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La malédiction de Valérie Pécresse
par Yves de Kerdrel

La candidate des Républicains a beau être désignée depuis 50 jours, elle n’a toujours pas réussi son entrée en campagne. En cause le variant Omicron bien sûr. Mais aussi l’absence d’adversaire. Or c’est pour elle que l’enjeu est le plus crucial. Car il lui faut être présente au second tour pour éviter que la droite ne disparaisse, et finisse dans les aventures nauséabondes d’Éric Zemmour ou de Marine Le Pen.

23/01/2022 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

Qu’il est bon de relire le Désert des Tartares, chef-d’œuvre de Dino Buzzati, paru en pleine guerre de 40. Le héros de ce roman, dont la prose tient à la fois de Bernanos et de Malaparte, est un certain Commandant Drogo, chargé de tenir un fort stratégique dans un lieu d’où peut surgir l’ennemi. Mais son drame c’est que cet ennemi ne vient pas. De fait, toute sa raison d’être s’étiole inéluctablement.

C’est un petit peu la situation complexe dans laquelle se trouve Valérie Pécresse, qui n’a pour l’instant comme adversaires déclarés que Marine Le Pen et Éric Zemmour (dont elle a par ailleurs bien besoin) et qui doit frapper sur le locataire de l’Élysée alors que ce dernier prend plaisir à faire traîner les choses, de manière à mieux lancer la Présidence Française de l’Union Européenne, et à gérer la sortie de la crise sanitaire.
 

Le retour des "jours heureux"

 

Certains espéraient qu’Emmanuel Macron déclarerait sa candidature fin janvier. Mais maintenant que le calendrier de sortie de la pandémie est fixé autour de deux dates : les 2 et 16 février prochains, il est probable que le Chef de l’État attende le plus tard possible ce fameux "retour des jours heureux" dont il avait parlé dans une allocution solennelle en avril 2020.

En principe le Président candidat peut faire traîner son annonce de candidature jusqu’autour du 20 février dans la mesure où le Conseil Constitutionnel doit avoir reçu l'ensemble des parrainages indispensables pour candidater à l'élection présidentielle au plus tard le 4 mars à 18 heures. D’aucuns n’imaginent même plus de déclaration de candidature officielle ou semi-officielle (comme François Mitterrand en 1988 au 20 heures de France 2). De manière à laisser penser qu’il y a un continuum inéluctable en dépit du suffrage universel.

 

"Le choc du pouvoir d’achat"

 

Tout cela ne fait pas les affaires de Valérie Pécresse, qui dénonce chaque jour le bilan calamiteux d’un candidat qui ne l’est pas encore sans avoir le sentiment de croire à ce qu’elle dit. Et pour cause, le bilan d’Emmanuel Macron n’est pas aussi mauvais que certains le hurlent à tue-tête dans un climat où les déclinistes se multiplient. Sa capacité à avoir tenu bon la barre d’une vraie "politique de l’offre" pendant cinq ans – ce que même Raymond Barre n’avait pas réussi à faire – est une prouesse, même si elle ne constitue pas un argument de campagne en Creuse, ou en Lozère.

Curieusement, c’est Emmanuel Macron qui défend aujourd’hui le mieux une politique pro-business. Alors que Valérie Pécresse, avec son "choc du pouvoir d’achat", marche dans les pas de Jacques Chirac en 1974 lorsqu’il avait mené une politique de la demande – comme Pierre Mauroy – en 1981, au risque de dégrader tous les comptes publics.

 

Une candidate pugnace et volontaire

 

L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy ne manque pas de pugnacité et de volonté. Elle peut même surprendre ses adversaires sous ses airs de bonne élève de Sainte-Marie de Neuilly. Catherine Nay nous a même raconté qu’elle pense à cette élection présidentielle depuis très longtemps. Sans doute dès son entrée à l’Ena ou au conseil d’État, poussée par sa mère.

Il reste qu’elle n’a toujours pas réussi à créer une dynamique de campagne. Lundi dernier, lors d’un dîner de la Revue des Deux Mondes où se pressait le Tout-Paris des affaires, de la culture et de la politique, elle a tenu des propos très classiques, sans vraiment attaquer le Président de la République, et en assurant qu’elle seule était capable de transformer la France au cours des dix années à venir. Sans vraiment convaincre son auditoire.

