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éditorial / Yves de Kerdrel

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Le duel Macron-Pécresse va enfin commencer
par Yves de Kerdrel

Même si plusieurs sondages placent toujours la candidate des Républicains derrière Marine Le Pen - et donc à l’écart d’un accès au second tour - la Macronie tire à boulets rouges sur Valérie Pécresse, comme si c’était elle la probable compétitrice du Président. La candidate de droite libérale joue à quitte ou double avec son rassemblement du Zénith, cette après-midi, et avec l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron dans une semaine.

13/02/2022 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

 

C’est très probablement samedi prochain, le 19 février, ou le lendemain, le 20 février qu’Emmanuel Macron devrait enfin annoncer sa candidature, à sept semaines seulement du premier tour de l’élection présidentielle. Auparavant, il n’y a pas de créneau réellement disponible pour lui. Cette semaine il a été mobilisé par son déplacement à Moscou et à Kiev puis par son discours sur le nucléaire et par un passage par Brest pour le sommet sur les océans

La semaine prochaine sera principalement axée sur l'aspect sanitaire pour Emmanuel Macron, notamment avec la levée des restrictions prévue mercredi 16 février. Il se rendra ensuite à Toulouse pour parler aérospatial, avant de prendre la direction de Bruxelles pour un sommet Europe-Afrique. Par ailleurs ses conseillers souhaitent voir quelle tournure prend le fameux "convoi de la liberté" de manière qu’il ne parasite pas son annonce de candidature. Pour l’heure ce "convoi" pèche par son double message. D’une part contre le passe vaccinal et d’autre part contre la hausse des prix.

 

Une campagne éclair de cinquante jours

 

Après ce marathon de la semaine à venir une fenêtre de tir devrait donc s’ouvrir le samedi 19 même si c’est le début des vacances scolaires de la région parisienne. Beaucoup spéculent sur une annonce ce jour-là ou bien le lendemain, le dimanche 20 février. Ces dates correspondent au créneau que nous indiquions régulièrement dans ces colonnes depuis un mois.

Selon nos informations prises à son QG de campagne, il devrait ensuite se lancer dans une campagne éclair qui durera quarante à cinquante jours en partant d’un capital d’intentions de votes qui reste stable autour de 25 %. Et la dernière étude Ipsos montre surtout que sa capacité à incarner la fonction présidentielle s’est renforcée en un mois et est trois fois supérieure en pourcentage à celle attribuée à Valérie Pécresse qui arrive en second dans ce classement qualitatif.

 

Raté diplomatique pour Macron à Moscou

 

Comme nous le mentionnions à l’instant, la semaine écoulée a été bien chargée pour le Chef de l’État avec un déplacement à Moscou qui a montré que "La diplomatie n’est pas un dîner de gala" pour reprendre l’expression de l’ambassadeur de France Claude Martin. Puisque dès son arrivée sur le tarmac de l’aéroport moscovite, Emmanuel Macron a refusé qu’on lui fasse un test PCR. Son chef d’état-major particulier l’avait mis en garde sur la nécessité de refuser tout test anti-covid sous peine de permettre aux Russes de mettre la main sur l’ADN du Président de la République.

Ce refus a été aussitôt communiqué au Kremlin. Et comme Vladimir Poutine est placé dans une "bulle sanitaire anti-covid", Emmanuel Macron a été prévenu qu’aucune poignée de mains ne pourrait avoir lieu et donc être immortalisée par un photographe. C’est aussi ce qui justifie la distance qui séparait les deux Présidents placés aux deux extrémités d’une table de marbre blanc de plus de quatre mètres. Si leur discussion – avec traduction par oreillette – a duré six heures, on ne peut pas dire qu’elle a permis de faire franchement bouger les lignes. Quoique l’Élysée ait communiqué à la fin de l’entretien sur une "volonté de désescalade" du côté russe. Un mot démenti par le Kremlin au moment où Emmanuel Macron était dans l’avion entre Moscou et Kiev.

 

La provocation des exercices de l’OTAN

 

Il faut dire que l’attitude des Américains reste un peu incompréhensible. Puisqu’au même moment, des soldats étaient acheminés en Pologne pour participer à des exercices de l’OTAN. Alors que ces quatre majuscules constituent la pomme de discorde entre Vladimir Poutine, les Européens et les Américains sur le sujet de l’Ukraine. Dans la mesure où la promesse a été faite dès 2008 à Kiev de rejoindre le Traité de l’Atlantique Nord. De fait les images satellites prises ces derniers jours par les services de renseignement occidentaux ont montré un accroissement des mouvements de troupes tout au long de la frontière entre la Russie et l’Ukraine, mais aussi entre la Biélorussie et l’Ukraine.

