Macro-économie / Taux / gaz / UE / 2023
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gaz / UE / 2023
L'Europe court après le gaz /
Le continent paye aujourd'hui ses choix stratégiques du début du siècle
Jamais deux sans trois. Alors que le Vieux continent subit le manque de diversité géographique de son mix énergétique et son sous investissement dans les énergies renouvelables, voilà que le retour de la croissance sur le continent asiatique pourrait mettre à mal sa sécurité énergétique. Le récent rapport du Shift Project, "Gaz naturel : quels risques pour l’approvisionnement de l’Union européenne ?" produit pour le compte de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, affirme que "l’essor plausible, au cours de cette décennie, de nouveaux besoins massifs ailleurs en Asie (Inde, Pakistan, Thaïlande, Bangladesh, Indonésie,...) accroîtrait fortement la demande mondiale de GNL".
Le fait prégnant est que l'Asie possède un bien meilleur taux de couverture de ses contrats de gaz naturel que l'Europe, et comme le rappelle le Shift Project "dans un marché où l’offre est sous tension, plus un importateur doit recourir à des contrats à court terme, plus il s’expose à des prix élevés et volatils". Une forte croissance sur le continent asiatique pourrait ainsi déboucher sur une concurrence avec l'Europe, que subissent déjà les économies les moins avancées. Le rapport avance donc que "dans l’hypothèse d’une limitation des exportations de la Russie vers l’UE aux seuls volumes prévus par les contrats existants, l’équilibre global potentiellement tout juste atteint sur le marché GNL à l’horizon 2025 peut aisément aboutir à des déficits chroniques".
La France paye son manque de clairvoyance
Les pays européens payent donc le manque de clairvoyance sur leur mix énergétique. Notamment, la France n'a pas su mettre en oeuvre les recommandations qu'elle avait elle-même émises. Andreas Rüdinger, coordinateur transition énergétique France pour l'Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), a ainsi argué ce jeudi, lors d'un point presse sur la crise énergétique, que “si on avait respecté les objectifs français du Grenelle de l’environnement en 2008 en matière de rénovation thermique des bâtiments, on ne serait plus dépendant du gaz russe depuis 2020 en France".
La destruction de la demande en gaz peut dès lors être une solution pour compenser les problèmes d'approvisionnement en gaz. Actuellement, le Shift Project affirme que "la nature des possibles destructions de demande induites en Europe est tout aussi inconnue que leur ampleur", tout comme "un fort déclin des capacités de production pétrolières vieillissantes de la Russie" n'est pas à exclure.
Une crise qui s'installe
Une des seules certitudes est que les difficultés actuelles ne vont pas être résolues en quelques semaines ou mois. Andreas Rüdinger affirme que "la crise de l’énergie va durer encore 4 à 5 années : les prix des marchés de gros de l’électricité et du gaz affichent des niveaux entre 3 et 6 à 10 fois supérieurs à la moyenne historique (2010-2020) sur la période 2023 à 2026.” Pour transformer le mix énergétique de l'Hexagone, il a déclaré que “ces 6 à 9 milliards d’euros dépensés pour des importations de gaz fossile sont autant d’investissements en moins dans les projets d’énergies renouvelables en France. Or, 6 à 9 milliards d’euros, ça représente entre 50 et 100.000 emplois créés.”
Le plus regrettable pour la France est que d'autres pays européens ont mieux tiré leur épingle du jeu, Xavier Timbeau, directeur principal de l'Observatoire français des conjonctures économiques, relève que “ceux qui ont engagé la transition il y a longtemps comme la Suède sont préparés et beaucoup moins dépendant des énergies fossiles importées et ont des tensions sociales bien plus faibles". Il affirme également que “dans cet épisode, on a vu beaucoup de créativité en Europe. On a le sentiment que l’administration française n’est pas allée au bout de la réflexion. On est en train de faire le bilan de ces dispositifs pour tirer les leçons de tout ça.”
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