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Le match Pécresse-Macron s'installe
par Yves de Kerdrel

Alors que Valérie Pécresse organise de manière prudente sa campagne et se dote d'une équipe pléthorique qui est le signe du rassemblement de toute la droite, le Chef de l'État se pose déjà en candidat après sa phrase clivante sur la nécessité « d' emmerder les non vaccinés ». Ce qui installe de fait un match entre les deux personnalités. À condition que la candidature de Zemmour continue à affaiblir celle de Marine Le Pen.

09/01/2022 - 06:30 Temps Lecture 17 mn.

 

Emmanuel Macron a créé la surprise et une immense polémique en déclarant dans le Parisien, en milieu de semaine, qu'il cherchait délibérément à "emmerder les Français non-vaccinés". Là où il aurait peut-être mieux fait de relire l'interview donnée à des lecteurs du Parisien, c'est lorsqu'il a déclaré que ceux qui ont choisi de ne pas se vacciner n'étaient pas dignes d'être citoyens. Résultat 100 000 Français dans les rues, hier samedi et une "hystérisation" du débat. Car le seul qui doit être emmerdé, c'est le virus, évidemment.

Lorsqu'on se rappelle que lorsque François Hollande, poussé par Manuel Valls, a mis en débat la déchéance de nationalité pour tous les combattants français qui partaient rejoindre l'État islamique, Emmanuel Macron, qui était alors à Bercy, avait donné une grande interview au Monde pour s'opposer à ce projet. Or là, il vient d'inventer "la déchéance de citoyenneté", non pas pour quelques centaines de français mais pour plus de 5 millions d'entre eux.

 

Une polémique présidentielle assumée

 

Cette polémique a été voulue, à la différence d'autres petites phrases très maladroites qui ont émaillé le quinquennat d'Emmanuel Macron. Le Président de la République a relu cet entretien avant parution, ses communicants aussi, de même que ses conseillers politiques. Certains lui ont conseillé de changer le mot "emmerder". Mais, c'est lui qui a insisté pour le maintenir. D'autant que tous les sondages et les études qualitatives à sa disposition font ressortir que l'essentiel des non vaccinés sont aussi des abstentionnistes réguliers.

Par ailleurs, à défaut de pouvoir se déclarer candidat maintenant, compte tenu des évènements liés au début de la Présidence Française de l’Union Européenne, cette polémique lui a permis de cliver. Ce qui est la posture naturelle d’un candidat. Alors qu’un Président de la République doit avant tout s’efforcer de rassembler tous les Français, laissant éventuellement au Premier Ministre le soin de polémiquer et de jouer des clivages politiciens.

 

Le psychodrame parlementaire autour du passe vaccinal

 

Tout cela est intervenu alors que les différentes oppositions de droite comme de gauche et surtout d’extrême gauche faisaient tout leur possible pour retarder l’adoption du projet de loi instaurant le passe vaccinal. En portant à la discussion plus de 750 amendements et en refusant de siéger la nuit. Après deux séances très houleuses, lundi et mardi, le texte a été finalement adopté en première lecture.

Il va désormais arriver en commission au Sénat, où Olivier Véran va venir le défendre en début de semaine prochaine. Il faut s’attendre à ce que les sénateurs, sans être aussi bruyants que les députés fassent preuve de responsabilité pour adopter ce texte, mais pas forcément dans les mêmes termes. Ce qui obligera à un passage devant la Commission Mixte Paritaire. Bref, le gouvernement qui entendait promulguer cette future loi au plus tard le 15 janvier va devoir patienter quelques jours de plus.

 

L’horizon s’éclaircit pour certains sur le front de la Covid

 

De fait l’instauration du passe vaccinal risque d’intervenir au moment même où la très forte vague de contaminations due au variant Omicron atteint son plus haut niveau, comme cela a été le cas dans d’autres pays. Plusieurs épidémiologistes de renom sont intervenus dans les médias ces derniers jours pour annoncer la prochaine disparition de ce variant. Mais aussi pour rappeler qu’une pandémie se termine souvent par l’apparition d’un variant très contagieux et très peu létal.

Le Docteur Martin Blachier a ainsi qualifié Omicron de variant fantôme qui est présent partout, mais qui ne déclenche quasiment pas de symptômes. Ce qui est très semblable à ce qui est arrivé à la fin de la grippe espagnole – dont le virus circule toujours sous une forme non mortelle un siècle après – ou à l’issue de la grippe russe ou de la grippe de Hong Kong. Dans ce cas toutes les mesures de jauge ou de restrictions prises récemment par Matignon pourront passer, a posteriori, comme très excessives. Surtout étant donné que la presque totalité des lits de réanimation sont occupés par des patients infectés par le variant delta.

