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Macro-économie / Taux / Fed / Inflation / Marchés / taux d'intérêt

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Jerome Powell fait jubiler les marchés / Le banquier central a ouvert la porte à un semblant de « pivot »

Invité à s’exprimer par un think tank new-yorkais, le président de la Banque centrale américaine a indiqué que le ralentissement du rythme des hausses de taux d’intérêt pourrait intervenir lors de la prochaine réunion de décembre. Cette légère inflexion a fait bondir les marchés actions et obligataires. Pourtant, la route est encore longue avant un changement d’orientation conséquent de la politique monétaire.
Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine - Rod Lamkey/CNP/ZUMA-REA
Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine - Rod Lamkey/CNP/ZUMA-REA

C’est le cadeau de Noël de Jerome Powell aux marchés. A l’occasion d’un discours tenu devant l’Economic Club of New York, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a déclaré que "le moment de modérer le rythme des hausses de taux pourrait survenir dès la réunion de décembre [13 et 14 décembre, ndlr]". Pour mémoire, la Fed avait augmenté ses taux d’intérêt de 75 points de base lors de chacune des quatre dernières réunions du Comité de politique monétaire (FOMC) – aujourd’hui le taux d’intérêt directeur est dans une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %.

Cette inflexion n’a pas laissé les marchés financiers indifférents : l’indice S&P 500 a augmenté de 3,09 % tandis que le Nasdaq Composite, plus riche en valeurs technologiques et donc plus sensible aux taux d’intérêt, a bondi de 4,41 %. Les marchés obligataires étaient également à la fête, le taux de la dette souveraine américaine à deux ans a abandonné une quinzaine de points de base, à 4,34 %, même chose pour le taux à dix ans qui atteint 3,63 %. D’aucuns y voient ce qu'il est convenu d'appeler un "pivot", même si chacun à sa définition de ce dernier (signifie-t-il de moindres hausses de taux ? Un arrêt des hausses ? Un début de baisse ?).

"La politique monétaire affecte l'économie et l'inflation avec des décalages incertains, et les pleins effets de notre resserrement rapide jusqu'à présent ne se font pas encore sentir", a expliqué Jerome Powell, plaidant qu’"il est donc logique de modérer le rythme de nos hausses de taux à mesure que nous approchons du niveau de restriction qui sera suffisant pour faire baisser l'inflation". Selon les estimations des membres du FOMC, le taux d’intérêt nominal neutre (celui qui n’a impact positif ni négatif sur l’activité économique) se situe aux alentours de 2,5 %.

Si de l’avis des observateurs, le pic d’inflation semble être passé aux États-Unis (sur un an elle s’affichait à 7,76 % en octobre contre 8,99 % lors du plus haut en juin), il y a loin de la coupe aux lèvres avant qu’elle ne navigue autour de 2 % (l’objectif de la Fed).

 

Plongée dans l'inflation sous-jacente 

 

Concentrant son analyse sur l’inflation sous-jacente (celle qui exclut les composantes les plus volatiles que sont l’énergie et l’alimentation et que les banquiers centraux ont particulièrement à l’œil), Jerome Powell a précisé que les prix des biens "cœur" devraient commencer à exercer une pression à la baisse sur l'inflation globale dans les mois à venir ; une détente permise grâce à l’atténuation des tensions sur les chaînes d’approvisionnement qui avaient émergé lors de la reprise économique mondiale post-confinements.

Concernant les services, le grand argentier a réalisé un diagnostic en deux temps. D’une part, il y a l’enjeu de l’inflation liée à l’immobilier (aux États-Unis, l’indice des prix à la consommation intègre les loyers versés par les locataires et ceux que se verseraient les propriétaires s'ils étaient locataires de leur logement) qui progresse à un rythme inédit depuis 1982 (7,5 % par an). Avec l’explosion des taux hypothécaires (ils ont plus que doublé à 6,58 % en moins d’un an), le marché de l’immobilier est sur la pente descendante – les prix ont baissé de plus de 2,20 % depuis leur pic de juin et en novembre les loyers ont diminué pour le troisième mois consécutif – si bien que ce n’est qu’une question de temps avant que cela n’apparaisse dans les données officielles d’inflation. "Tant que l'inflation des nouveaux baux continue de baisser, nous nous attendons à ce que l'inflation des services de logement commence à baisser l'année prochaine ", a relevé Jerome Powell.

D’autre part, il y a l’inflation des services hors immobilier qui renvoie à l’épineuse question du marché du travail (cette composante est très intense en main-d’œuvre). "Cette catégorie est peut-être la plus importante pour comprendre l'évolution future de l'inflation sous-jacente", a reconnu l'Américain.

 

Un marché du travail crucial

 

Les tensions sur le marché du travail sont l’un des défis majeurs auxquels la Fed est confrontée et elles sont l’une des raisons derrière le resserrement de sa politique monétaire amorcé il y a un an maintenant (la réduction de la taille de son bilan a commencé en novembre 2021). Le taux de chômage est à 3,7 %, un plus bas de 50 ans (le taux est inférieur à 4% depuis décembre dernier), tandis que les offres d’emploi sont près de deux fois plus nombreuses que les chômeurs. En conséquence de quoi, les salaires nominaux progressent à 7 % par an, soit un rythme très supérieur à celui qui serait compatible avec une inflation de 2 % (les gains de productivité sont très faibles). D'après les travaux de la Fed, ces pénuries de main-d’œuvre sont en large part dues à la pandémie (3,5 millions de personnes) : 60% proviendraient d'un excès de départs à la retraite (par rapport à ce qui était prévu), le reste trouvant son origine dans la baisse de l'immigration et la hausse de la mortalité.

La Fed n'ayant aucun levier pour influer sur l'offre de travail, l'économie américaine devra en passer par une augmentation du taux de chômage pour que cette composante de l'inflation, au travers de l'augmentation des salaires nominaux, rentre dans son lit (les membres du FOMC s'attendent à une hausse de 0,7 point d'ici fin 2023). Le durcissement des conditions financières enregistré depuis de nombreux mois est encore trop faible pour suffisamment peser sur la croissance et la demande de travail, donc sur le taux de chômage (chaque mois, les créations d'emploi dépassent de 200.000 l'augmentation de la population active). "Les offres d'emploi ont diminué d'environ 1,5 million cette année, mais restent plus nombreuses que jamais avant la pandémie", a indiqué Jerome Powell. Elles s'établissent à 10,3 millions contre 6,7 millions en décembre 2019.

Les marchés ont fait montre d'un enthousiasme certain, pourtant les derniers mots prononcés par le banquier central devraient pousser à la prudence, nombre de questions restant en suspens concernant la trajectoire des taux d'intérêt. En effet, "compte tenu des progrès réalisés dans le resserrement de la politique monétaire, le moment de cette modération est beaucoup moins important que les questions de savoir dans quelle mesure nous devrons encore relever les taux pour maîtriser l'inflation, et la durée pendant laquelle il sera nécessaire de maintenir la politique à un niveau restrictif", a-t-il déclaré. "L'histoire nous met fortement en garde contre un assouplissement prématuré de la politique. Nous maintiendrons le cap jusqu'à ce que le travail soit terminé", a-t-il conclu, dans une allusion à peine voilée à la politique monétaire menée par ses prédécesseurs Arthur Burns et George William Miller dans les années 70.

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