éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Et si c’était Macron versus Zemmour ?
par Yves de Kerdrel
Alors qu’Emmanuel Macron s’apprête à annoncer sa candidature à la télévision et dans la Presse quotidienne régionale juste avant l’ouverture du salon de l’Agriculture – et en fonction des évènements en Ukraine – Valérie Pécresse va tenter de rebondir cette semaine, notamment sur BFM. Au moment où dans les derniers sondages elle arrive à la fois derrière Marine Le Pen et Éric Zemmour.
Drôle de campagne électorale. D’un côté le candidat principal et dont la cote ne cesse de grimper ne s’est toujours pas déclaré. Ce qui d’une certaine manière fausse le match. De l’autre côté, trois candidats se talonnent autour de 15 % avec chacun le souhait de gagner le point de plus qui lui permettra d’être au second tour.
La grande nouveauté de la semaine écoulée de ce côté-là a été l’ascension forte d’Éric Zemmour, qui a, semble-t-il profité de la mauvaise séquence subie par Valérie Pécresse et par le curieux changement de position de Marine Le Pen sur la retraite à 60 ans. Un totem qu’elle arborait fièrement depuis des années afin de s’attacher le vote des classes populaires et qu’elle a subitement laissé tomber pour passer à 62 ans.
Des mots sur les maux chez les Républicains
L’évènement de ces derniers jours a été la très mauvaise semaine de Valérie Pécresse. Une séquence abominable commencée par le rassemblement raté de dimanche dernier – raté sur le fond avec des mots et des phrases qui n’auraient pas dû figurer dans ce discours et raté sur la forme avec une très mauvaise élocution un manque de charisme criant – et continuée par l’interview au journal de 20 heures sur France 2 où elle s’est retrouvée face à trois procureurs.
Bien sûr cela a donné lieu à de longues exégèses de la part des ténors des Républicains sur tous les plateaux de télévisions. Bien sûr Xavier Bertrand en a profité pour taper du poing sur la table et dire que la Droite avait besoin d’une "candidate de conviction et non d’une candidate de synthèse". Bien sûr toutes les enquêtes d’opinion ont traduit cette mauvaise séquence par un effondrement de son score et par une forte remontée d’Éric Zemmour qui arrive actuellement en position de finaliste.
La montée continue d’Éric Zemmour
Nombreux sont ceux qui, voyant Marine Le Pen s’affadir, au fur et à mesure que ses cadres rejoignent le journaliste du Figaro, imaginent un second tour Emmanuel Macron contre Éric Zemmour. D’autant plus que, selon nos informations, de très nombreux parrainages allant d’habitude à la candidate du Rassemblement National ont été destinés au trublion de l’extrême-droite. Si bien que Marine Le Pen a encore beaucoup de mal à atteindre les 500 signatures validées d’ici au 4 mars.
Par ailleurs du côté de l’Élysée on laisse dire que le Chef de l’État, qui a déjà battu Marine Le Pen en 2017, serait très heureux d’affronter Éric Zemmour cette année. Sachant que ce dernier se poserait immédiatement en champion d’une recomposition de la droite sous une forme radicale à travers une alliance avec Laurent Wauquiez et Éric Ciotti. Ce qui signerait la fin de la droite libérale et orléaniste. Et finirait ainsi de recomposer le paysage politique national après l’enterrement sans fleur ni couronne du Parti Socialiste. Avec une Ségolène Royal mettant le dernier clou sur son cercueil en appelant à voter Jean-Luc Mélenchon.
Quand Pécresse retrouve ses moyens
Mais rien ne se passe jamais comme prévu. Et le trou d’air que Valérie Pécresse a subi a été court et rapide. Et dès vendredi, elle a effacé le souvenir du Zénith à l’occasion d’un rassemblement au Cannet où se pressaient plus de 2000 personnes. Et la candidate, moquée quelques jours plus tôt pour son prompteur, imposé par Patrick Stefanini, a improvisé, marchant de long en large sur la scène de manière très naturelle.
