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éditorial / Yves de Kerdrel

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Pourquoi Pécresse ne parvient pas à émerger
par Yves de Kerdrel

Alors qu’Emmanuel Macron n’a toujours pas fait acte de candidature, et que les deux candidats d’extrême droite se font la guerre, Valérie Pécresse figure toujours en troisième place dans la plupart des sondages. Même si les médias la traitent comme une candidate de second tour, elle est loin de se qualifier. Et personne ne voit comment elle pourrait sortir de là sauf à prendre des risques.

06/02/2022 - 06:30 Temps Lecture 18 mn.

Pour The Economist, les jeux sont faits. L’hebdomadaire libéral a construit un modèle de prévision statistique basé sur les sondages. En supposant que les études d’opinion de cette présidentielle sont aussi fiables que les précédentes, le magazine a calculé la probabilité pour chaque candidat d'accéder au second tour et de remporter la présidence. Ces calculs sont mis à jour quotidiennement jusqu'à la tenue des élections.

Le résultat est déjà très clair. C’est-à-dire qu’Emmanuel Macron bénéficie de 91 chances sur 100 d’accéder au second tour. Pour Marine Le Pen la probabilité est de 48 chances sur 100. Mais s’agissant de Valérie Pécresse, il n’y a que 33 chances sur 100 (Zemmour : 21/100 et Mélenchon : 5/100). Si bien que, toujours selon les calculs de The Economist il y a 45 chances sur 100 d’assister à un second tour Emmanuel Macron versus Marine Le Pen contre seulement 26 chances sur 100 de voir Valérie Pécresse défier le Chef de l’État lors d’un second round.

 

Marine Le Pen toujours solide dans les sondages

 

Tout le problème de la candidate des Républicains est là. Et pourtant les médias sont plutôt bienveillants avec elle dans la mesure où ils la "traitent" comme une candidate de second tour. Mais plus les semaines passent – il n’en reste que neuf avant le premier tour – et plus la marge de deux à deux points et demi qui la sépare de Marine Le Pen dans les sondages sera difficile à combler. Sauf dans un sondage Ipsos à paraitre dans Le Parisien de ce jour où elle s'établit à 16,5 % contre 14 % pour Marine Le Pen.

Et ce ne sont pas les ralliements d’obscurs eurodéputés du Rassemblement National vers l’équipe d’Éric Zemmour ou même l’éventualité – manifestement compliquée – de voir Marion Maréchal rejoindre l’ex-journaliste du Figaro qui semblent de nature à affaiblir la fille de Jean-Marie Le Pen. Et cela même si au second tour celle-ci a moins de chance, naturellement, de menacer Emmanuel Macron que Valérie Pécresse.

 

Pécresse coincée par deux "primaires" successives

 

Mais c’est ainsi, pour gagner cette élection présidentielle, il faut d’abord accéder au second tour. Et pour Valérie Pécresse la tâche est d’autant plus compliquée qu’elle a cru avoir passé cet obstacle-là en gagnant la "fausse primaire" des Républicains. Dans les quinze jours qui ont suivi, le tapis rouge semblait déroulé pour qu’elle accède au fameux débat de l’entre-deux-tours face à Emmanuel Macron et même qu’elle soit en mesure de le renvoyer au Touquet.

Mais c’était oublier qu’après cette première primaire contre quatre candidats de droite, il lui faudrait mener une seconde primaire contre deux candidats d’extrême-droite. Or pour l’heure – en dehors d’une phrase pas forcément heureuse sur le kärcher – et d’une prestation plutôt réussie devant le syndicat de policiers Alliance, elle a surtout mené une campagne "économique et internationale". Ce qui paraît un peu incongru au moment où la France commence à traiter – cela fait cinquante ans qu’on en rêve – du sujet du plein-emploi, et alors que l’économie française a retrouvé son niveau d’avant-pandémie en termes de création de richesse nationale.

 

Les ratés de Patrick Stefanini

 

De fait, la Présidente de la Région Ile de France est de plus en plus surveillée, par les médias bien sûr, mais aussi par son équipe de campagne pléthorique qui souffre d’un gros problème de parité féminine. Si l’article du Canard Enchainé sur son patrimoine a glissé dans l’opinion comme les gouttes d’eau sur les plumes d’un… palmipède, en revanche sa gaffe sur le Mali ou son changement de cap sur la hausse des salaires ont été relevés, par tous sans que l’équipe de campagne du Chef de l’État ait besoin de faire du zèle.

