Macro-économie / Taux / OPEP / Chine / pétrole / Baril
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OPEP / Chine / pétrole / Baril
Pas de récession en vue pour l'or noir / La réouverture de l'usine du monde devrait compenser les récessions de certaines économies
"Nous sommes confrontés à la première crise énergétique mondiale". Fatih Birol, directeur de l'Agence internationale de l’énergie (AIE), rappelait tout récemment à Davos l’urgence de la situation des prix de l’énergie. Néanmoins les prévisions de son institution viennent d’être revues à la hausse en ce qui concerne l’appétit pour l’or noir cette année et ce en raison d’une réouverture de la Chine particulièrement friande d’hydrocarbures en tout genre. L'Opep de son côté n'a ni relevé ses anticipations de croissance ni choisit de dévier de sa ligne directrice et continue à ne pas lâcher son allié russe.
Le rapport mensuel sur le pétrole publié par les équipes de Fatih Birol attribue "près de la moitié du gain [comme] provenant de la Chine à la suite de la levée de ses restrictions Covid". Ce retour à pleine puissance de l’usine du monde est notamment permis par une offre de pétrole qui a dépassé, lors du dernier trimestre 2022, " la demande de plus de 1 mb/j " et ce "malgré une réduction des objectifs de production de l'OPEP+ et des perturbations de l'offre américaine dues aux tempêtes hivernales".
Accumulation en vue
Cette hausse de l’offre existante ne satisfait pas seulement les besoins de Xi Jinping et de ses ouailles mais permettrait également de reconstituer les stocks d’or noir à travers le globe. Pour le moment l’AIE avance que "les stocks industriels de l'OCDE étaient supérieurs de 37,1 millions de barils à ceux de l'année précédente, mais inférieurs de 125,9 millions de barils à leur moyenne quinquennale ". Là où, "à la fin du mois de novembre, les stocks observés dans les pays non-membres de l'OCDE avaient augmenté de 75 millions de barils par rapport à l'année précédente".
Une dynamique qui pourrait ne pas durer comme le note Craig Erlam, analyste senior chez OANDA, qui explique que certes "les prix du pétrole sont en légère baisse aujourd'hui, mais ils ont récupéré l'essentiel de leurs pertes antérieures ". Le marché anticipant " la perspective d'une diminution des hausses de taux et peut-être même de baisses avant la fin de l'année rendant les vents contraires moins violents ". Il estime lui aussi que la Chine "est également un facteur important dans tout cela selon", même s'il avoue qu’il demeure aujourd’hui "difficile de se faire une idée précise de l'impact de la vague actuelle sur l'économie, mais l'optimisme ne manque pas pour le reste de l'année, en particulier pour le second semestre".
Moscou de moins en moins européenne
La situation mondiale est toujours très dépendante de la Russie qui, avant le 24 février, comme Fatih Birol le rappelait, "occupait la première place parmi les exportateurs d'énergie du monde. Elle représentait le premier exportateur de pétrole du monde et jouait un rôle déterminant sur le marché du charbon ". L’embargo sur le pétrole russe conduit donc peu à peu à une lente érosion de ses exportations, l’AIE expliquant que "pour l'ensemble du mois de décembre, les chargements de pétrole russe ont diminué de 200 kb/j en moyenne pour atteindre 7,8 mb/j".
Ce qui s’explique par l’embargo du 5 décembre dernier sur les importations de pétrole brut en provenance de Russie. Une interdiction qui va être accompagnée de celle sur les importations de produits raffinés. Pour l’instant le diesel du Kremlin est donc accessible à l’Europe ; comme le rapporte Energy Intelligence qui observe que "ses exportations de diesel [de la Russie ndlr] ont atteint un niveau record de 1,2 million de b/j avant l'interdiction des produits".
Un coûteux divorce
L'AIE craint désormais que "l'approvisionnement en diesel de l'Europe [soit] le plus menacé", Energy Intelligence argue néanmoins "qu'un soulagement est attendu des nouvelles raffineries du Moyen-Orient ainsi que des importations en provenance de Chine, qui a récemment relevé ses quotas d’exportation".
Du côté de chez Vladimir Poutine, les entreprises s’organisent pour continuer à exporter leurs hydrocarbures. Energy Intelligence relayant les propos d’Alexey Rybnikov, président du Saint Petersburg International Mercantile Exchange, qui avance que désormais "les entreprises russes utilisent activement le mécanisme du commerce électronique pour vendre leur pétrole, notamment en utilisant le système des enchères en ligne". Ce qui pourrait leur permettre selon Michael Ritchie, membre d'Energy Intelligence, de "trouver des acheteurs pour leurs barils à un moment où les marchés européens sont fermés" et ce avec l’avantage que " les conditions des enchères [soient] propres à chaque entreprise" tandis que "beaucoup d'entre elles incluent des devises autres que le dollar, comme le yuan chinois, le dirham des EAU, la roupie indienne et le rouble".
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