Macro-économie / Taux / Inflation / Etats-Unis / Fed / taux d'intérêt
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Inflation / Etats-Unis / Fed / taux d'intérêt
L’inflation américaine rend les marchés euphoriques / Sa tendance fondamentale laisse espérer une Fed moins violente
Les marchés financiers sont à la fête. Continûment trop optimistes vis-à-vis de l'inflation américaine ces derniers temps, les données du mois d'octobre les ont ravis.
En effet, la hausse annuelle des prix à la consommation s'est affichée à 7,7 % (un plus bas depuis janvier), d'après les données publiées par le département du Travail, quand le consensus attendait 8 %. Mais le chiffre que retiennent surtout les intervenants de marché est celui de l'inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) car ses mouvements augurent de ceux de l'inflation globale qui est bien plus volatile : voilà pourquoi banquiers centraux et marchés la surveillent comme le lait sur le feu.
Or, l'inflation "cœur" s'est établie à 3,3 % en rythme annualisé, du jamais vu depuis septembre… 2021 – le consensus anticipait 6,2 %. La tendance est encouragée notamment du côté des biens non énergétiques (baisse de 0,4 % sur le mois), qui profitent de l'amélioration de la situation sur le front des chaînes d'approvisionnement (les pressions se manifestent 1 écart type au-dessus de leur moyenne historique contre 4,3 lors du pic en décembre dernier, d'après la Fed de New York).
Au sein du cabinet Capital Economics, l'on parle de " pressions déflationnistes qui, enfin, se manifestent" sur ces biens. " Les prix des véhicules d'occasion ont diminué de 2,4 % par rapport au mois précédent, et les données sur les ventes aux enchères laissent présager de nouvelles baisses importantes. En outre, avec le raffermissement du dollar, l'effondrement des coûts de transport et les détaillants faisant état de stocks excédentaires, les prix de l'habillement ont baissé de 0,7 %, ceux de l'équipement du foyer de 0,2 % et ceux des biens informatiques de 1 %" , détaille Paul Ashworth , chef économiste chez Capital Economics.
L'immobilier finira par lâcher
Le coût du logement demeure le principal point noir (aux Etats-Unis, il intègre les loyers versés par les locataires et ceux que devraient se verser les propriétaires s'ils étaient locataires de leur logement) : progressif de 7 % sur un an, il explique plus de 40 % de la dynamique de l'inflation "cœur" sur ces douze derniers mois.
Alors que les taux hypothécaires à 30 ans se présentaient au-dessus de 7 %, un record depuis 2001, les données publiées par le département du Travail reflétaient un état passé du marché de l'immobilier américain dont nombre d'indicateurs attestent qu'il est sur la pente descendante. En effet, les ventes de logements ont baissé pour le huitième mois d'affilée en septembre et les ventes de maisons neuves sont au plancher depuis six ans – les prix ont diminué de 1,3 % par rapport à leur pic de juin. " Étant donné les délais habituels, nous ne nous attendons pas à ce que ce refroidissement soit reflété dans les loyers de l'indice des prix à la consommation avant la fin du premier trimestre ou le début du deuxième trimestre de l'année prochaine" , analyse Tiffany Wilding, économiste chez Pimco.
Une Fed plus douce ?
Dans l'ensemble, " il s'agit d'un rare moment de bonnes nouvelles sur l'inflation" , indique James Knightley, chef économiste chez ING.
Il n'y a qu'à se pencher sur le comportement affiché par les marchés cet après-midi pour s'en convaincre. Le S&P 500 et le Nasdaq (plus sensible aux hausses de taux d'intérêt à cause du poids des valeurs technologiques en son sein) gagnaient respectivement 4,6 % et 5,9 % à 17 heures 40.
A l'image des marchés actions, les marchés obligataires voient dans ces chiffres la possibilité de minimiser les hausses de taux d'intérêt de la part de la Fed (ou de baisses plus rapides une fois le taux terminal atteint) : en quelques heures, les taux américains à dix ans ont perdu 30 points de base, à 3,84 %, tandis que les taux allemands et français d'une échéance identique abandonnaient respectivement 20 et 15 points de base (à 2,50 % et 2 %).
" La Réserve fédérale continuera de relever son taux d'intérêt étant donné qu'il reste bien au-dessus de l'objectif dans un contexte de croissance économique et de tensions sur le marché de l'emploi" , prévient toutefois James Knightley, tout en reconnaissant que ces nouvelles données sur l'inflation sont " très favorables à un relèvement de 50 points de base lors de la réunion de décembre" . Ce serait la plus faible hausse du taux de la Fed depuis la réunion du Comité de politique monétaire (FOMC) de mai.
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