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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Fin d’année chahutée
par Yves de Kerdrel

Alors que les candidats à l’élection présidentielle respectent la trêve des confiseurs – au moins jusqu’aux vœux du chef de l’État – les records de contamination au Covid dus au variant Omicron – heureusement peu létal – font peser sur le Pays une chape de plomb et un risque de paralysie dont les effets seraient semblables à ceux d’un confinement. Malgré cela les Français gardent le moral.

26/12/2021 - 06:30 Temps Lecture 15 mn.

 

Personne ne s’attendait à ce qu’un variant venu d’Afrique du Sud et encore inexistant il y a un mois débarquerait aussi vite en Europe et en Amérique entraînant des taux de contamination records. Tous les trois jours le nombre de porteurs de ce variant double, alors qu’il fallait compter dix jours pour le variant Delta, déjà très contagieux, qui a fait beaucoup de dégâts en Allemagne et au Royaume-Uni.
Face à cette déferlante, le système de santé résiste, d’autant que beaucoup de Français fragiles ont procédé à leur troisième injection - qui constitue un solide rempart – et que la particularité de ce variant est d’être très peu létal. Alors bien sûr le nombre des patients en réanimation tutoie les 3 500, et le nombre de décès quotidiens est repassé au-dessus des 150.

 

Le spectre d’une France paralysée

 

Mais la procédure d’isolement des personnes testées positives et de leurs cas contacts est telle que, compte tenu d’un niveau de 100 000 nouvelles contaminations par jour, cela crée un absentéisme dans tous les métiers et notamment ceux qui sont au contact direct du public. Des trains ou des avions ont dû être annulés en raison de personnels de bord positifs à différents tests et l’on s’attend à ce que le début du mois de janvier donne le spectacle d’une France paralysée.

Il est probable que le télétravail va redevenir la norme – quand c’est possible et au moins trois jours par semaine – dès le début de l’année 2022 et Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque Centrale Européenne a déjà averti – dans une interview au quotidien Le Monde – que les effets de ce variant se feront sentir sur l’activité économique du premier trimestre.

 

Déjà, deux ans de pandémie

 

Deux ans après le début de cette pandémie, aux confins de la Chine, notre vie quotidienne est désormais marquée par ce virus. Que nous allions au bureau. Que nous prenions les transports en commun. Que nous fassions nos courses. Ou que nous cherchions à embrasser nos parents ou nos enfants et petits-enfants. Alors qu’Omicron est presque idéal pour développer l’immunité collective, les autorités sanitaires continuent de communiquer sur le registre de la peur.

C’est ce qu’il y a de plus regrettable. Car la peur est bien plus contagieuse que le virus lui-même. Shakespeare, qui a écrit la plupart de ses pièces après la grande peste de Londres, faisait dire à l’un de ses personnages : "c’est de ta peur que j’ai peur". Et une chaîne d’info en continu joue le rôle du Docteur Knock en faisant presque croire à tous ceux qui écoutent et regardent ses experts "qu’ils sont tous des malades qui s’ignorent".

 

Un conseil de défense sanitaire important demain

 

Sur le front politique, la forte présence de ce virus et la trêve des confiseurs ont ramené le calme. Les candidats les plus assidus visitent les centres de vaccination pour indiquer aux citoyens le chemin à suivre. Olivier Véran est fidèle à lui-même et ne parle qu’en agitant des menaces, des rétorsions et des contraintes. Comme si ce bon docteur n’avait pas compris que dans le domaine intime de la santé il vaut mieux convaincre que contraindre.

Emmanuel Macron a annulé un déplacement au Mali et au sein des troupes de l’opération Barkhane pour gérer l’épidémie et passer Noël à Brégançon avant de tenir demain un conseil de défense sanitaire, au terme duquel Jean Castex s’exprimera probablement. Valérie Pécresse est partie passer Noël sur les terres familiales de Corrèze avant de passer le réveillon à La Baule où elle croisera Franck Louvrier, le Maire de la Ville et ancien responsable de la communication de Nicolas Sarkozy.

