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Yves de Kerdrel
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Macron prêt à descendre dans l’arène
par Yves de Kerdrel
Alors que Valérie Pécresse reste coincée, dans la plupart des sondages, nettement en dessous de Marine Le Pen et qu’elle peine à imprimer un récit de campagne, la Macronie s’organise de manière méticuleuse pour préparer l’entrée du Chef de l’État dans l’arène. Dans un contexte où la croissance économique est plus forte que prévu, mais aussi l’inflation. Ce qui relance les préoccupations sur « le pouvoir de vivre ».
Ça y est. Tout est prêt au 68 rue du Rocher pour accompagner la campagne éclair qu’Emmanuel Macron entend mener. De très nombreux recrutements ont été faits. Il reste bien sûr à désigner un directeur de campagne dont tout laisse à penser qu’il s’agira d’Alexis Köhler qui passe régulièrement sa tête au siège de La République En Marche en prenant bien soin d’y aller en dehors des heures où il exerce la fonction de Secrétaire Général de l’Élysée.
Initialement, c’est Sébastien Lecornu, qui avait acquis la confiance du Président après avoir joué un rôle moteur dans les grands débats qui avaient suivi l’épisode des "Gilets jaunes" qui devait être intronisé directeur de campagne. Mais le Chef de l’État ne veut pas le laisser quitter sa fonction de ministre des Outre-mer au moment où le climat reste difficile aux Antilles, dans le sillage de la crise sanitaire et de la campagne vaccinale
Un site internet pour la campagne de Macron
Vendredi matin, un pas supplémentaire a été franchi avec le lancement du site "avecvous2022.fr" qui sera le site du candidat Macron. Il s’agit d’un site très disruptif par rapport aux traditionnels supports numériques de campagne électorale. Il met en avant, non pas le candidat Macron – qui n’est toujours pas candidat – mais des Français et des prénoms à la manière de ce qui avait composé le discours de vœux du Chef de l’État à la fin de l’année 2020.
Chez Valérie Pécresse on juge cette fausse entrée en campagne "populiste" en raison du slogan qui apparaît sur la page d’accueil et qui dit ceci : "Vous ne vous reconnaissez pas dans les déclarations des candidats à l'élection présidentielle ? C'est normal, ils ne parlent pas de vous, ils parlent d'eux. Notre démarche est à l'opposé de ça." Et le site de jouer la carte de la démocratie participative comme En marche l’avait déjà fait il y a cinq ans, chacun étant invité à donner ses idées pour le quinquennat à venir.
La géopolitique retarde l’entrée en campagne du Président
Selon nos informations, Emmanuel Macron devrait toujours entrer en campagne le plus tard possible. C’est-à-dire après le 16 février, date de levée de toutes les contraintes liées à la pandémie, et qui devrait être vécue comme un soulagement par les Français. Mais avant le 20 février, de manière à garder une marge de sécurité par rapport au 4 mars, date de dépôt des parrainages auprès du Conseil Constitutionnel.
D’autant que le dimanche 13 février Valérie Pécresse a prévu de faire un très grand rassemblement au Zénith dans lequel elle synthétisera son programme. Et le Chef de l’État ne veut pas lui faire le cadeau d’apparaître comme un punching-ball en apparaissant déjà comme son alternative. Par ailleurs actuellement l’agenda d’Emmanuel Macron est largement occupé par les questions internationales avec l’affaire de l’Ukraine et les négociations avec Vladimir Poutine. Ce qui l’empêche d’apparaître en même temps comme un Président "diminué" car à la recherche officielle du suffrage des Français.
Vers une guerre éclair
En choisissant d’entrer en campagne le plus tard possible Emmanuel Macron oblige ses troupes à mener une guerre éclair. Ses services ont déjà fait savoir qu’il interviendrait le moins possible dans les émissions politiques traditionnelles ou les débats d’avant premier tour dans lesquels il veut enfermer ses compétiteurs. Sa campagne consistera donc à aller à la rencontre des Français.
