WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Macro-économie / Taux / BCE / Inflation / marge des entreprises

Macro-économie / Taux
BCE / Inflation / marge des entreprises

ukraine Les entreprises dans le viseur de la BCE / La thèse d’une boucle prix-profits relancée ?

UKRAINE. Alors que l’un des buts affichés du relèvement des taux d’intérêt européens est d’éviter l’enclenchement d’une boucle prix-salaires, plusieurs éléments semblent attester que l’attention des gouverneurs de la BCE se focalise de plus en plus sur le rôle joué par les profits des entreprises dans l’inflation.
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne - Arne Dedert/ZUMA Press/ZUMA-REA/
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne - Arne Dedert/ZUMA Press/ZUMA-REA/

Le comportement des entreprises européennes en matière de marge susciterait une attention particulière au sein de la Banque centrale européenne (BCE). Alors que la boucle prix-salaires ayant nourri le choc inflationniste des années 70 est dans les têtes de tous les banquiers centraux, les taux de marge des entreprises, pourtant l’un des déterminants de l’inflation, semblent ne pas générer un quelconque intérêt de leur part. Plusieurs éléments paraissent montrer un changement d’appréciation.

 

Marges en ligne de mire

 

D’une part, le compte rendu de la dernière réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs (1er et 2 février) indique que “l’évolution de la croissance des bénéfices unitaires est restée très forte, ce qui suggère que la répercussion de la hausse des coûts sur les prix de vente est restée robuste”. Si bien qu’il a donc été “largement souligné que l’évolution des bénéfices et des marges justifiait un suivi constant et une analyse plus approfondie, au même titre que l’évolution des salaires”.

D’autre part, des informations de Reuters rapportent qu’à l’occasion d’un séminaire en Finlande le 22 février, les membres du Conseil des gouverneurs auraient assisté à un exposé démontrant, à travers plus d’une vingtaine de diapositives, que les taux de marge des entreprises se situaient sur une pente ascendante malgré l’explosion du coût des intrants auxquelles elles ont été confrontées.

Lors de cet exposé, une décomposition de l’inflation aurait même montré que la dynamique des profits des entreprises (rapportés à la valeur ajoutée produite) aurait un rôle environ deux fois plus important que la progression des coûts salariaux unitaires dans l’évolution des prix. Contactée par WanSquare, la BCE n’a pas été en mesure de donner plus d’informations sur ce séminaire.

 

Philip Lane monte au créneau

 

Interrogé six jours plus tard Philip Lane, chef économiste et membre du directoire de la BCE, a indiqué que le rôle des profits des entreprises dans l’inflation était un phénomène dont “nous en sommes pleinement conscients et c’est un point important”. Il a ajouté qu’en théorie, “nous pourrions assister à une diminution des bénéfices à l’avenir”, en ce sens que le resserrement de la politique monétaire allait peser sur la demande tandis que “les entreprises européennes savent que si elles augmentent trop leurs prix, elles subiront une perte de parts de marché”. Il a ajouté que “l’année dernière, il y a eu une tempête parfaite en matière de pressions et d’opportunités sur la fixation des prix. Je m’attends à ce que ce soit beaucoup moins le cas cette année”.

Présent en Irlande hier, le chef économiste est encore revenu sur le sujet durant une conférence donnée à l’université de Dublin alors qu’il discutait du comportement de l’inflation sous-jacente. Les données qu’il a dévoilées montrent bien une hausse plus rapide de l’excédent brut d’exploitation (EBE) par rapport à celle de la valeur ajoutée entre mars 2020 et septembre 2022 (les plus fortes augmentations concernent l’agriculture, la sylviculture, la pêche, l’industrie et la construction).

Comment l’expliquer ? Il a rappelé que “la pandémie a affecté la dynamique de l’inflation non seulement par les goulets d’étranglement de l’offre, mais aussi par les déséquilibres entre l’offre et la demande associés initialement aux épisodes de confinement, puis à la réouverture soutenue de l’économie de la zone euro au cours de l’année écoulée”. De sorte que, “l’offre étant peu élastique à court terme, la reprise de la demande a permis aux entreprises d’accroître leurs marges bénéficiaires dans les secteurs présentant une inadéquation entre l’offre et la demande”.

En conséquence de quoi, dans la mesure où la capacité d’approvisionnement devrait s’améliorer au fil du temps et où la demande se normalise, "les conditions extraordinaires qui sous-tendent la rentabilité en 2022 ne devraient pas persister, avec une baisse des marges bénéficiaires qui se traduira par une diminution des pressions inflationnistes", a-t-il fait valoir.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article