 

La gaffe de Zemmour en Afrique

 

Dans les derniers sondages elle a légèrement fléchi, aux dépens d’Emmanuel Macron qui a bénéficié de sa prestation télévisée. Mais elle conserve aujourd’hui toutes ses chances de figurer au second tour et surtout d’empêcher l’un des deux représentants du Front Populiste d’y accéder. Elle a constitué la fameuse "équipe de France" en réunissant Éric Ciotti, Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin dans son état-major. Et elle inaugurera son nouveau QG de campagne la première semaine de janvier, rue Torricelli.

Du côté de l’extrême-droite, Éric Zemmour s’est astreint à un certain silence ces derniers jours, après s’être rendu en Côte d’Ivoire où il a gaffé en publiant des photos de soldats à visage découvert. Sa principale préoccupation aujourd’hui est de réunir les cinq cents signatures. Il lui reste à faire l’essentiel : rédiger un programme et afficher des propositions qui lui éviteraient de faire de l’incantation ou de se livrer à un exercice pas très constructif de nostalgie de la France en noir et blanc.

 

La scandaleuse note du CAE

 

En l’absence d’actualité majeure nous souhaitions revenir dans cet éditorial dominical sur la note publiée par quatre membres du Conseil d’Analyse Économique, organe destiné à conseiller le Premier Ministre. Cette note relève malheureusement bien plus de l’idéologie que de la théorie économique. Elle est consacrée aux successions et à l’égalité des chances.

Ses quatre auteurs, Clément Dherbécourt, Gabrielle Fack, Camille Landais et Stefanie Stantcheva, réputés proches de Thomas Piketty, montrent, par leur travail, que le système de taxation successoral français est mité par des dispositifs d’exonération ou d’exemption qui réduisent très significativement la progressivité de l’impôt au bénéfice des plus grandes transmissions. Ils proposent donc de repenser en profondeur la taxation de l’héritage en imposant les flux successoraux tout au long de la vie, en réduisant voire éliminant les principaux dispositifs d’exonération ou d’exemption et en proposant une garantie en capital pour tous afin de réduire les inégalités patrimoniales les plus extrêmes.

 

Protéger les PME françaises

 

Leur postulat de départ est qu’il y a des Français qui naissent dans des familles aisées où il existe un patrimoine – ou bien où les revenus du travail vont permettre aux parents de constituer un patrimoine qu’ils pourront léguer à leurs enfants. Et qu’il y a des Français qui naissent dans des familles dépourvues de patrimoine, qui n’hériteront de rien et qui resteront toujours parmi les plus défavorisées. À longueur de cette note revient la notion d’égalité des chances.

Les quatre économistes se livrent d’abord à une critique en règle du système successoral actuel, qui par le biais des "donations-partage", permet la transmission d’une grande part des patrimoines en franchise d’impôt et des phénomènes d’optimisation fiscale. Notamment ceux qui protègent les propriétaires de PME, faute de quoi, le patrimoine industriel français serait racheté à chaque succession par des intérêts étrangers.

 

La triste passion de l’égalitarisme

 

Au nom de la "mythique" égalité des chances, il faudrait donc taxer davantage les successions, notamment les plus grosses et répartir le fruit de cet impôt auprès de ceux qui n’héritent de rien. Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas lu sous la plume d’économistes – réputés conseiller les pouvoirs publics – de telles absurdités et hérésies.

Quelle serait la justification économique et juridique d’un don en capital de plusieurs dizaines de milliers d’euros à ceux qui n’héritent de rien. En droit on appelle cela l’enrichissement sans cause. Il ne s’agit plus de recherche d’égalité ou de passion de l’égalitarisme, mais de spoliation aveugle et de redistribution tout aussi aveugle. Tout cela est évidemment totalement contradictoire avec la méritocratie républicaine qui permet à chacun, par ses talents, par sa volonté, par son travail de se hisser sur l’échelle des revenus et de constituer un patrimoine.