Et l’ambiance au sein de son Quartier Général se tend avec un Patrick Stefanini qui est de plus en plus contesté par les adjoints thématiques et par sa manière d’organiser les phases de la campagne. Par exemple on lui a beaucoup reproché cette semaine de n’avoir pas déposé les 500 parrainages au conseil Constitutionnel avant Emmanuel Macron. Si bien que la candidature de ce dernier, voire sa réélection apparaissent de plus en plus comme une évidence. Et il y avait là un effet médiatique facile à jouer pour Valérie Pécresse. D’autant plus que c’est le Conseil Constitutionnel et lui seul qui communique chaque mardi et chaque jeudi les parrainages déposés et validés pour chacun des candidats.

 

La dernière carte de Valérie Pécresse

 

Il reste une chance pour Valérie Pécresse, c’est que lorsqu’il annoncera sa candidature, Emmanuel Macron perde son aura de chef de l’État et tombe d’un étiage de 25 % d’intentions de vote pour le premier tour à 22 ou 23 %. Les 2 ou 3 % pourraient alors être siphonnés par la candidate des Républicains, qui depuis le 5 décembre fait hélas une campagne de second tour en attaquant d’abord la majorité présidentielle plutôt que les aberrations de l’extrême droite.

Il lui faudra alors tout miser là-dessus et prendre beaucoup de risques. Car attaquer le Chef de l’État c’est évidemment possible, mais c’est difficile tant les Français lui sont reconnaissants de la manière dont il a protégé le pays de la crise économique et tant sa stature internationale reste forte. Et reste d’autant plus forte avec la Présidence Française de l’Union Européenne et la manière dont il mouille le maillot sur la crise ukrainienne au point de se rendre demain à Moscou.

 

Peut-être une déclaration de candidature de Macron dans dix jours ?

 

Il reste que pas une seule personne au QG de campagne d’Emmanuel Macron, 68 rue du Rocher, n’a la moindre idée du moment où il va se déclarer officiellement candidat. Certains imaginaient que ce serait ce week-end, car il a subitement annulé tous ses rendez-vous. D’autres pensent que cela pourrait se situer autour du jeudi 10 février. Mais encore faut-il que l’on soit certain de l’éloignement de la crise ukrainienne et de la fin de la pandémie. Les derniers continuent de croire à une date située entre le 16 février – jour de la levée des dernières restrictions dans le cadre de la crise sanitaire – et le 20 février.

Pour Valérie Pécresse, l’idéal serait que ce faux suspense prenne fin assez vite. D’abord pour faire bouger les sondages. Mais surtout pour que le grand discours qu’elle prépare pour le rassemblement du dimanche 13 février au Zénith mette en avant les faiblesses du quinquennat écoulé, et lui permette d’envoyer des coups directement sur la personne du Président. Ce qui serait pour elle un moment de "quitte ou double" au sens où cela pourrait lui procurer une éventuelle chance de doubler enfin l’étiage ou est installée Marine Le Pen.

 

La Russie joue avec les nerfs des Américains en Ukraine

 

À l’Élysée, tout est assez calme, même si davantage de conseillers ont rejoint le Château à l’approche de la déclaration de candidature. Mais pour Emmanuel Macron les préoccupations immédiates tiennent aux affaires internationales. Son voyage à Moscou s’apparente à l’aller-retour éclair de Nicolas Sarkozy en pleine crise Géorgienne. La seule différence, c’est qu’en 2008 les chars russes s’approchaient de Tbilissi. Alors qu’à aucun moment Vladimir Poutine n’a eu la moindre intention de faire entrer ses chars en Ukraine.

D’autant qu’il est l’invité d’honneur de Xi Jinping pour l’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver à Pékin. Et un tel bruit de bottes réduirait à néant la tentative de la Chine d’accroître son "soft power" par la réussite de cette compétition sportive. Dans cette affaire, Antony Blinken, le secrétaire d’État américain joue bêtement avec le feu. Dans la mesure où il continue d’affirmer que son but est de faire rentrer l’Ukraine dans l’OTAN. Ce qui pour Moscou est évidemment une déclaration de guerre. Ce qui pour l’OTAN est une absurdité, dans la mesure où cette institution ressemble de plus en plus à un canard sans tête patinant sur le lac glacé de Central Park. Et ce qui pour l’Europe est un non-sens, dans la mesure où personne n’ira mourir pour Kiev en dépit de l’article 5 du Traité de l’Atlantique-Nord qui prévoit qu'une attaque contre un membre de l'Alliance est considérée comme une attaque dirigée contre tous les Alliés.

 

La politique Africaine de Macron sur la sellette

 

L’autre sujet international majeur pour Emmanuel Macron, c’est la situation en Afrique francophone. Le renvoi par le Mali de notre ambassadeur pose un problème majeur alors que depuis des années, nos soldats défendent ce pays contre le péril islamiste et qu’un sous-officier est mort à Gao il y a encore deux semaines. Mais aujourd’hui les Français sont vus comme une "armée d’occupation" alors que les 300 mercenaires russes de la Force Wagner sont célébrés en héros. D’où la décision du Chef de l’État de demander aux armées de lever le camp à Gao et de s’installer juste de l’autre côté de la frontière.

