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L’État-actionnaire se ridiculise chez Orange
par Yves de Kerdrel

Emmanuel Macron va prononcer mercredi un important discours devant les parlementaires européens, ouvrant ainsi la Présidence Française de l’Union Européenne. Pendant ce temps-là les trois autres principaux candidats se démènent pour être certains de figurer au second tour. Mais rien n’est joué pour le moment, pour une finale entre Valérie Pécresse et Emmanuel Macron. L’hypothèse Marine Le Pen demeure.

16/01/2022 - 06:30 Temps Lecture 17 mn.

Valérie Pécresse va-t-elle parvenir à sortir la droite de la malédiction qui la frappe depuis le mandat de Nicolas Sarkozy ? Rien n’est moins sûr, tant les sondages sont serrés entre les trois principaux candidats dont l’étiage du premier tour se situe entre 15 et 17 % : Éric Zemmour, Marine Le Pen et la Présidente de la Région Île-de-France.

Pour l’heure le Chef de l’État, qui reste encore loin d’une entrée dans la bataille présidentielle, bénéficie d’un score de premier tour compris entre 23 et 25 %. Un sondage réalisé par Elabe pour Les Échos en fin de semaine a, cependant, fait ressortir que la confiance accordée au président de la République est en baisse et atteint son point le plus bas depuis un an.

 

Chute de la confiance pour Macron

 

Début 2022, 32% des Français interrogés par l’institut de Bernard Sananès accordent leur confiance à Emmanuel Macron pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. Mais 68% des Français ne lui font pas confiance, dont 37% pas confiance du tout ; la progression des Français n’ayant pas confiance du tout est la plus importante enregistrée depuis la crise des gilets jaunes (44% en novembre 2018).

D’un point de vue politique, sa cote de confiance recule d’abord au sein de son propre électorat du premier tour, puis au sein de l’électorat de François Fillon, et auprès des abstentionnistes (16%). D’un point de vue professionnel, sa cote de confiance diminue fortement auprès des professions intermédiaires. Elle est à l’inverse stable au sein des autres catégories professionnelles : solide auprès des cadres, mais fragile auprès des catégories populaires.

 

Remontée lente mais solide de Marine Le Pen

 

En tête de cet observatoire politique depuis sa sortie du gouvernement, Édouard Philippe reste la personnalité politique préférée des Français en ce début d’année 2022 (43%). Il devance très largement Roselyne Bachelot et Nicolas Sarkozy. Marine Le Pen cumule pour la première fois du quinquennat 31% d’image positive et se positionne en quatrième position. Preuve que Valérie Pécresse aurait tort de la voir éliminée du jeu par le fait de la seule candidature d’Éric Zemmour.

Justement, alors qu’elle était deuxième de ce classement fin 2021, Valérie Pécresse perd cinq points (31%). Parmi les autres candidats à l’élection présidentielle, Christiane Taubira - qui a officialisé sa candidature hier - obtient 22% d’image positive, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon et juste devant Éric Zemmour. Quant à Yannick Jadot, il enregistre une bonne image auprès d’un Français sur cinq.

 

Gagner le premier tour avant de penser au second

 

Il ne s’agit pas d’un sondage électoral, mais d’un observatoire de la confiance en politique. C’est-à-dire d’un sondage qualitatif. Et le mauvais score qui incombe à Valérie Pécresse ne constitue pas un bon signe pour le démarrage de sa campagne, qui ressemble de plus en plus à celui d’un moteur diesel. Il lui a fallu un mois complet pour sortir un organigramme de campagne pléthorique avec 90 personnalités issues des camps de ses quatre co-candidats à l’élection interne aux Républicains.

Depuis son image a pâti du "coup du rideau" intervenu lors du début de la discussion du passe vaccinal à l’assemblée. Mais surtout de son intervention du samedi 8 janvier, depuis son QG de campagne, qui concentrait toutes les attaques sur Emmanuel Macron, comme si elle était déjà installée dans une campagne de second tour alors que selon certains sondages elle pourrait n’être que troisième le soir du premier tour. Et la remontée de Marine Le Pen dans le sondage mentionné plus haut en témoigne. Alors que la Présidente du Rassemblement National est peu présente dans les médias même si elle a fait parler d’elle à propos d’un clip de campagne réalisé devant la pyramide du Louvre.

