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La Fed actionne un deuxième levier pour terrasser l’inflation
"L'inflation est beaucoup trop élevée. Et nous comprenons les difficultés qu'elle cause. Et nous agissons rapidement pour la faire baisser. Nous avons à la fois les outils nécessaires et la détermination qu'il faudra pour rétablir la stabilité des prix au nom des familles et des entreprises américaines". Lors de sa première conférence de presse en présentiel depuis plusieurs années, Covid oblige, Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a affiché une certaine solennité alors que l’inflation historique que connaissent les États-Unis (8,5 % sur un an en mars) devient de plus en plus un problème politique.
C’est pourquoi, en vue de ramener l’inflation vers son objectif de 2 % par an (en moyenne au cours du temps), le Comité de politique monétaire (FOMC) de la Banque centrale s’est accordé à l’unanimité pour procéder à une hausse de 50 points de base de son taux directeur – une première depuis mai 2000. Son taux directeur se situe donc dans une fourchette comprise entre 0,75 % et 1 %. "Nous prévoyons que des augmentations continues du taux cible pour le taux des fonds fédéraux seront appropriées", a prévenu Jerome Powell. Dans le détail, le grand argentier a annoncé que "le sentiment général au sein du comité est que des augmentations supplémentaires de 50 points de base devraient être envisagées lors des deux prochaines réunions [elles se tiendront les 14 et 15 juin puis les 26 et 27 juillet, NDLR]".
Alimenté entre autres par les déclarations toujours plus "fauconnes" du président de la Fed de Saint Louis James Bullard, le marché jouait la surenchère concernant l’ampleur des hausses de taux à venir. Sur ce point, Jerome Powell a tenu à clarifier les choses. "Une augmentation de 75 points de base n'est pas quelque chose que le comité envisage activement", a-t-il indiqué. "C’est la déclaration la plus importante de la conférence de presse", n’hésite pas à affirmer Allison Boxer, économiste chez Pimco. Conséquence : tandis qu’avant la conférence de presse, les marchés à terme estimaient à 98,9 % la probabilité que le taux directeur atteigne au moins 2,50 % à l’issue de la réunion de décembre, la probabilité est désormais de "seulement" 50,5 %, peut-on calculer grâce à l'outil FedWatch de CME Group.
En parallèle de cela, afin de "faire rentrer l’inflation dans le tube", la Fed a annoncé qu’elle commencerait à réduire la taille de son bilan le 1er juin. Depuis le déclenchement de la pandémie, sa taille a plus que doublé (il représentait 8 939,2 milliards de dollars au 27 avril 2022) sous l’effet des programmes d’achats d’actifs (obligations du Trésor et créances hypothécaires - MBS) lancés pour garantir des conditions de financement accommodantes à l’économie américaine.
Concrètement, entre juin et août, la Fed cessera de réinvestir chaque mois 47,5 milliards de dollars de tombées de titres au maximum (30 milliards de dollars pour les obligations d’État et 17,5 milliards de dollars pour les MBS) – cela dépend de la quantité de titres arrivant à échéance chaque mois. Puis, ce montant passera à 95 milliards de dollars mensuellement au maximum (60 milliards de dollars pour les Treasuries et 35 milliards de dollars pour les MBS). Le marché n’a guère été surpris par cette annonce, le compte rendu de la dernière réunion du FOMC ayant déjà évoqué ces montants.
"Pour assurer une transition en douceur, le Comité a l'intention de ralentir puis d'arrêter la diminution de la taille du bilan lorsque les réserves [dépôts des institutions financières auprès de la Fed, NDLR] seront légèrement supérieures au niveau qu'il juge compatible avec l'existence de réserves abondantes", a indiqué la Fed. Lors de son dernier quantitative tightening (réduction de la taille du bilan), l’institution de Washington avait failli à correctement évaluer ce niveau, ce qui n’avait pas été sans conséquence...
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