Macro-économie / Taux / BCE / Inflation / taux d'intérêt
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BCE / Inflation / taux d'intérêt
La BCE soigne sa sortie - express - des taux négatifs
Il aura fallu attendre onze ans presque jour pour jour. Pour la première fois depuis le 7 juillet 2011, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une hausse de ses taux d’intérêt directeurs.
L’augmentation s’établit à 50 points de base, un record depuis juin 2000 : les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement, de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt seront relevés à respectivement 0,50 %, 0,75 % et 0 % à compter du 27 juillet 2022. Une page se tourne, donc, avec la fin du taux de dépôt négatif, mis en place en juin 2014 pour lutter contre la menace d’une déflation.
Inflation retorse
Initialement, la BCE avait prévenu qu’elle comptait mettre fin à cette mesure non conventionnelle en septembre (l’augmentation en juillet devait atteindre 25 points de base). Le marché a donc été surpris, même si depuis quelques jours, il se murmurait que le Conseil des gouverneurs allait débattre d’une hausse plus importante qu’escompté. Le comportement effectif et anticipé des prix à la consommation depuis que les banquiers centraux européens se sont réunis en juin explique, pour partie, ce choix.
"Contrairement à nos prévisions, la hausse annuelle des prix à la consommation est passée de 8,1 % en mai à 8,6 % en juin. Par ailleurs, d’un mois sur l’autre, le rythme de progression des prix se maintient à un niveau élevé tandis que l’inflation sous-jacente [hors énergie et alimentation, ndlr] ne faiblit pas ", a ainsi justifié Christine Lagarde, présidente de la BCE.
La Française a également indiqué que la dépréciation de l’euro face au dollar (15 % sur un an) raffermissait ces pressions inflationnistes. Le Conseil des gouverneurs juge que l'inflation restera à un niveau élevé indésirable pendant un certain temps notamment en raison des pressions continues exercées par les prix de l'énergie et des denrées alimentaires, a ajouté la grande argentière.
Cuirasse monétaire
Si la BCE a effectué cette manœuvre agressive sur les taux directeurs, c’est aussi parce qu’elle est couplée à l’apparition d’un nouvel outil de politique monétaire : Transmission Protection Instrument (instrument de protection de la transmission [de la politique monétaire]). Ce dernier vise à ce que l’orientation de la politique monétaire irrigue adéquatement l’ensemble des économies de la zone euro.
Il s’agit ainsi de parer au risque de fragmentation illustré par un écartement des taux d’intérêt entre Etats membres au-delà du niveau suggéré par les fondamentaux économiques et budgétaires de chaque pays.
"L'ampleur des achats du TPI dépend de la gravité des risques pesant sur la transmission de la politique monétaire. Les achats ne sont pas limités ex ante. En préservant le mécanisme de transmission, le TPI permettra au Conseil des gouverneurs de remplir plus efficacement son mandat de stabilité des prix", a affirmé Christine Lagarde.
Protection sous conditions
Le Conseil des gouverneurs s’est accordé à l’unanimité pour la mise en place de cet instrument flambant neuf, ce n’est pas anodin. D’aucuns estimeront que convaincre les banquiers centraux "faucons" semble s’être fait au détriment de la souplesse de cette arme. En effet, les critères d’éligibilité au dispositif sont relativement nombreux ; les faucons y verraient là une assurance contre l’aléa moral (des pays peu disciplinés concernant la tenue de leurs comptes publics pourraient se laisser porter par les achats de titres de la BCE et continuer à bénéficier de conditions de financement accommodantes sans effort budgétaire aucun).
Dans le détail, ces critères exigent que le pays respecte le cadre budgétaire de l'Union européenne et ne fasse pas l'objet d'une procédure de déficit excessif, ne présente pas de "déséquilibres macroéconomiques graves" et ait un endettement soutenable, sur la base des évaluations menées par la Commission européenne, le Mécanisme européen de stabilité, le Fonds monétaire international et d'autres institutions, ainsi que de l'analyse propre de la BCE, a précisé l’institut d’émission.
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