Pour l’heure son équipe se creuse la tête afin de mettre au point une mesure choc sur le pouvoir d’achat. Dans la mesure où il a pris conscience, dans le sillage de l’enquête annuelle du Cevipof, à quel point cette thématique surpassait toutes les autres auprès des 98 % de français qui gagnent moins de 9 000 euros par mois. Par ailleurs c’est un sujet sur lequel la campagne de Valérie Pécresse patine. D’autant plus que toute une partie de son équipe continue de croire qu’il suffit de parler de sécurité, d’autorité et d’immigration pour être élue.
Croissance satisfaisante et inflation bien installée
Le contexte économique vient compliquer la manière de traiter ces sujets. La France a connu l’an passé une croissance de 7 %, bien supérieure à toutes les estimations. Ce qui a d’ailleurs créé des recettes fiscales bien plus importantes qu’anticipé (30 milliards d’euros environ). Mais aujourd’hui le sujet c’est l’inflation. À tel point que l’hebdomadaire Le Point en a fait sa Une cette semaine. Tellement cette hausse des prix qui avait disparu depuis les années 80 et qui s’était même transformée en déflation avec la mondialisation, fait un retour spectaculaire.
Avec un "ressenti" par les Français bien plus important que ce que les statistiques officielles font ressortir. Il faut dire que le logement n’entre qu’à hauteur de 6 % dans l’indice Insee des prix, alors que dans les métropoles et grandes villes, il représente au moins 25 % du budget des ménages locataires ou primo-accédants. Il est d’ailleurs très surprenant de voir que tout ce qui touche au logement, voire au bâtiment et à la construction échappe totalement à ce début de campagne. Ou bien il n’est traité que sous l’angle de la transition écologique.
Le demi-tour peu glorieux de Pécresse sur les salaires
Valérie Pécresse a été contrainte de se livrer la semaine passée à un renoncement spectaculaire, que la presse a peu relevé s’agissant des questions de pouvoir d’achat. Pendant toute la "fausse primaire" des Républicains et depuis le 4 décembre elle ne cesse de répéter qu’elle fera augmenter tous les salaires de 10 % en cinq ans. Notamment en faisant baisser les cotisations salariales et donc sans toucher, a priori au coût du travail, sauf pour ceux qui sont payés au SMIC. Une mesure dont le coût était estimé à 25 milliards d’euros.
Après une réunion houleuse au siège de la candidate, l’équipe économique conduite par Frédéric Lemoine, l’ex-patron de Wendel (dont les relations avec Patrick Stefanini, le directeur de campagne, sont franchement mauvaises) a décidé de ne plus communiquer que sur une hausse de 3 % des salaires, en espérant que les entreprises fassent une partie du chemin supplémentaire. La mesure coûtera tout de même 8 milliards aux employeurs et l’équipe d’Emmanuel Macron donne déjà des éléments de langage à la presse sur les cadeaux qui ont été faits aux entreprises en baisses d’impôts par contraste avec ce que Valérie Pécresse propose.
Toujours derrière Marine Le Pen
Le principal problème de Valérie Pécresse, pour l’heure, c’est qu’elle reste dans la plupart des sondages en dessous du score attribué au premier tour à Marine Le Pen, dont la campagne n’a pourtant rien d’époustouflant. Il lui faut donc rapidement combler ces deux points d’écart et s’assurer un score compris entre 18 et 20 % qui lui garantisse – avec les aléas des sondages – un accès au second tour. D’autant que lors de cette deuxième étape elle est beaucoup mieux placée que Marine Le Pen pour battre Emmanuel Macron avec 48 % des intentions de vote contre 52 % au Chef de l’État. Mais c’est sans compter les reports de voix de la gauche de la gauche qui n’hésitera pas à voter pour la candidate de droite afin de "dégager" le locataire actuel de l’Élysée.
Dans ce contexte, la décision de Marion Maréchal de ne pas soutenir sa tante, est un bon point par ricochet pour Valérie Pécresse. Et si l’ancienne députée du Vaucluse rejoint Éric Zemmour, comme c’est probable, car elle en est très proche, - comme de Philippe de Villiers et Patrick Buisson - cela pourrait renforcer l’ex-journaliste du Figaro et affecter à la baisse le score de Marine Le Pen. Même si jusqu’à présent on a pu voir que les différentes prises de guerre de Zemmour n’ont pas eu d’impact sur ses intentions de vote.
