Macro-économie / Taux / productivité / France / Emploi / alternance
Macro-économie / Taux
productivité / France / Emploi / alternance
France : pourquoi la productivité du travail décroche / L’essor de l’alternance serait en partie responsable
Les travailleurs de l’Hexagone sont en moyenne moins productifs qu’ils ne l’étaient avant la crise pandémique. Lors du troisième trimestre 2022, la productivité du travail par tête (valeur ajoutée créée rapportée à l’emploi salarié) s’affichait en recul de 3 % par rapport au quatrième trimestre 2019.
Le déficit se creuse évidemment davantage si l’on s’intéresse à l’écart avec la tendance pré-pandémique (gains de productivité de 1 % par an en moyenne entre 2010 et 2018), puisqu’il atteint 6,4 %, d’après la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares).
“La hausse du nombre d’alternants, a priori moins productifs que le reste des personnes en emploi car étant plus jeunes, moins expérimentés et travaillant un volume d’heures plus faible du fait de leur temps de formation, est une des causes possibles de la baisse récente de la productivité du travail”, pointe une étude de ce service dépendant du ministère du Travail.
Rappelons que l’alternance a connu une explosion depuis quatre ans. Cette dernière s’explique par la loi de 2018 pour "la liberté de choisir son parcours professionnel" et la mise en place, à l’occasion de la crise pandémique, de mesures exceptionnelles dans le cadre du plan "1 jeune, 1 solution" (prime de 6.000 euros à l’embauche d’un alternant qui sera maintenue jusqu’à la fin du quinquennat). La part de l’alternance dans l’emploi salarié s’est accrue pour atteindre 4 % au troisième trimestre 2022 (contre 2,7 % fin 2018).
D’après les calculs de la Dares, cet essor grèverait la productivité du travail au troisième trimestre 2022 de 1,3 point, ce qui expliquerait donc 20 % de l’écart par rapport à la tendance pré-pandémique. “Ce résultat serait lié à l’effet, à court terme, de l’intégration d’un nombre croissant d’alternants, soit parce que ces nouveaux arrivants seraient individuellement moins productifs que les autres salariés, notamment en raison de leur nombre moindre d’heures travaillées, soit parce que leur présence au sein des entreprises aurait un coût en termes de temps de travail productif dévolu à leur encadrement”, analysent Fanny Labau et Adrien Lagouge, économistes à la Dares.
D’où viendraient les 80 % restants ? L’étude évoque notamment l’apparition ponctuelle d’emplois non enregistrés auparavant, par exemple en raison d’une régularisation du travail dissimulé, et le nombre important d’arrêts maladie qui perdurent depuis la crise sanitaire. “Ces facteurs explicatifs ne sont pas exclusifs et pourraient tous concourir, chacun avec leur amplitude propre, à la baisse observée de la productivité du travail”, indiquent les auteurs, qui citent également un comportement de rétention de main-d’œuvre de la part des entreprises.
Dans une note récente, l’Insee justifiait cette dernière par les difficultés de recrutement auxquelles sont confrontées les entreprises (53 % d’entre elles sont affectées d’après la Banque de France).
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

