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Pour Macron « les ennuis commencent » ce soir
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État devrait être réélu sans difficulté ce soir après deux semaines pendant lesquelles il a pu démontrer les incohérences du programme de Marine Le Pen. Il lui reste à ressouder une France profondément fracturée où le camp populiste représente deux tiers de la population. Tout cela dans un environnement économique qui nous amène à la stagflation et où la question du pouvoir d’achat ne sera pas résolue par les seuls engagements pris pendant la campagne.

24/04/2022 - 06:30 Temps Lecture 13 mn.

 

"C’est maintenant que les ennuis commencent". Cette célèbre formule est attribuée à Léon Blum auquel on venait d’annoncer la victoire du Front Populaire. Le grand homme de la gauche traditionnelle française savait bien que devenir Président du Conseil, juste après la déflation menée par Laval, en pleine montée du nazisme conquérant, et dans une France toujours marquée par les séquelles de la crise de 1929 n’avait rien d’une sinécure.

Autant l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 avait soulevé énormément d’espoirs y compris au sein d’une droite laminée par son éviction du second tour, autant sa réélection suscite autant de soulagement que de craintes. Soulagement, car il a réussi à faire barrage aux extrêmes et surtout à la grande menace d’une alliance "rouge-brun", puisque moins d’un électeur de Jean-Luc Mélenchon sur cinq devrait mettre un bulletin "Le Pen" dans les urnes. Craintes, car après avoir fait fi des corps intermédiaires pendant cinq ans, on peut redouter qu’il continue avec cette même mauvaise habitude, au risque d’assister à un "troisième tour" social.

 

L’écart entre Macron et Le Pen sera déterminant

 

Commençons par le commencement, c’est-à-dire ce second tour de la présidentielle. Les derniers sondages quotidiens n’ont cessé de creuser l’écart entre le score possible de Marine Le Pen et celui d’Emmanuel Macron. Ils laissent envisager un résultat final proche de 55 % pour l’actuel Président de la République et de 45 % pour la candidate du Rassemblement National. Si le Chef de l’État parvient à faire beaucoup mieux, ce sera une réelle performance. Si, en revanche il ne dispose que d’un écart de 6 % (avec un score de 53 % contre 47 %), ce sera une forme de victoire à la Pyrrhus, dans la mesure où Marine Le Pen pourra se prévaloir d’avoir fait aussi bien que Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy en 2007.

Comme au premier tour, la participation sera déterminante. Le rolling d’Ipsos s’attend à une abstention comprise entre 25 et 29 %. Mais outre la participation il y a un facteur qui est difficilement maîtrisable par les instituts de sondage, ce sont les votes blancs ou nuls. Or ils risquent d’être plus nombreux que d’habitude, dans la mesure où la moitié des mélenchonistes ont déclaré ne vouloir voter ni pour Marine Le Pen, ni pour Emmanuel Macron. L’équation du second tour repose donc sur ces deux inconnues. D’autant que Marine Le Pen qui, auparavant bénéficiait d’une mobilisation massive de ses partisans, commence à souffrir de l’abstention. On l’a vu au premier tour où les moins de 35 ans - catégorie où elle devance Emmanuel Macron – ont beaucoup moins voté qu’à l’accoutumée.

 

Une "Fête de la fédération" ce soir

 

Il reste que depuis jeudi matin, c’est-à-dire le lendemain du débat de l’entre-deux tours, le quartier général du candidat Macron a communiqué sur le fait que ce dernier fêterait sa victoire au Champ de Mars, ainsi qu’il avait déjà voulu le faire en 2017. Mais la mairie de Paris lui avait alors refusé cet emplacement. En raison d’une météo incertaine, un plan B a été prévu sur l’Esplanade des Invalides où le risque de "boue" est moins important.

C’est donc avec la Tour Eiffel en toile de fond et l’École Militaire face à lui que le Chef de l’État devrait s’adresser "à tous les Français" comme le veut l’usage républicain. Le lieu du Champ de Mars fait écho à la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 qui devait marquer le retour de la "concorde nationale" après une année 1789 agitée et la conclusion d’un nouveau pacte entre le monarque et le peuple, tout cela sous la bénédiction de Talleyrand – dont on dit que ce fût la seule messe qu’il célébra comme évêque.

 

Quel mode de gouvernement pour ce second mandat ?

 

Naturellement la principale question que se poseront dès ce soir les commentateurs politiques portera sur la phrase qu’Emmanuel Macron avait lancée au soir du premier tour sur "la nécessité d’inventer quelque chose de nouveau" afin d’intégrer la droite libérale et européenne au sein de sa majorité. Une phrase reprise deux jours plus tard par Nicolas Sarkozy dans son appel à voter pour Emmanuel Macron en souhaitant qu’il forme une sorte de contrat de gouvernement avec Les Républicains.

Sans doute, une fois qu’il sera réélu – performance pour un président sortant et sans cohabitation – Emmanuel Macron va désormais attendre de savoir comment sera composée la prochaine chambre des députés pour élargir ou non majorité gouvernementale. Mais il lui faudra tout de même nommer un Premier Ministre afin de mener la campagne des législatives. Et Jean Castex a déjà annoncé qu’il démissionnerait après le scrutin présidentiel.