 

Un déficit de notoriété pour la candidate de Droite

 

Si elle veut figurer au second tour, Valérie Pécresse a donc besoin de sortir bien davantage de son QG de campagne, d’aller à la rencontre des Français, car elle souffre d’un déficit de notoriété en province plutôt que d’aller parader à Athènes avec Michel Barnier, comme elle l’a fait il y a deux jours, pour couper l’herbe sous le pied d’Emmanuel Macron sur le thème de l’Europe.

Et surtout de prendre une par une les principales préoccupations des Français qui sont le pouvoir d’achat, dans un contexte d’inflation qui ne cesse de se renforcer, le besoin d’autorité – qu’incarnent Éric Zemmour et Marine Le Pen – le souhait de bénéficier d’un système de santé efficace, après tous les dégâts faits par l’épidémie de Covid au sein du système hospitalier, et la nécessité de reconstruire un système scolaire efficient.

 

Valérie Pécresse cherche encore sa voie

 

Pour l’heure Valérie Pécresse n’a simplement parlé que d’agriculture, à l’occasion d’un déplacement dans le Doubs, en sortant quatre mesures techniques pour les agriculteurs qui sont très éloignées de ce qu’ils attendent : c’est-à-dire une meilleure rémunération de leur travail et une moindre volatilité des prix de vente de leurs produits, qu’il s’agisse des éleveurs, des laitiers ou des céréaliers.

Bien sûr il reste encore quatre-vingt-dix jours pour convaincre les Français. A condition d’aller à leur rencontre, de parler leur langage, comme le faisait Nicolas Sarkozy en 2007 et de leur assurer qu’ils vivront mieux au cours des cinq prochaines années qu’au cours des quinze dernières années. Tout le reste doit être confié à ses anciens compétiteurs, désormais intégrés dans son équipe de campagne.

 

Attendre une accalmie sur le front de la Covid

 

Si Emmanuel Macron devrait attendre le mois de février pour sortir du bois et annoncer sa candidature, il n’a échappé à personne que chacune de ses interventions était déjà marquée par l’idée qu’il se fait d’un second mandat. Il a bien compris que l’élection va se jouer à droite, et qu’il doit donc investir plus largement les terrains de l’autorité, de la sécurité et de l’immigration. Mais il veut aussi capitaliser sur le bilan économique de ces derniers mois et la sortie de la crise sanitaire.

Pour cela il attend que l’épidémie de Covid qui bat son plein – tout en étant très peu pathogène avec le variant Omicron – s’atténue, dans la mesure où son intensité, la question des protocoles à l’école, celle de la disponibilité des tests et naturellement la saturation du système hospitalier rendent sa parole très peu audible, d’autant plus que celle de Jean Castex ne lui rend pas service.

 

L’équipe de Macron se précise et s’organise

 

Il reste qu’il a fait revenir à l’Élysée Sibeth Ndiaye qui était pourtant partie dans le secteur privé, de même que David Amiel, pourtant en charge de la stratégie grand public de La Poste. Idem pour Philippe Grangeon, ancien syndicaliste, qui incarne l’aile gauche du macronisme et qui avait quitté l’Élysée au moment du durcissement de la réforme des retraites.

De la même manière les journalistes politiques ont reçu, sur leur téléphone portable, une invitation à se connecter à une boucle "Telegram" du canal de la majorité présidentielle qui relaiera "les informations en lien avec la campagne". Ce message est signé de la conseillère communication auprès du ministre délégué en charge des PME, d’un chargé des relations avec la presse de La République En Marche ou de Zoé Waldmann, attachée de presse à la Présidence de la République.

 

Des sujets de gouvernance à venir

 

En attendant la marche des affaires continue avec beaucoup de questions de gouvernance liées à la fin du mandat cette année de 28 % des administrateurs du CAC 40 et au changement du mode de direction de plusieurs de ces grands groupes. Tout cela sous la surveillance éclairée de ISS et Glass Lewis qui introduisent cette année dans leurs critères, en plus des questions de parités, des sujets de représentation ethnique. Ce qui risque de poser un problème en France, pays où les statistiques ethniques sont interdites.

Plusieurs grands groupes ont déjà anticipé ces sujets – en les déliant des publications de résultats – ce qui est une bonne chose. C’est le cas chez Axa ou Antoine Gosset-Grainville doit succéder à Denis Duverne, chez Engie où Jean-Pierre Clamadieu a été conforté, chez Michelin où les actuels gérants ont également été renforcés. C’est le cas aussi chez Veolia où Antoine Frérot, va conserver ses fonctions de Président mais céder les rênes de la direction générale du groupe à sa directrice générale adjointe chargée des opérations, Estelle Brachlianoff.