 

Toujours pas de programme économique solide à droite

 

Pendant ce temps Valérie Pécresse installe sa candidature comme l’alternative à Emmanuel Macron. Elle a inauguré mardi dernier son QG de campagne, dans le 17 ème arrondissement et elle en a profité pour annoncer l’organigramme de son staff pléthorique, composé d’un "shadow cabinet" où figurent ses quatre concurrents de la primaire des Républicains, mais aussi des orateurs nationaux et régionaux et des porte-parole. Samedi matin elle a tenu une brève conférence de presse après un discours un peu pontifiant où elle semblait avoir oublié qu'avant d'affronter Emmanuel Macron, il lui faut se qualifier pour le second tour.

De l’avis de nombreux patrons du CAC 40, le programme économique, ficelé par Frédéric Lemoine, l’ancien patron de Wendel (qui s'entend très mal avec Patrick Stefanini, le directeur de campagne de Valérie Pécresse), reste très faible. Avec comme principale mesure la suppression – par non-remplacement de départs en retraite – de 200 000 fonctionnaires. Les économies – infimes – liées à cette mesure seraient affectées à trois mesures : l’augmentation du salaire des jeunes professeurs, la réduction de la dette et la baisse des cotisations sociales. Autant dire que cela sera très insuffisant pour répondre à la principale préoccupation des Français qui est l’augmentation de leur pouvoir d’achat, notamment après une année 2021 marquée par une hausse des prix de 2,8 %. De fait Valérie Pécresse s'apprête à reprendre une bonne partie du programme de Xavier Bertrand concernant le travail et le pouvoir d'achat.

 

La volonté de Valérie Pécresse de rassembler très largement

 

Valérie Pécresse se comporte en fait comme une digne émule de Jacques Chirac qui l’avait embauchée à l’Élysée pour s’occuper des nouvelles technologies et qui voulait qu’elle devienne députée de Corrèze en raison des attaches familiales de son mari à côté de Meymac, dans la circonscription jadis détenue par l’ancien Président de la République. Elle devrait, d'ailleurs, très prochainement faire une émission en direct de Corrèze avec Jean-Jacques Bourdin.

Elle a très bien compris qu’elle ne pourrait gagner qu’en rassemblant le plus largement possible la droite de gouvernement, c’est-à-dire Les Républicains, mais aussi le Nouveau Centre et certains membres du Modem, dont le parti appartient pourtant à la majorité présidentielle. De fait elle chasse sur les mêmes terres qu’Édouard Philippe, dont le parti Horizons s’est fixé pour but de jouer un rôle pivot lors des prochaines élections législatives.

 

Une machine de guerre qui rappelle le RPR de Chirac

 

Le principal atout de Valérie Pécresse, c’est en fait, sur le modèle de Jacques Chirac, d’avoir reconstruit une machine de guerre semblable à ce qu’était le RPR. Elle réunit à la fois Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand, comme l’ancien Chef de l’État mettait à son service Alain Juppé et Philippe Séguin qui ne se supportaient pas. Avec comme but de construire un "tous sauf Macron".

En revanche son handicap est constitué par la présence d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen qui l’obligent à tenir un discours très à droite – d’où la phrase de cette semaine sur le kärcher – qui peut amener une partie de la droite modérée ou du centre à préférer voter pour Emmanuel Macron que pour elle. Or son but, pour le moment, c’est de figurer au second tour, donc de ne laisser aucune place aux deux représentants du Front populiste. C’est dire si elle marche tout de même sur un chemin de crête difficile.

 

Éric Zemmour, allié de circonstance de Valérie Pécresse

 

Éric Zemmour, de son côté voit toujours sa place dans les sondages évoluer entre 13 et 15 %. Ce qui, pour le moment, ne lui permet pas d'accéder au second tour. Par ailleurs il a reconnu n’avoir que 330 signatures de maires prêts à le parrainer. Mais il peut compter sur les Républicains pour lui assurer les autres signatures, en dépit de la publicité qui leur sera faite. Car pour que Valérie Pécresse figure au second tour, la condition nécessaire – mais non suffisante – c’est qu’Éric Zemmour affaiblisse Marine Le Pen.

L’ex-Présidente du Rassemblement National, qui a annulé son grand rassemblement, pour des raisons sanitaires devrait faire dans les jours qui viennent une grande déclaration solennelle dans un lieu mythique de l’Histoire de France. Il semble qu’elle se soit choisi davantage Éric Zemmour comme adversaire plutôt qu’Emmanuel Macron ou Valérie Pécresse.