 

Élisabeth Borne à Matignon… jusqu’aux législatives

 

Beaucoup de noms circulent depuis quelques jours. Surtout depuis qu’Emmanuel Macron a annoncé à Marseille que le locataire de Matignon serait directement chargé de la planification écologique. Le nom d’Élisabeth Borne – qui a été ministre de la Transition écologique et solidaire pendant onze mois après la crise des "gilets jaunes" - revient très souvent. Son manque de charisme correspond assez bien à l’idée qu’Emmanuel Macron se fait d’un Premier Ministre. Autre possibilité : la nomination de Julien Denormandie, très proche du duo Macron-Köhler et très actif pendant cette campagne.

S’il souhaite envoyer un signal à la droite et dissoudre définitivement le parti des Républicains, Emmanuel Macron peut encore essayer de convaincre François Baroin, comme Nicolas Sarkozy lui en a soufflé l’idée il y a quelques jours lors de leur dernière rencontre à l’Élysée. Un autre nom est apparu ces derniers jours, toujours lié à l’écologie, c’est celui de Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, et proche d’Édouard Philippe, qui s’était installée à New-York après son échec aux législatives de 2017, et dirigeait l’activité cyber de Capgemini aux États-Unis est désormais partenaire chez Antin Infrastructures.

 

Des risques de fracturations chez Les Républicains

 

Pour l’heure, à droite la ligne officielle du Parti que Christian Jacob essaie de maintenir coûte que coûte en dépit de la déclaration de Nicolas Sarkozy, c’est que Les Républicains ne doivent pas se dissoudre dans le "macronisme". Jean-François Copé, qui a rarement été d’accord dans le passé avec Nicolas Sarkozy, est lui pour une alliance de gouvernement. Même s’il a accepté de se rallier à la ligne du parti lors de la dernière réunion du Bureau Politique. C’est ce qu’il devrait répéter ce soir sur France 2 dès 20 heures où il représentera Les Républicains… avant de céder sa place à Christian Jacob.

Une chose est certaine, si le score de Valérie Pécresse lors du premier tour (4,8 %) a sonné le parti de la Rue de Vaugirard, l’implantation territoriale des Républicains devrait lui permettre d’avoir un score très différent aux législatives et de garder un grand nombre de députés, voire d’en gagner. Tout dépendra des "triangulaires" que les sondeurs estiment d’ores et déjà très nombreuses, compte tenu des circonscriptions où la France Insoumise d’une part et le Rassemblement National d’autre part ont réalisé un score supérieur à 12,5 % des inscrits, seuil minimal pour se maintenir au second tour.

 

Quelle transition entre les deux mandats ?

 

Il reste à savoir comment se passera sur le plan institutionnel le passage du premier au second quinquennat d’Emmanuel Macron. En déclarant à l’issue du dernier Conseil des Ministres que la cérémonie d’investiture du chef d’État élu lors du second tour aura lieu entre mercredi ou jeudi prochain, lorsque les résultats officiels auront été publiés, et le 14 mai, fin officielle du mandat de l’actuel président, Gabriel Attal a laissé entendre qu’il y aurait bien une cérémonie avec tambours et trompettes.

Le protocole prévoit en cas de changement de président les modalités de la passation de pouvoir. Mais pour le reste un Président qui entame un nouveau mandat a le droit à une nouvelle cérémonie d’investiture. Ce qui paraît un peu incongru dans la mesure où cette tradition monarchique vise à le faire reconnaître par les Armées, par le peuple de Paris et par les présidents des deux assemblées. Emmanuel Macron avait exprimé son souhait de retourner, s’il était réélu, voir des militaires blessés à l’Hôpital de Clamart. Pour le reste on ignore ce qu’il retiendra dans la mesure où François Mitterrand en 1988 et Jacques Chirac en 2002 ont tous les deux renoncé aux fastes et aux coups de canon d’une seconde investiture.

 

La question du pouvoir d’achat reste entière

 

Emmanuel Macron qui aura donné l’impression de gagner cette présidentielle avec facilité, tout en gérant la présidence française de l’union européenne et la guerre en Ukraine va encore donner raison à Alain Minc qui dit de lui qu’il a signé "un CDI avec la Providence". Mais, ne nous y trompons pas, sa réélection dans un pays où les extrêmes et le populisme représentent près des deux tiers du corps électoral, va nécessairement entraîner un troisième tour social. Surtout compte tenu des pertes de pouvoir d’achat liées à une inflation, qui de conjoncturelle, va progressivement devenir structurelle.

Or la principale réponse d’Emmanuel Macron à cette question est liée au fait de porter à 6 000 euros la prime que des entreprises peuvent verser chaque année à leurs collaborateurs sans charge ni fiscalité. Mais quelle PME est prête à verser une telle somme à ses collaborateurs alors qu’il y a les incertitudes internationales et les PGE à rembourser. À cette promesse qui ne peut être tenue que par les "patrons" va s’ajouter la mise en place des deux réformes qui fâchent sur la retraite et le RSA. Autant dire qu’après cette cavalcade électorale, le Président va mesurer à quel point Léon Blum avait raison en parlant des "ennuis qui commencent". Et même un gouvernement d’union progressiste réunissant la gauche sociale-démocrate, le centre-droit macronien et ce qu’il reste des Républicains, ne pourra éviter une défiance d’une partie du Pays à l’égard de nos institutions. La fête de ce soir au Champ de Mars pourrait se terminer en "gueule de bois".

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