 

L’État incapable de parler d’une voix chez Orange

 

Preuve que le secteur privé est toujours plus efficace que la sphère publique ou parapublique, pendant ce temps-là rien n’est toujours décidé pour la succession de Stéphane Richard à la tête d’Orange, alors que ce dernier a accepté de prolonger son mandat jusqu’au 31 janvier seulement. Il semble qu’une partie de ping-pong est entamée entre l’Agence des Participations de l’État, toujours aussi peu efficace, Bercy où Bruno Le Maire tient à exercer ses prérogatives et l’Élysée qui cherche depuis quelque temps à se démarquer du ministre de l’Économie et des Finances.

Les trois candidats à la direction générale restent Ramon Fernandez, actuel numéro deux du groupe et ancien directeur du Trésor, qui bénéficie de la bienveillance de l’APE, partie intégrante de la Direction du Trésor, Christel Heydemann, actuelle responsable de Schneider Electric Europe et par ailleurs membre du conseil d’administration d’Orange et Frank Boulben, ancien d’Orange et de Vivendi, aujourd’hui en poste chez le géant américain Verizon en tant que responsable de l’optimisation des ventes grand public.

 

Le match Heydemann-Boulben

 

Chacun a son favori. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire donne sa préférence à la nomination d’une femme à la tête d’Orange, après avoir auditionné trois candidats "aux profils intéressants" dont Christel Heydemann, a indiqué mercredi dernier le ministère à l’AFP. "À compétences égales, le ministre souhaite que ce soit une femme qui reprenne la direction d’Orange" a-t-on fait savoir dans son entourage.

L’Élysée afficherait sa préférence pour Frank Boulben qui est aussi le candidat privilégié par le comité de gouvernance d’Orange. Selon un membre du gouvernement proche d’Emmanuel Macron, Frank Boulben a aussi les faveurs du Président sans éliminer pour autant la candidature de Christel Heydemann. Le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Köhler, doit le rencontrer très vite, en tous cas avant le conseil d’administration de l’opérateur du 24 janvier qui doit se pencher sur la gouvernance.

 

Aucune stratégie claire pour Orange

 

Ce qui est pathétique dans cette affaire, au-delà du départ très injuste de Stéphane Richard, condamné en appel dans le cadre d’une affaire Tapie, ès qualités de directeur de cabinet de Christine Lagarde - qui, elle, est passée entre les gouttes - c’est qu’au moment où le secteur des télécoms semble vivre un début de consolidation à l’échelle européenne, avec l’entrée de Drahi au capital de BT et les mouvements sur Telecom Italia, le débat sur la gouvernance d’Orange ne tient aucun compte de sa stratégie.

L’État qui est premier actionnaire avec 23 % de l’ex-France Telecom, n’a aucune idée de ce qu’il veut faire de son opérateur. Est-il prêt à lui laisser tisser des alliances au niveau européen, à lui permettre de se diversifier, et à dépenser ce qu’il faut de Capex afin de suivre de près les changements technologiques ? Tout ce que l’État a communiqué en cinq ans en matière de télécoms, c’est qu’il ne voulait pas que les opérateurs aient recours à Huaweï pour la 5 G. On ne peut pas dire que ce soit là du volontarisme industriel.

 

Une procédure faite à l’envers

 

Dans toute société normale, qu’elle soit cotée ou non, on définit une stratégie de création de valeur et de conquête de nouveaux marchés. Et ensuite on cherche la personne ad hoc pour conduire cette stratégie. Le travail de définition de la stratégie revient notamment au conseil d’administration en lien avec le principal actionnaire. A aucun moment ce travail n’a eu lieu, notamment au sein de l’APE, qui s’est totalement décrédibilisée en tant que gestionnaire de participations.

Le bon sens voudrait que cette définition de la stratégie d’Orange - qui pèse 25 milliards d’euros, soit autant que Telefonica, et un tiers de Deutsche Telekom - ait lieu avant de définir le ou la prochaine dirigeante. Quitte à ce que Stéphane Richard prolonge son intérim. Mais il y a peu de chances que dans ce climat préélectoral, ce soit le bon sens qui sorte vainqueur de cette malheureuse affaire.

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