Autant dire qu’en dépit de tous ces efforts diplomatiques la situation reste très tendue. Selon des sources militaires, il semblerait que les Chinois ont obtenu de Vladimir Poutine qu’aucune attaque n’aurait lieu aussi longtemps que dureront les Jeux Olympiques. Même si Antony Blinken, le secrétaire d’État américain déclare s’attendre à une attaque imminente. Le Président Russe a d’autant plus accepté qu’un deal de même nature doit exister entre Moscou et Pékin lorsqu’interviendra une éventuelle attaque sur Taïwan. Peut-être juste avant le vingtième congrès du Parti Communiste Chinois qui doit conforter la Présidence à vie de Xi Jinping. Dans les deux cas les Européens ont du souci à se faire. Car comme le rappelait hier notre chroniqueur en géopolitique, Jean-Baptiste Noé, l’Ukraine reste le passage obligé du gaz russe, du moins tant que Nord Stream 2 n’est pas entré en service. Et en pleine transition écologique, l’Europe et surtout l’Allemagne ont un besoin impérieux de ce gaz. Mais Taïwan est la réserve mondiale de puces et de semi-conducteurs. Et un conflit autour de cette île priverait toute l’industrie européenne et américaine de composants électroniques.

 

Semaine difficile pour Valérie Pécresse

 

Du côté de Valérie Pécresse, comme elle l’a dit elle-même jeudi soir lors de la remise d’un Prix du Trombinoscope, la semaine n’a pas été émaillée de bonnes nouvelles. Il y a eu la défection d’Éric Woerth, annoncée dans Le Parisien, qui fait simplement le pari qu’Emmanuel Macron réformera plus sûrement la France en cinq ans que la Présidente de la Région île de France en dix ans. Il y a eu aussi celles de Nathalie Bouchart, la maire de Calais et de l’ancienne ministre Nora Berra, beaucoup moins importantes même si elles montrent que Valérie Pécresse a toujours du mal à créer une dynamique de campagne. Tous ces ralliements au Chef de l’État sont organisés depuis l’Élysée par Thierry Solère avec la complicité de Gérald Darmanin. Et dans l’entourage de Valérie Pécresse on s’attend à d’autres défections. Le nom de Martine Vassal, présidente de la métropole marseillaise et du département des Bouches du Rhône est notamment cité.

Le plus dur est venu de Nicolas Sarkozy qui a laissé fuiter dans Le Figaro quelques phrases peu aimables à l’égard de la candidate et de la qualité de sa campagne. Tout cela la veille d’un entretien qui a eu lieu entre l’ancien Président et Valérie Pécresse vendredi à midi. À cela s’est ajouté un véritable tir de barrage de Rachida Dati à l’égard d’une "campagne de loosers" visant surtout Patrick Stefanini, qui ne fait toujours pas l’unanimité, y compris au sein du QG de campagne et qui a déjà exigé d’être investi à Rambouillet pour les prochaines législatives. À tel point que deux des mousquetaires sont désormais invisibles : Michel Barnier et Éric Ciotti, dont on dit au QG de campagne qu’il "fait la gueule" car ses idées ne sont pas reprises.

 

Et si la campagne commençait maintenant ?

 

Mais Valérie Pécresse n’a pas dit son dernier mot. D’abord elle sait qu’elle est très soutenue dans la société civile. Peut-être même davantage que chez ses "amis" des Républicains. Et il ne faut pas oublier comment elle a arraché la Région île de France à Claude Bartolone à quelques milliers de voix près. Par ailleurs le fait que les proches du Chef de l’État concentrent leurs tirs sur elle montre qu’elle constitue bien un réel danger. C’est pourquoi rue Torricelli on prête peu d’attention aux sondages qui la placent derrière Marine Le Pen. Et on reste convaincu qu’elle participera bien au second tour.

