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La Banque de France se prépare aux vaches maigres / Elle place des milliards d'euros en réserve pour absorber la hausse des taux d’intérêt
"L’objectif premier de la politique monétaire de l’Eurosystème est la stabilité des prix et non la rentabilité". La phrase figurant à la 137ème page du rapport annuel de la Banque de France ne saurait mieux résumer ce que martèleront, sans doute, les grands argentiers du Vieux continent dans les temps à venir.
Les comptes de la seconde plus grosse Banque centrale de l’Eurosystème (19 Banques nationales + Banque centrale européenne), ne feront pas exception et affronteront plusieurs années difficiles en raison du coût que représente la préservation de la stabilité des prix dans un contexte d’inflation d’une ampleur historique.
Réserves
C’est pourquoi, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a annoncé, ce matin, que l’intégralité du résultat net avant impôt que la Banque centrale française a généré en 2022 (4,41 milliards d’euros) sera destinée à alimenter son fonds pour risques généraux. Doté désormais de 16,44 milliards d’euros, il aura, notamment, pour vocation de couvrir ses moindres revenus monétaires nets futurs découlant de la remontée des taux d’intérêt.
"Ces réserves, alliées à la poursuite de notre rigueur de gestion [sur la période 2015‑2022, ses dépenses nettes d’activité ont baissé de 20 % et ses effectifs d’un quart, ndlr], devraient permettre à la Banque de France de maintenir des résultats à l’équilibre au cours des prochaines années sans solliciter de recapitalisation auprès de l’État actionnaire", a fait savoir François Villeroy de Galhau, à l’occasion d’une conférence de presse.
Dans un cycle de taux d’intérêt bas puis négatifs pour raviver l’inflation, la Banque de France a pu réaliser des bénéfices importants durant la décennie passée, de sorte qu’elle a pu reverser, en cumulé, 31,8 milliards d’euros à l’État entre 2010 et 2021 (impôts sur les sociétés et dividendes).
Pour mémoire, durant cette période, le taux de la facilité de dépôt négatif fut associé à une explosion de ses actifs liée à ses programmes d’achats massifs d’obligations ainsi qu’à ses opérations de refinancement à long terme (TLTRO) - à son passif, l’envolée des dépôts des banques auprès d’elle en est le reflet. Les revenus de la Banque de France étaient donc soutenus par les intérêts qu’elle touchait sur ses titres ainsi que sur une partie des dépôts des banques.
Retour de balancier
Or, avec la forte accélération de l’inflation, l’Eurosystème a mis fin au taux de dépôt négatif en juillet 2022 ; il atteignait 2 % en fin d’année dernière (aujourd'hui 3%). C’est ainsi au tour de la Banque de France de payer des intérêts aux banques dont les dépôts demeurent gigantesques du fait des années de politique monétaire accommodante – ils vont décliner dans le cadre du quantitative tightening amorcé l’an passé avec les remboursements des TLTRO puis dopé ce mois-ci avec l’absence de réinvestissement pour moitié des titres obligataires arrivant à échéance dans son bilan.
En face, à son actif, elle continue de se voir verser les intérêts sur les obligations qu’elle détient, mais ils apparaissent plus faibles que ceux versés à son passif ce qui va donc créer un déséquilibre quelques années durant : ces acquisitions ont été menées dans un contexte de taux d’intérêt bas, de sorte que les intérêts versés vont peu à peu augmenter, le temps que ce portefeuille soit renouvelé (il l’est au fur et à mesure de l’arrivée à maturité des obligations). "En définitive, le rétablissement d’un environnement de taux d’intérêt positifs favorisera un retour à la profitabilité qui permettra à la Banque de France de reconstituer ses réserves", a indiqué François Villeroy de Galhau.
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