Macro-économie / Taux / Inflation / Etats-Unis / stabilité financière
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Inflation / Etats-Unis / stabilité financière
À court terme, la Fed est face à un dilemme /
Préserver la stabilité financière ou lutter contre l’inflation ?
Outre-Atlantique, les marchés obligataires ne savent plus à quel saint se vouer, espérons que ce ne soit pas le cas des banquiers centraux américains. Et pour cause, en une semaine, trois évènements s’étant succédé peuvent avoir un impact sur la décision que prendra la Fed mercredi prochain à l’issue de la réunion de son Comité de politique (FOMC) – elle est dépendante des données ainsi que l’a affirmé son président Jerome Powell au Sénat.
Une pause voire une baisse ?
D’une part, le taux de chômage a augmenté de 0,2 point et la croissance des salaires nominaux a ralenti, ce qui a plaidé selon les marchés pour une hausse de 25 points de base du taux d’intérêt directeur, à l’image du choix fait lors de la précédente réunion.
D’autre part, les institutions Signature Bank et Silicon Valley Bank ont fait faillite, instillant le doute sur un secteur bancaire américain assis sur plusieurs centaines de milliards de titres à revenu fixe dépréciés (620 milliards de dollars d’après le Fonds de garantie des dépôts) du fait du resserrement monétaire conduit par la Banque centrale depuis un an. De quoi faire dire cette fois-ci à certains économistes comme ceux de Nomura que la Fed ne va non pas augmenter ses taux de 25 points de base, ni même faire une pause, mais les baisser de 25 points de base la semaine prochaine.
Les signaux envoyés par le marché ne semblaient pas juger farfelue une telle vue alors que le rendement des taux d’intérêt à deux ans sur la dette américaine (proxy des anticipations de la trajectoire de la politique monétaire) a connu sa plus forte chute depuis trois décennies hier.
Inflation en trouble-fête
Oui mais voilà, en début d’après-midi, l’ampleur et surtout la nature de la hausse des prix à la consommation semblent avoir généré une incertitude supplémentaire. Si en février, l’indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 4,9 % en glissement mensuel annualisé comme les prévisionnistes l’anticipaient, la dynamique sous-jacente (elle exclut l’énergie et l’alimentation et focalise bien davantage l’attention des grands argentiers que l’inflation globale) continue de surprendre à la hausse.
En effet, l’inflation dite "cœur" (indicateur avancé de l’inflation globale) a augmenté de 6,2 % en rythme annualisé quand le consensus attendait 4,9 %. "À première vue, cela plaide en faveur d’une hausse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale la semaine prochaine, mais cela dépend encore du calme du marché. Les risques liés à la stabilité financière l’emportent toujours sur les inquiétudes concernant l’inflation à court terme", juge James Knightley, chef économiste chez ING. Une opinion partagée par Ryan Sweet, chef économiste chez Oxford Economics, qui rappelle que "la Fed dispose de facilités de prêt spéciales pour aider le système bancaire. Il y a donc de fortes chances qu’elle continue à relever les taux d’intérêt parce que l’inflation continue à dépasser largement l’objectif fixé".
Du côté des marchés, l’on semble avoir mis de l’eau dans son vin en termes d’anticipations sur l’accommodement de la politique monétaire. Alors que les pronostics vont bon train quant à la pondération de chacune des variables (chômage, inflation, stabilité financière) dans la fonction de réaction de la Fed, le taux d’intérêt à deux ans a grimpé de 40 points de base en moins de trois heures. Plus concrètement, depuis que le chiffre d’inflation est paru, les marchés à terme estiment qu’il y a une chance sur deux pour que le taux directeur de la Fed s’établisse au moins à 4,50 % à la fin de l’année, contre 1 chance sur trente-trois hier, peut-on calculer grâce à CME FedWatch Tool.
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