 

Une véritable empathie avec la France rurale

 

Le lendemain, elle se trouvait dans un lieu totalement différent, à Uzerche, dans la Corrèze de son mari, face à une vingtaine d’électeurs potentiels réunis pour l’occasion par BFM TV. D’abord elle a surpris par son aplomb en démarrant l’émission par des propos pas très tendres à l’égard de Jean-Jacques Bourdin, son interlocuteur, accusé d’agression sexuelle, mais qui conteste les faits.
Ensuite elle a fait preuve d’une véritable empathie avec les Corréziens réunis pour l’occasion. En apportant des réponses très précises et parfois très innovantes à des questions de la vie quotidienne. Des propos très décalés par rapport à la bulle politico-médiatique qui vit dans son entre-soi à l’intérieur du périphérique.

 

Éric Zemmour à la peine dans les sondages

 

En attendant qu’Emmanuel Macron sorte du bois, son autre souci c’est la bonne résistance dans les sondages de Marine Le Pen, qui la devance de temps à autre et donc peut l’empêcher de figurer au second tour. Ce qui aggraverait de manière terrible la malédiction de la Droite depuis 2012, condamnée à se retrouver absorbée par les deux boutiques d’extrême-droite.

Les sondeurs constatent depuis maintenant deux mois un jeu de vases communicants entre Marine Le Pen et Éric Zemmour. Celui-ci semble perdre de plus en plus de terrain et certains le voient même se faire rapidement dépasser par Jean-Luc Mélenchon d’ici peu dans les sondages. Ce qui ne serait pas surprenant de la part du candidat de la France Insoumise, habitué à être très bons dans les sprints de fin de campagne électorale.

 

La tombée des masques

 

Du côté du Chef de l’État, en dépit de son discours pathétique et médiocre au Parlement européen où personne n’a pu entrevoir sa vision de l’Europe - notamment derrière cette affirmation curieuse : "la souveraineté est une liberté" - il conserve une très forte avance. Notamment dans les sondages qualitatifs avec 17 points de plus que Valérie Pécresse sur la capacité à exercer cette fonction.

Par ailleurs, le désordre à gauche, avec l’incapacité d’Anne Hidalgo à décoller, la présence de Christiane Taubira, la bonne résistance de Fabien Roussel, et la défection d’Arnaud Montebourg, joue en sa faveur. Il se pourrait ainsi que la socialiste Carole Delga finisse par se rallier dès le premier tour à la candidature d’Emmanuel Macron. Surtout s’il affiche quelques marqueurs écolos socialistes. Mais le principal atout d’Emmanuel Macron - n’en doutons pas ! – sera la tombée des masques sanitaires le 2 février et la fin des contraintes – à l’exception du passe vaccinal – le 16 février.

 

En attendant une pluie de dividendes

 

Il reste à savoir comment seront appréciés par l’opinion publique les profits – forcément très importants – des entreprises du CAC 40 qui vont commencer à être publiés dans quelques jours et qui vont scander l’actualité économique au cours des semaines à venir. Sans compter les annonces de dividendes après deux années de retenue voire de baisse, en raison du contexte sanitaire.

Selon Allianz Global Investors, les versements de dividendes en Europe devraient augmenter de 8 % pour atteindre environ 410 milliards d'euros en 2022. Ce qui constituera un niveau record. AllianzGI s'attend à des taux de croissance à deux chiffres des versements de dividendes dans les grands pays européens, notamment l'Allemagne, la France et l'Italie (augmentations de 10 à 13 % chacun). L'Espagne pourrait connaître des augmentations de 15 à 20 %, car elle a relativement bien navigué dans la pandémie au cours des derniers mois.

 

La cohésion sociale va-t-elle résister aux inégalités ?

 

Car le sujet des inégalités reste très prégnant dans le débat politique. On l’a vu récemment avec les différentes propositions pour taxer très fortement les successions, comme s’il existait en France un paradis fiscal dans ce domaine. Ce qui est loin d’être le cas. Surtout depuis les mesures prises par François Hollande pour diminuer l’ampleur des donations-partage.

Mais comme le révèle la Lettre de l’Expansion à paraître demain, cette question des inégalités de revenus (davantage que de patrimoine) constitue l’un des dix principaux risques qui pèsent sur l’économie mondiale en 2022 selon les experts du cabinet EY (Ernst and Young). François Villeroy de Galhau, avait déjà montré dans son dernier livre que sans la très forte distorsion des inégalités qui existe en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, la croissance économique serait de 10 à 20 % plus importante. Pour certains sociologues, ce sujet participe aussi de la "Grande démission" que l’on observe outre-Atlantique et qui commence à affecter l’Europe.