 

L’inverse de "l’affirmative action"

 

Bien sûr qu’il est plus facile à un enfant de polytechnicien, dirigeant d’entreprise, de trouver la voie qui lui permettra de prendre l’ascenseur social. Bien sûr que les héritiers de grandes fortunes hériteront de beaucoup de biens – après avoir acquitté de lourds impôts – et il leur sera plus difficile de conserver cette fortune qu’il le sera pour d’autres d’en constituer une. Bien sûr qu’il y aura toujours des inégalités de revenus et de patrimoines puisque nous vivons dans un pays de liberté où celui qui veut travailler plus ou entreprendre a plus de chance – et plus de mérite - que celui qui choisit de travailler à la Poste ou à la SNCF.

C’est bien pour répondre aux imperfections de l’ascenseur social que Nicolas Sarkozy avait mis en place la discrimination positive sur le modèle de "l’affirmative action" américaine. Il ne s’agit pas comme Richard Descoings l’avait compris de permettre aux enfants de ZEP de rentrer à Sciences Po de façon automatique ou de supprimer le concours d’entrée et l’épreuve de culture générale, comme l’a fait son successeur. Il s’agit d’organiser un système de fléchage pour que celui qui habite en Lozère et a un parcours scolaire honorable, puisse accéder comme l’élève d’Henri IV aux concours des grandes écoles.

 

Du sous-Bourdieu revu à des fins politiques

 

Cette note est scandaleuse. D’abord parce que les moyens de l’état ont été détournés pour construire un argumentaire pour le programme de la gauche de la gauche en montrant "qu’il est possible de réduire les droits de succession pour 99 % de la population tout en générant des recettes fiscales supplémentaires de l’ordre de 12 milliards d’euros, qui pourraient financer une garantie en capital allant jusqu’à 40 000 euros."

Ensuite parce que ces économistes politisés ont cru réinventer l’eau tiède en découvrant cinquante ans après Bourdieu que la reproduction sociale existe en France. Mais elle y existe beaucoup moins que partout ailleurs. Enfin parce que le principal problème que les économistes devraient résoudre aujourd’hui, n’est pas le partage de richesses existantes, mais la manière de recréer plus de richesses, sans produire plus d’inégalités, de manière que le PIB par habitant ne soit plus au même niveau qu’il était il y a dix ans.

 

"L’église au milieu du village"

 

Chez WanSquare, en cette période d’accélération Schumpétérienne, liée à la transition écologique, en ces temps de débats préélectoraux, et surtout dans un environnement marqué par une pensée économique toute faite, nous avons conservé notre sens critique et notre capacité à nous indigner tout en respectant toutes les obédiences politiques.
La seule question qui nous préoccupe est de remettre "l’église au milieu du village" à un moment où la campagne présidentielle amène ceux qui parlent le plus fort – c’est-à-dire les extrêmes – à asséner de fausses vérités. Après deux années de pandémie, avec des finances publiques au plus mal, et une quantité globale de travail parmi les plus basses de tous les pays de l’OCDE, il existe des vrais sujets de souveraineté économique, de compétitivité, et de pouvoir d’achat. C’est ce que nous continuerons à faire valoir tout au long de cette année 2022 qui va encore réserver beaucoup de surprises.

 

P.-S. : À titre personnel et au nom de toute l’équipe de WanSquare je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d’année – fussent-elles contrariées par la pandémie – en attendant de vous retrouver en 2022. WanSquare et La Lettre de l’Expansion font désormais partie du groupe Les Échos – Le Parisien. Cette intégration est une reconnaissance du sérieux de nos analyses et de nos informations. Elle va nous aider à vous délivrer le meilleur décryptage de l’actualité économique et financière. Yves de K.

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