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Jean-Claude Trichet appelle à « casser l’inflation »
L’inflation est de retour dans la quasi-totalité des économies avancées. Après plusieurs décennies de Grande Modération et alors que depuis 2012 l’inflation en Europe peinait à atteindre l’objectif des 2 %, la hausse du niveau général des prix intervient peut-être au moment "où on l’attendait le moins", a indiqué Jean-Paul Pollin, professeur à l'Université d'Orléans, à l'occasion des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence organisées par le Cercle des économistes. Durcissement des politiques conjoncturelles, prise en charge d’une partie des hausses par l’État, blocage des prix, politique des revenus… sont autant de remèdes classiques pour lutter contre l’inflation à l’efficacité discutée. Une meilleure solution ne serait-elle finalement pas de placer notre économie sur un sentier de croissance plus élevé ?
Inflation surprise
Le sentiment qu’il n’y avait plus aucun problème d’aucune sorte, alimenté par des taux d’intérêt particulièrement bas et des niveaux d’inflation proches de zéro, a probablement contribué à endormir les observateurs, les conduisant à répéter peu ou prou la même erreur qu’en 2008. "La surprise a été gigantesque", souligne Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), qui appelle à "casser l'inflation".
Pourtant, avant-même que la guerre en Ukraine n’accélère la hausse des prix de l’énergie et des denrées agricoles, différents facteurs contribuaient déjà à la formation d’un terreau favorable à la dynamique haussière des prix. La sortie du Covid, offre et demande se conjuguant pour former un phénomène inflationniste qui pouvait être anticipé, accompagnée par des politiques monétaires et budgétaires ultra-accommodantes ont ainsi participé à l’envolée des prix. En outre, la perte du moteur désinflationniste de la globalisation et le réexamen des chaînes de valeur mondiale expliquent aussi une partie des tensions actuelles sur les prix.
Cette inflation surprise, à la portée mondiale, semble pourtant toucher inégalement les individus. Si "l’Europe est particulièrement frappée", remarque Jean-Claude Trichet, le phénomène inflationniste affecte avant tout les populations les plus pauvres. "L’inflation est l’impôt le plus régressif qui soit", rappelle Luiz Pereira da Silva, directeur général adjoint de la Banque des règlements internationaux (BRI). Pour autant, ce dernier appelle à ne pas négliger le rôle des Banques centrales et des politiques monétaires, estimant qu’il fallait "faire confiance aux outils dont on dispose, aux analystes dont on dispose et aux décideurs dont on dispose".
Une définition inchangée
Après la crise des subprimes en 2008, les principales Banques centrales des économies développées (zone euro, États-Unis, Angleterre, Japon) s’étaient accordées pour une définition commune de la stabilité des prix, autour de 2 %. Malgré des niveaux d’inflation rarement atteints, ce socle commun ne devrait pas connaître de modification, les Banques centrales exprimant leur détermination d’un retour aux fondamentaux à moyen terme conformément aux engagements. "J’ai confiance dans le fait que nous ne sommes pas dans une période d’inflation très élevée éternelle", affirme Jean-Claude Trichet. "Je pense que les Banques centrales sont capables de casser l’inflation aujourd’hui", renchérit Luiz Pereira da Silva, rappelant toutefois l’existence de facteurs de risque comme les objectifs net zéro 2050, le changement de la géographie de la globalisation ou encore les conflits redistributifs en cours.
Finalement, d’autant plus dans un contexte post-élection législative, ce sont les boucles prix-salaire et les négociations d’ajustements salariaux qui devraient constituer "le sujet de l’été 2022" en France, confie Paul Hermelin, PDG de Capgemini. Ce dernier rappelle que, dans ce cadre, la politique des revenus constitue un des éléments indispensables pour se prémunir d'un enchaînement salaire prix responsable de la propagation de l’inflation.
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