Par ailleurs, en dépit de tous les coups qu’elle a reçus au cours des tous derniers jours, la candidate des Républicains fait preuve d’une résilience étonnante, selon son équipe, ou même ses anciens concurrents de la Primaire. Son émission mercredi sur BFM, sera, de ce point de vue, cruciale. Elle veut figurer sur l’affiche du second tour. Et sachant qu’elle bénéficie du vote des retraités qui ne s’abstiennent pas elle reste confiante dans sa capacité à faire mentir les enquêtes d’opinion.
Provocations américaines et intimidations russes
Il ne manque plus que la candidature d’Emmanuel Macron. Nous annoncions la semaine passée qu’elle aurait pu intervenir ce week-end. Mais l’arrivée massive de nouvelles troupes russes à la frontière de l’Ukraine et l’annonce d’un exercice militaire russe pour les heures à venir dans cette région ont modifié les plans du Chef de l’État. D’autant que Vladimir Poutine – qui avait pourtant montré des signes de désescalade cette semaine avant que les Américains ne remettent de l’huile sur le feu – a souhaité que cet exercice comporte le lancement de missiles balistiques.
Pour l’heure Emmanuel Macron est donc concentré sur ce qui se passe dans cette région, au Donbass, en Crimée et en Biélorussie ou des dizaines de milliers de soldats russes se sont installés le long de la frontière ukrainienne. L’armée française a été mise en état d’alerte maximum. Et celui qui devait apparaître ces heures-ci comme un simple candidat, se doit d’assumer la fonction de chef des armées à un moment où il n’y a pas eu une telle concentration de troupes en Europe (au sens large) depuis la seconde guerre mondiale.
Denormandie, probable directeur de campagne
De fait ses équipes ont programmé une éventuelle annonce de candidature entre mercredi et vendredi, de manière qu’il puisse se rendre au Salon de l’Agriculture – qui ouvre samedi prochain – en tant que candidat. D’autant que c’est Julien Denormandie, son actuel ministre de l’Agriculture qui est pressenti pour devenir son futur directeur de campagne.
La forme de son annonce de candidature pourrait être celle d’un journal de 20 heures et d’une interview relayée dans le pool habituel de journaux de la presse quotidienne. Par ailleurs une intervention Facebook ou, en tout cas, digitale à destination des réseaux sociaux, pour un électorat plus jeune, est en cours de préparation par son staff de la Rue du Rocher. Un QG où tout est désormais prêt pour accueillir le candidat. De manière qu’il ne mène pas sa campagne électorale depuis l’Élysée.
Le chemin de crête programmatique de Macron
Les sondeurs s’attendent tous désormais à un score plus élevé que prévu pour le chef de l’État à l’issue du premier tour. Il profitera d’un effet "blast" dû à une campagne éclair et massive, préparée depuis des semaines par une équipe de professionnels, presque tous issus du privé. Il bénéficiera aussi de chiffres du chômage au plus bas depuis près de quinze ans.
Sa seule difficulté sera de trouver la bonne feuille de route. Elle devra forcément reposer sur les réformes qui devaient être menées mais qui ont été annulées ou repoussées par la crise sanitaire. À commencer par la réforme des retraites. Mais aussi celle de la dépendance et du grand âge. Celle de la transition écologique. Et celle de la réindustrialisation du pays. Toute la question reste sa crédibilité sur le sujet des réformes où l’on sait – par l’expérience d’Édouard Philippe – qu’il ne souhaite en fait que réformer a minima. Alors que la Cour des Comptes a appelé cette semaine à une transformation massive et radicale du fonctionnement d’un état bien trop dépensier.
Les recommandations des Gracques
Les Gracques, groupe de réflexion social-libéral créé en 2007 rassemblant universitaires, fonctionnaires et entrepreneurs, avait contribué à propulser le fondateur d’En Marche à l’Élysée en 2017. Le think-tank présidé par Bernard Spitz, qui présida la fédération professionnelle des assureurs pendant 11 ans a publié un Manifeste de la dernière chance qui ressemble fort à un programme à l’intention du président candidat. Parmi leurs propositions, figure un important volet social, délaissé pendant la seconde moitié de son quinquennat. Les Gracques recommandent ainsi de mettre en place un "new deal intergénérationnel" afin de rétablir plus d’équité entre les anciennes générations et les nouvelles qui ont souffert de la crise sanitaire et économique.
