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États-Unis : la désinflation poursuit son petit bonhomme de chemin / De quoi rassurer la Fed ?
Pour le plus grand plaisir de la Fed et des marchés, l’inflation américaine finit 2022 sur une note positive, en connaissant un sixième mois consécutif de baisse. Lors du mois de décembre, l’indice des prix à la consommation (CPI) a augmenté de 6,5 % sur un an, d’après les données publiées par le département du Travail, soit le rythme de progression le plus faible depuis octobre 2021. Pour rappel, au plus haut, l’inflation américaine avait atteint 9,1 % sur douze mois en juin dernier.
La décrue trouve son origine dans la baisse des prix de l’énergie, s’affichant à 7,3 %, la hausse annuelle de ces prix est au plancher depuis février 2021. Ces derniers ne sont plus un des facteurs principaux derrière la haute inflation globale (bien que leur haut niveau passé soit évidemment en train de produire des effets de second tour sur le reste des composantes de l’indice) : en effet, alors que la hausse des prix de l’énergie liée à la reprise économique mondiale et au déclenchement de la guerre en Ukraine était à l’origine d’un tiers de l’inflation lors du pic de juin 2022, elle n’en explique désormais que 8 %.
L’inflation des biens est, elle aussi, en net déclin. Le prix des biens non-énergétiques et non-alimentaires a augmenté de "seulement" 2,1 % sur un an, un plus bas depuis février 2021 permis par l’atténuation des tensions affectant les chaînes d’approvisionnement (et la détente sur le front des prix de l’énergie). Les équipes de la Réserve fédérale qui les mesurent au niveau mondial (Global Supply Chain Pressure Index) expliquent que l'indice se situait en décembre 1,18 écart-type au-dessus de sa moyenne historique – contre 4,3 écart-type un an plus tôt.
Malgré cela, le reflux de l’inflation sous-jacente (qui exclut l’énergie et l’alimentation) apparaît limité. En cause ? L’inflation en vigueur dans le secteur des services. Elle s’établit à un niveau record (7,3 %) depuis l’été 1982 en partie à cause du coût du logement qui n’a jamais crû aussi vite qu’aujourd’hui (7,6 %). Dans un contexte où les taux hypothécaires à 30 ans ont gonflé de 300 points de base sur un an du fait du resserrement monétaire de la Fed, les prix de l’immobilier ont baissé de 2,4 %, de sorte que "la désinflation intègrera avec plusieurs mois de retard l’ajustement déjà visible (au travers des loyers imputés aux propriétaires)", avance Axel Botte, Stratégiste international chez Ostrum AM.
Reste qu’en dehors de l’immobilier, "les choses semblent aller dans la bonne direction, les tarifs aériens ayant baissé de 3,1 % d’un mois sur l’autre et les prix des assurances maladie de 3,4 % par rapport au précédent", souligne Paul Ashworth, chef économiste chez Capital Economics, qui calcule que l’inflation des services hors énergie et immobilier a progressé de 2,4 % en rythme annualisé en décembre – soit un chiffre proche de l’objectif d’inflation de la Fed.
Qu'en déduire à propos de l'attitude la Banque centrale ces prochains mois ? "Il faudra attendre encore quelques mois pour que les preuves d'un assouplissement plus marqué des conditions du marché du travail et de la croissance des salaires soient suffisantes pour convaincre la Fed de cesser de relever ses taux", avance Paul Ashworth. Alors que le marché anticipe que la Fed décidera d'une hausse de son taux directeur de 25 points de base à l'occasion de sa prochaine réunion du 5 février, (ce qui le porterait dans une fourchette comprise entre 4,50 et 4,75 %), Ryan Sweet, chef économiste chez Oxford Economics affirme qu'il ne s'agira probablement pas de la dernière hausse de taux de ce cycle, car la Fed voudra des preuves concrètes qu'elle a brisé l'inflation.
En décembre, la Fed a indiqué que la quasi-intégralité des membres de son Comité de politique monétaire (FOMC) s'attendait à ce que les taux atteignent au moins 5 % en fin d'année.
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