 

La douche froide des Minutes de la Fed

 

La première semaine boursière qui avait démarré sur les chapeaux de roues a terminé plus difficilement en raison de la faiblesse de l’indice Nasdaq et d’une déception en ce qui concerne les chiffres des nouvelles inscriptions au Chômage aux États-Unis. Par ailleurs les décideurs de la Réserve fédérale américaine ont estimé lors de leur réunion du mois dernier que le marché de l'emploi aux États-Unis était "très tendu" et que la banque centrale pourrait devoir non seulement relever les taux d'intérêt plus tôt que prévu, mais aussi réduire son bilan pour maîtriser une inflation élevée.

Le compte rendu de la réunion de décembre, publié mercredi, a apporté plus de précisions sur le virage de la Fed le mois dernier vers une politique monétaire plus offensive. Les décideurs ont décidé d'accélérer la fin des mesures de soutien déployées par la banque centrale américaine pour compenser l'impact de la crise sanitaire du coronavirus. Ils ont en outre publié des prévisions anticipant trois hausses de taux d'un quart de point cette année.

 

Une croissance française toujours soutenue

 

La croissance de l'activité du secteur privé en France a légèrement ralenti en décembre, mais est restée forte, selon les données définitives publiées mercredi par IHS Markit. L'indice PMI composite de la France s'est établi à 55,8 en décembre, contre 56,1 en novembre. L'indice est légèrement supérieur à l'estimation préliminaire publiée le 16 décembre, qui se situait à 55,6. Bien qu'il s'inscrive en légère baisse par rapport à novembre, l'indice continue de signaler une forte expansion de l'activité du secteur privé français, indique IHS Markit.

Un chiffre supérieur à 50 indique une expansion de l'activité par rapport au mois précédent, tandis qu'un chiffre inférieur à 50 dénote un recul. Dans le détail, l'indice PMI des services s'est établi à 57 en décembre, contre 57,4 en novembre. Ce chiffre est légèrement inférieur à l'estimation provisoire de 57,1 publiée le 16 décembre. Malgré son léger repli par rapport à novembre, l'indice "a continué de signaler une forte croissance de l'activité en décembre, la deuxième plus importante observée depuis juin dernier", indique IHS Markit. L'indice PMI du secteur manufacturier, publié le 3 janvier, s'est établi à 55,6 en décembre, contre 55,9 en novembre.

 

Villeroy de Galhau "droit dans ses bottes" sur l’inflation

 

L'impact de la cinquième vague de la pandémie de coronavirus sur l'économie française devrait être limité, tandis que l'inflation est proche d'un pic en France et dans la zone euro, a estimé mardi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. "Nous restons confiants que [les effets de la cinquième vague de Covid-19 sur la conjoncture] seront relativement limités : nous avons appris depuis deux ans que chaque vague sanitaire, aussi sérieuse soit-elle, avait des effets économiques décroissants", a déclaré François Villeroy de Galhau dans ses vœux pour l'année 2022.

Concernant l'inflation, "aujourd'hui proche de son pic dans notre pays et dans la zone euro [...] nous pensons que les difficultés d'approvisionnement et les tensions sur l'énergie devraient progressivement décroître au long de l'année", a indiqué le gouverneur de la Banque de France. Le scénario privilégié par la banque centrale française prévoit un retour ensuite non pas vers la trop faible inflation passée, mais vers un nouveau régime d'inflation proche de la cible de 2 %, avec donc une politique monétaire se normalisant par étapes.

 

Quand Oddo organise son Davos à Paris

 

Lundi et mardi se tient à Paris le Live Oddo BHF qui est une sorte de Davos organisé par l’établissement financier franco-allemand depuis le studio Gabriel avec de grands patrons français et allemands, des représentants du monde politique, notamment Clément Beaune et Gabriel Attal, et des intellectuels comme Dominique Moïsi, Arnaud Fontanet, Aurélie Jean, Didier Pittet et même Al Gore, l’ancien vice-Président américain sous Bill Clinton.

WanSquare est partenaire de ce forum qui réunit plus de 10 000 investisseurs de manière digitale et où s'expriment notamment Thomas Buberl, Patrick Pouyanné, Laurent Mignon ou Sébastien Bazin. Nous vous tiendrons donc informés demain et après-demain des déclarations importantes de ces dirigeants conviés par Philippe Oddo. Quatre grandes thématiques transversales seront prévues : le futur de l'alimentation, l'intelligence artificielle, la consolidation bancaire et la transition écologique liée aux bouleversements climatiques. De quoi débuter l'année par des réflexions de haut niveau réservées à quelques " happy few ".

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