Ils se penchent notamment sur la réforme des retraites, mais aussi sur le financement de la santé et de la dépendance. Plutôt que de reculer simplement l’âge légal de départ à la retraite, les Gracques souhaitent privilégier la solution d’un "âge pivot" fixé à 64 ans d’ici 2027, tout en maintenant un système de départ anticipé pour les carrières longues. Quant à la prise en charge du grand âge, la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale sous le quinquennat Macron, qui s’est traduite par une coquille vide sans financement, "n’est pas une bonne idée", juge Bernard Spitz. L’ex-président de la FFA maintient sa position : pour lui le seul système viable pour financer la dépendance est la capitalisation, à condition que l’État amorce la pompe afin que cela fonctionne.
L’avertissement de la Rue Cambon
Le prochain gouvernement devra définir une trajectoire de réduction du déficit et de la dette publics plus ambitieuse pour la France, afin d'éviter que l'écart avec les autres pays de la zone euro en termes de situation des finances publiques ne s'accentue davantage, prévient mercredi la Cour des comptes. Avec un ratio de dette publique estimé à plus de 115 % du produit intérieur brut cette année et un déficit public attendu autour de 5 %, la France figure parmi les pays européens dont les comptes publics sont les plus dégradés, ce qui représente un facteur de risque pour la cohésion de la zone euro mais affecte aussi la soutenabilité de la dette française.
La politique du "quoi qu'il en coûte" mise en œuvre par l'exécutif pour soutenir l'économie française face aux retombées de la pandémie de COVID-19, était nécessaire, a souligné mercredi sur RTL le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici. Le futur exécutif issu des élections présidentielles et législatives du printemps devra donc, dans la prochaine loi de programmation des finances publiques qui sera présentée au Parlement à l'automne prochain, adopter une trajectoire de redressement plus affirmée que celle envisagée actuellement et ne reposant pas uniquement sur la maîtrise de la dépense publique, préconise la Cour.
La supplique du Gouverneur
Par ailleurs, l'incertitude accrue sur les perspectives d'inflation implique que la Banque centrale européenne garde toutes ses options ouvertes, en particulier sur les futures hausses de taux d'intérêt, a déclaré mardi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Face aux risques inflationnistes, la BCE a ouvert la porte récemment à un relèvement de taux dans le courant de l'année. Elle devrait aussi préciser lors de sa réunion du 10 mars un calendrier de réduction de ses rachats d'actifs.
Lors d'un discours devant la London School of Economics, François Villeroy de Galhau, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, a estimé qu'il serait utile de mettre en place une transition entre la fin du PEPP (Plan d'urgence face à la pandémie), en mars, et l'expiration du dispositif APP, le programme plus traditionnel de rachat d'actifs, qui pourrait prendre fin selon lui au troisième trimestre. François Villeroy de Galhau a également relevé que le lien entre la fin des programmes de rachats d'actifs et le début du relèvement des taux pourrait être atténué si la BCE cessait de suggérer qu'une hausse des taux serait rapidement décidée après l'expiration de ces dispositifs.
L’aumône faite à EDF
Côté business la semaine a été émaillée comme la précédente par une litanie de très bons résultats des grands groupes cotés au titre de l’exercice 2021. Qu’il s’agisse de Kering et d’Hermès dans le secteur du luxe ou de groupes comme Engie et Aéroports de Paris qui ont mené tambour battant des programmes d’adaptation, l’un à la transition écologique et l’autre à la baisse du trafic.
Par ailleurs alors que l’on a appris que la fabrication des six réacteurs nucléaires promis par Emmanuel Macron coûterait 52 milliards d’euros à EDF, l’État va apporter à l’électricien une aumône de 2,1 milliards. Cela en attendant probablement la nouvelle version du plan Hercule qui doit remodeler complètement la structure d’EDF. La semaine à venir sera notamment marquée par les comptes de Faurecia, de Danone, Bouygues, SCOR, Plastic Omnium, Accor et Casino.
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