Dans cet esprit le rassemblement de cette après-midi au Zénith devant plus de 7 000 personnes, retransmis par toutes les chaînes de télévision, est considéré par Valérie Pécresse comme le véritable coup d’envoi de sa campagne. Il s’agit du "meeting" qui devait se tenir à la mi-décembre et qui avait été annulé à cause du Covid. Chaque campagne à son grand moment de ferveur. Et pour la candidate des Républicains c’est bien cette après-midi. Elle prendra la parole à 15 h 30 pour un discours d’un peu moins d’une heure où il ne sera question ni de projet, ni de mesures concrètes, mais simplement d’une vision pour la France des dix années à venir. Avec un moment plus personnel qui lui permettra de "fendre l’armure" et de faire mentir ceux qui la trouvent trop techno. Elle seule interviendra depuis la scène. En revanche il y aura des prises de paroles de français de toutes catégories de même que des vidéos de ses principaux soutiens. Par ailleurs son entretien avec Nicolas Sarkozy s’est plutôt bien passé. Il lui a vivement conseillé de jouer plus collectif et de mettre en avant les personnalités avec lesquelles elle gouvernera si elle est élue. Comme lui l’avait fait en 2007 avec Rachida Dati, Xavier Bertrand ou NKM.

 

Activité soutenue en janvier

 

Au chapitre économique la principale actualité de la semaine a porté sur l'activité économique en France qui a globalement résisté en début d'année à la propagation du variant Omicron, selon la Banque de France, qui table sur une progression de 0,5 % du produit intérieur brut au premier trimestre. Ce ralentissement anticipé de la croissance, après la progression de 0,7 % du PIB enregistrée au quatrième trimestre 2021, s'avère moins marqué que celui attendu par l'Insee qui table sur une hausse de 0,3 % du PIB pour la période janvier-mars.

Dans son dernier point sur la conjoncture française, fondé sur les résultats d'une enquête menée auprès de 8 500 entreprises, la banque centrale française estime que le produit intérieur brut de la France s'est maintenu en janvier environ 1 % au-dessus de son niveau d'avant-crise, comme en décembre. En février, le PIB de la France devrait s'établir à 1,5 % au-dessus de son niveau d'avant-crise, sous l'effet d'une nette progression de l'activité dans l'industrie et dans les services, tandis que celle du bâtiment devrait rester relativement stable. Selon cette enquête, près des trois quarts des entreprises de l'industrie et du bâtiment s'attendent à des difficultés d'approvisionnement persistantes pendant environ un an, accentuant les pressions sur les prix.

 

La Fed sous pression

 

La pression s'est accrue sur la Réserve fédérale jeudi pour qu'elle adopte une position plus ferme contre l'inflation après un bond inattendu des prix à la consommation. Dans les heures qui ont suivi la publication de cet indice les boursiers ont fait des paris sur le fait que la Fed commencera sa prochaine série de hausses de taux par un "big bang" de 50 points de base. De fait, le rendement des bons du Trésor à deux ans a connu sa plus forte hausse depuis le 5 juin 2009.

Les dirigeants de la Fed, qui doivent se réunir exceptionnellement lundi, ont déjà annoncé qu'ils commenceraient à relever le taux d'intérêt de référence au jour le jour de la banque centrale, qui est proche de zéro, lors de la réunion de mars, quelques jours seulement après avoir mis fin à leur programme de deux ans d'achats mensuels de milliards d'obligations d'État. Pour beaucoup, la Fed est déjà en retard sur la dynamique économique aux États-Unis, avec une inflation à son plus haut niveau depuis 40 ans et un marché de l'emploi extrêmement tendu.

 

Des rumeurs sur le capital d’EDF

 

Les publications de résultats des grands groupes se succèdent avec une très grande majorité de bonnes surprises. La particularité de cette année réside dans les très bons chiffres des quatre grandes banques. À commencer par BNP Paribas, mais aussi par la Société Générale qui a publié un bénéfice historique. Mais ni le Crédit Agricole, ni le groupe BPCE ne sont en reste.

Le record des bénéfices a été atteint par TotalEnergies avec 14 milliards d’euros. Au moment même où le Chef de l’État annonçait le projet de mise en chantier de 6 nouveaux réacteurs nucléaires auxquels s’ajouteraient éventuellement 8 autres. Un chantier faramineux pour EDF qui pose la question de son financement. De fait des rumeurs de renationalisation ont circulé sur le marché. Pour l’heure le rachat des 17 % de flottant d’EDF n’est pas à l’ordre du jour, d’autant que c’est ce que demandent en chœur Yannick Jadot, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et le communiste Fabien Roussel. Mais si Emmanuel Macron est réélu le projet Hercule 2 ressortira des bureaux du trésor avec à la clé un "délisting" de l’électricien français, dont le bilan est bien mal en point.

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