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Richard Clarida / Fed / Bourse
Le numéro 2 de la Fed jette l'éponge sur fond de scandale boursier
Il aura devancé le calendrier de 21 jours. Richard Clarida, vice-président de la Réserve fédérale américaine (Fed), vient de présenter sa démission à Joe Biden alors que son mandat prenait fin le 31 janvier 2022. L’ancien de Pimco était dans la tourmente depuis plusieurs mois à cause de transactions boursières qu’il a effectuées au début de la pandémie. C’est le troisième membre du Comité de politique monétaire (FOMC) de la Banque centrale américaine qui démissionne dans une ambiance de suspicion à propos de potentiels délits d’initiés. "Je me réjouis que Richard Clarida ait démissionné après l'indignation publique suscitée par ses actions contraires à l'éthique, mais de nombreuses questions demeurent. Le peuple américain et le Congrès ont besoin d'une transparence et d'une responsabilité totales concernant un éventuel délit d'initié illégal commis par des fonctionnaires de la Fed", a commenté Elizabeth Warren, sénatrice démocrate.
Qu’est-il reproché exactement au banquier central ? En octobre, Bloomberg avait rapporté que Richard Clarida avait réalisé des achats de parts (pour une valeur estimée entre 1 et 5 millions de dollars) dans un fonds actions le 27 février 2020 après avoir vendu des parts dans un fonds obligataire. À l’époque, les marchés actions commençaient à dévisser en raison des nouvelles inquiétantes provenant de la Chine liées au coronavirus (le S&P 500 a perdu plus de 10 % entre le 20 et le 27 février). À la suite de la publication de ces révélations, un porte-parole de la Fed avait indiqué que ces transactions avaient été conduites dans le cadre d’un "rééquilibrage de portefeuille".
Ce qui fait tiquer les observateurs est que le lendemain de ces opérations (le 28 février 2020), Jerome Powell, président de la Fed, a publié un communiqué disant que "nous utiliserons nos outils et agirons comme il convient pour soutenir l'économie". Richard Clarida était-il dans la confidence ? L’emploi du temps du numéro 2 de la Fed consulté par le New York Times indique qu'il avait eu, la veille de cette annonce, un entretien téléphonique avec deux membres du FOMC (un président de Banque centrale régionale et un membre du Conseil des gouverneurs). Selon le quotidien new-yorkais, Jerome Powell et John Williams, président de la Fed de New York, se cacheraient derrière ces appellations - ils sont considérés comme les trois membres les plus influents du FOMC.
Par ailleurs, quelques jours plus tard (3 mars 2020) la Banque centrale américaine décidait d’une baisse de 50 points de base de son taux directeur. Puis, le 15 mars, l’institution de Washington a annoncé le déversement de centaines de milliards de dollars de liquidités sur les marchés obligataires au cours des mois suivants (le S&P 500 continua de dégringoler jusqu’au 23 mars avant de rebondir).
Jeudi dernier, le New York Times a fait une autre révélation : avant d’acheter des parts dans un fonds actions le 27 février, Richard Clarida en avait vendu dans ce même fonds (pour une somme équivalente) seulement 3 jours avant (24 février). Selon certains spécialistes, cela fragiliserait la ligne de défense du "rééquilibrage de portefeuille" plaidé initialement par Richard Clarida.
À la suite du scandale ayant touché certains membres de la Fed l’été dernier, Jerome Powell avait annoncé une remise à plat des règles éthiques s’appliquant aux plus hauts gradés de l’institut d’émission. Il a été décidé, entre autres, que l'achat ou la revente de titres devront être annoncés - et autorisés - avec un préavis d'au moins 45 jours. Par ailleurs, les grands argentiers devront s'abstenir de vendre et d'acheter "durant les périodes de tension accrue sur les marchés financiers".
Compte tenu de sa démission, Richard Clarida ne participera pas à la réunion du FOMC des 25 et 26 janvier. Lael Brainard devrait le remplacer en qualité de numéro deux : il faudra pour cela que les sénateurs lui accordent un vote favorable à l'occasion de son audition jeudi.
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