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Macro-économie / Taux / Inflation / Etats-Unis / europe

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Inflation / Etats-Unis / europe

Inflation : les situations américaine et européenne sont bien différentes

Dans une tribune du Project Syndicate, Jean Pisani-Ferry, chercheur associé au Peterson Institute et ancien commissaire général de France Stratégie, donne trois raisons pour lesquelles la dynamique des prix à la consommation est plus inquiétante aux Etats-Unis qu’en zone euro.
Jean Pisani-Ferry - Ludovic MARIN / AFP
Jean Pisani-Ferry - Ludovic MARIN / AFP

Des deux côtés de l’Atlantique, la hausse des prix à la consommation a atteint des niveaux très élevés (record en zone euro et plus haut depuis 40 ans aux Etats-Unis)  au cours de l’année 2021, décembre fut le point culminant avec 5% sur un an en décembre pour les Dix-neuf contre 7% pour l’Oncle Sam (CPI). Pour autant, ces données revêtent des réalités économiques dissemblables. En effet, selon Jean Pisani-Ferry, chercheur associé au Peterson Institute et ancien commissaire général de France Stratégie, il y a trois raisons pour lesquelles les perspectives d’inflation aux Etats-Unis sont "fondamentalement plus mauvaises", écrit-il dans une tribune du Project Syndicate.

D’une part, la politique budgétaire américaine, qu’elle ait été le fait de Donald Trump ou Joe Biden, fut significativement plus expansionniste aux Etats-Unis qu’en zone euro. L’équivalent de onze points de Produit intérieur brut (PIB) - contre 3 à 4% pour le coût budgétaire total en Europe du soutien aux ménages et aux entreprises -  a été injecté dans l’économie américaine à travers des baisses d’impôts, des allocations chômage plus généreuses ou encore des chèques directement envoyés aux ménages. Ainsi, "le revenu des ménages a été maintenu, et non augmenté" en Europe et "il n'y a pas eu de demande excédentaire massive", contrairement aux Etats-Unis, explique Jean Pisani-Ferry.

D’autre part, la situation sur le marché du travail américain a aggravé la situation, la pénurie de main-d’œuvre à laquelle fait face la première économie mondiale ayant influé à la baisse sur l’offre de biens et services. Un déficit de population active dont l’Europe a su se prémunir grâce aux dispositifs de chômage partiel mis en place un peu partout (par opposition à la vague de licenciements observée aux Etats-Unis). "En Europe comme aux États-Unis, nombreux sont ceux qui envisagent de changer d'emploi, d'employeur ou de secteur, et de nombreuses entreprises peinent à embaucher", reconnaît Jean Pisani-Ferry, qui juge toutefois que "cela n'équivaut pas à un retrait de la population active". "Avec le recul, le modèle social européen s'est avéré plus efficace que son homologue américain pour garantir la participation continue des travailleurs", estime l’économiste.

Enfin, le mandat amendé de la Réserve fédérale américaine (Fed) depuis l'été 2020, qui découle de la revue de stratégie, est la troisième cause d'une inflation plus menaçante aux Etats-Unis. De fait, la Fed vise désormais une inflation de 2% l'an en moyenne au cours du temps, les déficits d'inflation passés se devront donc d'être compensés. Par ailleurs, son objectif d'emploi maximum comporte une dimension plus inclusive qu'auparavant (le taux de chômage des minorités est scruté à la loupe). Or, "la contrepartie d'une telle remise en question audacieuse aurait dû être une politique budgétaire responsable. Mais maintenant que le Congrès et le président ont fait le choix inverse, la Fed se voit contrainte de changer de cap précipitamment", analyse Jean Pisani-Ferry. La Banque centrale européenne doit également faire face à des contraintes, admet le chercheur, mais "elle ne s'en est pas imposée une supplémentaire d'elle-même", ajoute-t-il.

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