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Macro-économie / Taux / Emploi / France / productivité

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Emploi / France / productivité

France : ce mauvais signal pour le plein-emploi

Par rapport à l’avant-crise pandémique, l’emploi salarié a progressé significativement plus vite que la valeur ajoutée créée par l’économie hexagonale. Cette baisse de la productivité du travail aurait plusieurs origines et ne serait pas de bon augure pour la réduction rapide du chômage.
ARNAUD FINISTRE / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
ARNAUD FINISTRE / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Avant la crise pandémique, l’économie française comptait 717.000 paires de bras en moins, pourtant elle créait presque autant de richesses qu'en ce moment. Fin 2019, l’emploi salarié était inférieur de 2,8% à son niveau d’aujourd’hui tandis que le Produit intérieur brut (PIB) trimestriel se situait "seulement" 0,9% en dessous de celui du deuxième trimestre de 2022.

Ainsi, en moyenne, entre avril et juin 2022, chaque emploi générait donc 2,1% de valeur ajoutée de moins qu'entre octobre et décembre 2019. Ce déficit de productivité du travail par rapport à l'avant-crise apparaît persistant depuis le pire de la pandémie : il avait connu un pic de 16,5% au deuxième trimestre 2020 lorsque l'activité s'était effondrée beaucoup plus violemment que l'emploi (grâce au dispositif de chômage partiel).

Plusieurs explications sont avancées en vue de résoudre ce puzzle. Les centaines de milliards d'euros déversés au nom du "quoi qu’il en coûte" pour atténuer les conséquences économiques de la pandémie pourraient ne pas y être étrangers. En effet, "les aides distribuées aux entreprises depuis la crise de la Covid-19 ont pu maintenir artificiellement certaines d’entre elles en activité ("Entreprises zombies") alors même qu’elles auraient dû faire faillite [Les entreprises zombies sont des sociétés incapables de couvrir leur charge d'intérêts avec leur excédent brut d'exploitation pendant au moins trois années consécutives, ndlr]. Ce phénomène qui s’observe notamment dans la moindre défaillance du nombre d’entreprises en 2020 et 2021 par rapport aux années précédentes peut expliquer une partie de cette baisse de productivité du travail", pointent Eric Heyer et Magali Dauvin, économistes à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), dans une étude. 

La nature de la crise que la France a traversée pourrait également constituer un élément d’explication.  "En particulier, l’application des mesures prophylactiques a pu nécessiter davantage d’heures travaillées relativement au niveau d’activité", jugent les deux économistes.

Par ailleurs, "l’anticipation d’une reprise illustrée par des carnets de commandes fournis tendrait à inciter les employeurs à conserver leurs effectifs afin d’éviter les coûts liés à la recherche de nouveaux candidats une fois les problèmes d’approvisionnement réglés", expliquent-ils. Ce comportement serait d’autant plus rationnel dans un environnement où les difficultés de recrutement sont particulièrement importantes (elles concernent 55% des entreprises selon la Banque de France).

Cela n’est pas de bon augure pour la baisse du nombre de chômeurs en proportion de la population active (aujourd’hui à 7,3%) en ce sens que les entreprises pourraient vouloir écouler cette rétention de main-d’œuvre (les créations nettes d'emploi futures apparaîtraient donc plus faibles). Il est "très probable que dans un futur proche, les entreprises tenteront de regagner une partie des pertes observées de productivité, rendant alors la croissance à venir moins riche en emplois et la baisse du chômage plus hypothétique", avancent ainsi Eric Heyer et Magali Dauvin.

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