Le PIB de 2021 reste inférieur à celui de 2020
Comme nous l’indiquions plus haut, la croissance de l'économie française a atteint 7 % en 2021, soit sa meilleure performance depuis 52 ans, le rebond de l'activité s'étant poursuivi sur les derniers mois de l'année, ainsi que l’a montrée vendredi la première estimation du produit intérieur brut (PIB) publiée par l'Insee. Le gouvernement s'est immédiatement félicité de ce rebond "spectaculaire", à deux mois et demi du premier tour de l'élection présidentielle. Le PIB a progressé de 0,7 % au quatrième trimestre après une hausse de 3,1 % (révisé) au troisième, alors que les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une hausse de 0,5 %.
Cette hausse supérieure aux attentes s'explique entre autres par le dynamisme de la consommation des ménages, en hausse de 0,4 % sur octobre-décembre et de l'investissement des entreprises (+0,8 %) : la demande intérieure a ainsi représenté une contribution d'un demi-point à l'évolution du PIB, contre +0,4 point pour la reconstitution des stocks des entreprises et une contribution négative de 0,2 point pour le commerce extérieur. Par rapport au quatrième trimestre 2019, avant la crise du coronavirus, la croissance de l'activité économique atteint 0,9 %, précise l'Insee. La croissance de 7 % enregistrée pour l'ensemble de 2021 succédant à une contraction de 8 % en 2020, le niveau moyen de PIB de l'année dernière se situe 1,6 % en dessous de celui de 2019.
Omicron brouille le début d’année
Pour 2022, le gouvernement table sur une nouvelle progression de 4 %, une prévision supérieure à celle de la Banque de France (3,6 %). Quant au FMI, il a abaissé mardi sa prévision de croissance pour l'économie française cette année à 3,5 %, contre 3,9 % auparavant. En revanche le climat économique de la zone euro s'est assombri en janvier, selon des données publiées vendredi, en raison d'un sentiment négatif accentué dans les deux secteurs clés de l'industrie et des services. L'indice mensuel du sentiment économique de la Commission européenne est tombé à 112,7 points en janvier, contre 113,8 en décembre.
Mais c’est surtout la tension sur les taux de rendement des obligations d’état qui secoue les marchés depuis maintenant deux semaines. Si bien que le CAC 40 a perdu près de 400 points depuis le plus haut atteint le 5 janvier dernier. Ce qui n’a tout de même pas empêché le titre LVMH d’afficher une belle hausse vendredi au lendemain de la publication de comptes vraiment spectaculaires. De fait ne serait-ce qu’au cours de cette seule séance la capitalisation boursière du numéro un mondial des produits de prestige s’est accrue de 12,6 %.
Fin de suspense chez Orange
Comme nous l’annoncions dimanche dernier, le conseil d’administration d’Orange a procédé vendredi à la nomination de Christel Heydemann (petite-fille d’un torréfacteur, d’une coiffeuse et d’un chef de quai chez Delmas-Vieljeux) comme directrice générale d'Orange. Mais sa prise de fonctions ne se fera pas immédiatement et Stéphane Richard restera président jusqu'à la mi-mai. Le conseil d'administration - qui préférait pourtant le profil de Frank Boulben - a expliqué avoir fait le choix d'une personnalité aux compétences reconnues dans l'univers des télécoms et de la transformation des entreprises.
Ce qui est vrai. Car la patronne de Schneider Electric Europe jouit d’une réputation exceptionnelle dans l’univers de la technologie. Âgée de 47 ans cette polytechnicienne, prend en effet les rênes d'un groupe en pleine transition technologique, avec le déploiement de la 5G, le réseau mobile de cinquième génération, et de la fibre optique qui nécessite de lourds investissements. D’autant qu’Orange peine à maintenir une dynamique de résultats favorable, tiraillé entre la nécessité d'investir sur son réseau et la concurrence accrue sur ses deux principaux marchés, la France et l'Espagne. Son cours de Bourse est inférieur de plus d'un tiers à son niveau de 2015. Il reste à trouver un Président du Conseil d’Administration, dont on pense qu’il s’agira de Pascal Cagni, l’ex-patron d’Apple Europe, qui dirige aujourd’hui Business France.
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