 

La France a touché le fond du débat public !

 

En revanche, sur cette question cruciale pour l’avenir du capitalisme, la France a touché le fond du débat public la semaine passée avec cette phrase tirée du rapport d’Oxfam, et largement relayée par les équipes de Cécile Duflot : "Les 5 premières fortunes de France ont doublé leur richesse depuis le début de la pandémie". Même si cette assertion est vraie, la formulation de la phrase laisse à penser que c’est "grâce à la pandémie" que certains ont vu leur fortune progresser. Donc que les grandes fortunes françaises le doivent d’une certaine manière aux 120 000 morts français de la Covid.

Bien sûr que les politiques monétaires menées pendant la crise sanitaire ont en partie fait progresser les marchés financiers. Bien sûr que certains secteurs ont moins souffert de la crise sanitaire, car ils sont entièrement mondialisés et qu’ils ont profité de l’e-commerce. Bien sûr que la France a la chance d’abriter certaines de ces entreprises et leurs actionnaires. Mais on ne peut pas réduire la question des inégalités à une phrase aussi intellectuellement malhonnête. Surtout lorsqu’on sait que Cécile Duflot est diplômée de l’Essec…

 

Le risque de dresser les Français les uns contre les autres

 

Heureusement que la France a donné naissance à des Bernard Arnault, des François Pinault, des Vincent Bolloré ou des Bettencourt. Heureusement que des groupes comme LVMH, Kering, L’Oréal, Vivendi et bien d’autres sont installés sur notre territoire. Ils innovent en France. Ils produisent essentiellement en France. Ils construisent de nouvelles usines en France. Ils créent de l’emploi. Ce sont aussi souvent les mieux placés dans le domaine de l’attention accordée aux sujets de l’environnement, de la durabilité, ou de la pénibilité.

Un tweet d’Oxfam relayé des milliers de fois peut suffire à dresser les Français les uns contre les autres. Surtout dans une France épuisée par ces deux années de pandémie, où les nerfs sont à vif, où les poches de beaucoup sont vides et où l’Etat-providence craque de partout, faute "d’argent magique". Cela ne signifie pas que les ONG n’ont pas leur rôle à jouer. Mais sans démagogie et avec un sens des responsabilités.

 

La bataille des ONG pour faire leur entrée dans les "boards"

 

Car ce sont ces mêmes organisations non gouvernementales qui mènent un lobbying très actif à Bruxelles, avec le soutien des Verts, pour que leur présence devienne obligatoire au sein des conseils d’administration des grands groupes cotés. Cela au nom des devoirs dus aux parties prenantes, qu’elles affirment représenter, ou au nom du devoir de vigilance, voire de la surveillance de la bonne application des accords de Paris sur le climat.

Et certains esprits raisonnables ne sont pas loin de se rallier à cette idée, partant du fait que l’obligation d’un quota de femmes dans les conseils a été une réelle avancée. Si bien que maintenant ISS et Glass Lewis commencent à mener le combat pour que l'on introduise des quotas ethniques au sein des "boards". Au point de vouloir dicter une forme de racialisation des conseils d’administration. On se demande bien où se trouve l’intérêt social de l’entreprise dans de telles visées.

 

Un tandem inattendu à la tête d’Orange

 

Dans le domaine des affaires, il n’y a désormais plus de suspense concernant l’avenir d’Orange. C’est la polytechnicienne du corps des Ponts, Christel Heydemann, jusqu’ici Vice-présidente Europe de Schneider Electric qui devrait succéder à Stéphane Richard. C’est l’Élysée qui l’a décidé, se ralliant ainsi au souhait de Bruno Le Maire. Même si l’heureuse élue était la moins bien classée par le chasseur de têtes et par le Conseil d’Administration.

L’annonce devrait être faite le 31 janvier avec un conseil d’administration retardé pour l’occasion et sans doute une prise de fonctions plus tardive encore. Si Christel Heydemann connaît Orange pour faire partie du conseil d’administration depuis trois ans, elle devrait être aidée par la nomination d’un Président non exécutif qui a joué un rôle important dans la pacification du climat interne du groupe après les années Lombard. La Lettre de L’Expansion de demain matin révèle son nom en avant-première.

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