Mais la succession de coups d’état dans la région témoigne de l’incapacité de l’équipe d’Emmanuel Macron – et de la DGSE – à maintenir une certaine stabilité politique dans la région. D’autant que l’on peut redouter une certaine contagion dans ce domaine. Il y a quelques jours le palais présidentiel de Guinée-Bissau a été attaqué par des opposants du régime en place. Tout cela amène Valérie Pécresse à vouloir faire un déplacement en Afrique – continent où elle est conseillée par le député Marc Le Fur et par l’ancien ambassadeur de France Pierre Vimont – en compagnie de Michel Barnier, toujours en charge de l’international, même s’il cherche aussi à succéder à Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay dans le cadre d’un second mandat d’Emmanuel Macron.

 

Vers un geste de resserrement de la BCE en mars

 

Au chapitre économique l’actualité de la semaine était dominée par la conférence de presse de Christine Lagarde de jeudi. La présidente de la Banque centrale européenne s'est abstenue de déclarer qu'une hausse de taux d'intérêt cette année était improbable, contrairement à ses déclarations antérieures. "Je ne prends jamais d'engagements sans conditions et il est encore plus important en ce moment d'être très attentif à cela. Donc, comme je l'ai dit, nous évaluerons la situation très attentivement, en fonction des données. Nous effectuerons ce travail en mars", a-t-elle déclaré.

Elle avait auparavant expliqué que les risques entourant les perspectives d'inflation étaient orientés à la hausse. Après des mois de déni elle a reconnu que l'inflation dans la zone euro était plus forte qu'anticipé et que les risques étaient orientés à la hausse, tout en répétant tabler sur un ralentissement des prix d'ici la fin de l'année. Elle a par ailleurs évoqué la préoccupation unanime des membres du Conseil des gouverneurs au sujet de l'inflation tout en soulignant qu'ils n'entendaient pas pour autant agir dans la précipitation.

 

Christine Lagarde change de discours sur l’inflation (enfin) !

 

Christine Lagarde a expliqué que le niveau record de l'inflation dans la zone euro (5,1 % sur un an en janvier selon la première estimation publiée mercredi) s'expliquait principalement par l'impact direct et indirect de l'envolée des prix de l'énergie et que ceux des produits alimentaires étaient tirés par les coûts du transport et des engrais. Mais elle a ajouté que même si l'impact de la pandémie de Covid-19 diminuait vague après vague, les restrictions sanitaires pouvaient encore freiner l'activité économique.

Comme à chaque fois que Christine Lagarde parle, François Villeroy de Galhau, s’occupe dès le lendemain du "service après-vente". Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne n'écartera aucune option avant sa réunion de politique monétaire de mars et au cours des trimestres suivants face à l'incertitude croissante entourant l'évolution de l'inflation, a donc déclaré vendredi le gouverneur de la Banque de France, à l’occasion d'une intervention à l'Université de Warwick.

 

Résultats en série pour les banques cette semaine

 

La semaine prochaine sera justement marquée, sur les marchés, par les publications de résultats de BNP Paribas, Crédit Agricole et de la Société Générale, dont les comptes dépendent en partie du profil de la courbe des taux d’intérêt et des taux de rémunération des dépôts fixés par la BCE. Il faut toutefois s’attendre à de très bons résultats pour ces trois maisons, de même que pour Amundi, le champion européen de la gestion d’actifs et pour Euronext, l’opérateur paneuropéen des principales plateformes de négociation boursière.

Du côté des industriels on saura aussi si TotalEnergies est cette année le champion de France des profits avec un consensus des estimations de bénéfice qui dépasse très légèrement les 16 milliards d’euros. Ce qui devrait amener le groupe dirigé par Patrick Pouyanné à revoir à la hausse le dividende perçu jusqu’ici par les actionnaires. Autre prestation à suivre : celle de Nicolas Hiéronimus qui présentera pour la première fois, en qualité de directeur général, les comptes de L’Oréal. Les analystes anticipent un bénéfice net de 4,5 milliards d’euros qui constituerait une excellente performance pour le numéro un mondial des cosmétiques. Rien de nouveau du côté d’Orange s’agissant de la gouvernance et notamment du futur Président. Il semble en tout cas qu’une partie de l’état-major du groupe cherche à partir vers d’autres horizons. C’est peut-être ce qui peut arriver de mieux pour Christel Heydemann plutôt que de prendre les commandes d’une maison sclérosée.

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