TIM / télécoms / M&A

Le bras de fer se poursuit autour de Telecom Italia

Si la démission des fonctions exécutives de Luigi Gubitosi montre que Vivendi ne se laisse pas faire face à KKR, il est difficile d’imaginer comment le groupe français peut sortir par le haut de ce dossier.
Telecom Italia
Telecom Italia

La partie d’échecs pour la prise de contrôle de Telecom Italia se poursuit. Pour faciliter l’examen de l’offre du fonds américain KKR sur Telecom Italia (TIM), Luigi Gubitosi, son administrateur délégué (équivalent du directeur général), a annoncé sa démission vendredi soir dernier, rendue publique à l’issue du conseil d’administration de l’opérateur italien. Mettant ainsi à exécution sa proposition énoncée la semaine dernière, il a été remplacé dans ses fonctions exécutives par Pietro Labriola (mais il reste membre du conseil d’administrateur), tandis qu’un comité spécial composé du président et de quatre administrateurs indépendants a démarré l’étude de la proposition de KKR.

On peut interpréter le départ de Luigi Gubitosi comme une victoire pour Vivendi, détenteur de 23,75% de son capital. Les représentants du groupe de média français, mais aussi d’autres administrateurs, reprochaient notamment à Luigi Gubitosi certaines décisions stratégiques, comme le partenariat à un milliard d’euros conclu avec DAZN pour diffuser les matchs de la Serie A, le championnat de première division de football italienne, qui n’a pas du tout tenu ses promesses et a contribué à provoquer deux avertissements sur résultats depuis cet été et un effondrement du bénéfice net ; à cela s’ajoute une dette colossale (22 milliards d’euros) et une nouvelle dégradation de la note de crédit de TIM par S&P il y a deux semaines. Le cours de l’action n’a cessé de chuter depuis trois ans et demi, provoquant une moins-value latente de plus de 70% avant que l’annonce de l’offre de KKR ne fasse bondir le titre de 30%.

Mais Vivendi suspectait autant une proximité entre KKR et Luigi Gubitosi – que ce dernier avait contesté dans une lettre adressée au conseil, reprochant, sans les nommer, aux deux administrateurs de Vivendi de jouer la montre dans l’examen de l’offre d’achat. C’est sous l’égide du démissionnaire que TIM a vendu pour 1,8 milliard d’euros une participation de 37,5% dans FiberCop, la filiale regroupe le réseau fibre du dernier kilomètre de l’opérateur, à KKR.

Or si l’intérêt de KKR est accueilli avec une certaine bienveillance par l’Etat italien – actionnaire à hauteur de 10% via la Cassa di Prestiti, l’équivalent transalpin de la Caisse des dépôts – qui entrevoit enfin une porte de sortie dans ce dossier épineux et politique, il n’arrange pas du tout Vivendi : l’offre de 0,505 euro par action reviendrait pour le groupe français à enregistrer une moins-value d’environ 50% : sa part vaudrait 1,83 milliard d’euros, alors que son prix moyen d’acquisition ressort à 1,07 euro, soit 3,9 milliards d’euros – sachant que la participation est évaluée 3,2 milliards dans ses comptes fin 2020, Vivendi ayant déprécié sa participation de 1 milliard d’euros en 2018. Le prix ne reflète pas la valeur de la société, a d’ailleurs fait savoir le groupe dirigé par Vincent Bolloré la semaine dernière.

Une offre qui permettrait à Vivendi de sortir sans perte est invraisemblable, à moins de contre-offres (les fonds CVC et Advent, ainsi que Xavier Niel et son opérateur Free, récemment implanté en Italie, ont été évoqués mais ceux-ci ne commentent pas). Reste savoir combien le Français est prêt à perdre, faisant chauffer les calculettes des analystes. La rumeur évoque le fait que KKR serait prêt à réévaluer son approche à 0,80 euro, la pilule reste difficile à avaler pour le groupe français. "Vivendi peut accepter une offre inférieure à son prix d'entrée moyen mais nous doutons que le groupe accepte une autre dépréciation significative, en deçà de la valeur comptable actuelle. Par conséquent, nous ne nous attendons pas à ce que Vivendi accepte quoi que ce soit en dessous de 0,8 euro", commente le courtier Bryan Garnier.

Etant donné que la proposition de KKR offre une prime substantielle par rapport à d’autres offres observées ces derniers temps pour d’autres opérateurs (comme le néerlandais KPN), les professionnels de marché jugent ses chances de succès importantes. KKR conditionne en outre son offre à l’obtention d’au moins 51% du capital de TIM, un seuil particulièrement réduit.

Ces péripéties confirment que l’opérateur italien est un dossier maudit pour Vivendi. Pour finir, si le groupe français peut s’estimer satisfait du départ de Luigi Gubitosi (arrivé en 2018 sous la pression du fonds activiste Elliott contre l’avis de Vivendi), l’opérateur vient de subir son… cinquième changement de patron en six ans, alors qu’il se trouve dans une situation financière précaire.

 

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