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L’Europe se dote d’une véritable politique industrielle pour répondre aux États-Unis / Comment les Vingt-Sept cherchent à renforcer leur compétitivité
C’est un pas de géant pour les Européens. Après avoir, pendant des années, refusé même de l’envisager, l’Union européenne (UE) parle aujourd’hui librement de politique industrielle. Moins d’un an après l’adoption de l’Inflation Reduction Act (IRA) par les Américains et la vague d’inquiétude qu’elle avait provoqué en Europe, Bruxelles entend, à son tour, légiférer pour se donner les moyens de ses ambitions et permettre à son industrie de rester dans la course.
Le temps presse puisque les subventions américaines pour les technologies propres, destinées aux industriels qui consentent en retour à fabriquer sur le territoire national, risquent d’attirer de nombreuses entreprises européennes outre-Atlantique. C’est déjà le cas, par exemple, pour Volkswagen dont la direction affirme que l’IRA a été un facteur déterminant dans sa décision d’investir 2 milliards de dollars dans une nouvelle usine de véhicules électriques en Caroline du Sud plutôt qu’en Europe.
"Nous avons besoin d’un environnement réglementaire qui nous permette d’accélérer la transition vers les énergies propres", a fait savoir Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.
Après la réforme du marché de l’électricité et le règlement sur les matières premières critiques la semaine dernière, la Commission européenne a donc également présenté son projet de loi pour "une industrie à zéro émission nette" de gaz à effet de serre, partie intégrante du plan industriel du Pacte Vert européen, destiné à renforcer la compétitivité de l’Europe dans les technologies propres et accélérer la transition écologique.
Planification industrielle
Si l’exécutif européen se défend vouloir à rivaliser avec les États-Unis en matière d’interventionnisme et de protectionnisme, Bruxelles se dote tout de même d’objectifs précis qui esquissent une ébauche de planification industrielle.
De même que l’UE assure ne plus vouloir dépendre à plus de 65 % d’un seul pays pour ses approvisionnements en minéraux critiques, elle annonce désormais vouloir assurer elle-même 40 % de ses besoins en technologies propres – panneaux solaires, éoliennes, batteries électriques, pompes à chaleur, etc. – d’ici 2030, afin de rendre le système énergétique européen "plus sûr et plus durable".
Le nucléaire, à proprement parler, ne figure pas dans la liste des technologies prioritaires bénéficiant de l’ensemble du dispositif prévu par le texte, au grand dam de la France. Seules les technologies nucléaires avancées comme les petits réacteurs modulaires et les meilleurs combustibles pourront bénéficier des mesures présentées dans le texte.
Financer mieux et plus
Concrètement, la Commission envisage de simplifier les procédures administratives et d’accélérer l’octroi de permis pour les projets d’implantation d’industrie verte. Elle prévoit également certaines facilités financières comme les aides d’États ou la mise à contribution de fonds communautaires. Au total, l’Europe aurait besoin de 450 milliards d’euros par an pour sa "décarbonation".
L’ensemble de ces mesures visent à replacer le Vieux Continent en tête de la course, désormais mondiale, aux technologies propres. Les Vingt-Sept veulent en effet retrouver l’ascendant dans une partie des industries perdues au profit de la Chine, comme le solaire, et se positionner dès maintenant sur les nouveaux marchés en forte croissance des pompes à chaleur et autres électrolyseurs.
Pour Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, ce règlement permettra de "garantir notre sécurité d’approvisionnement" tout en restant "un leader industriel qui exporte ses produits et ses technologies – et non ses emplois".
Banque européenne de l’hydrogène
Autre mesure phare du projet de loi de la Commission, Bruxelles veut créer une "Banque européenne de l’hydrogène", une nouvelle structure destinée à soutenir le développement de l’hydrogène vert. La banque, qui devrait être opérationnelle d’ici la fin de l’année, lancera dès l’automne ses premières enchères pilotes pour financer les projets de production dans le cadre du fonds pour l’innovation.
"La Banque de l’hydrogène cherchera à combler le déficit d’investissement actuel dans le développement de l’hydrogène renouvelable et à faire en sorte que l’UE conserve sa position de leader mondial dans cette technologie essentielle", a ainsi expliqué Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne.
Reste à voir désormais si les mesures avancées par Bruxelles suffiront ou si d’autres industriels européens emboîteront le pas à Volkswagen.
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