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Hydrogène vert : Patrick Pouyanné met en garde l’Europe / Un IRA américain à la philosophie très séduisante
Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas pour se voir reprocher les impressionnants profits réalisés par son groupe ou sur sa rémunération que le patron de TotalEnergies a fait le déplacement au Parlement. Il était en effet entendu au Sénat ce mercredi dans le cadre de la mission d’information sur le développement d’une filière de biocarburants, carburants synthétiques durables et hydrogène vert, pilotée par l’élu socialiste Gilbert-Luc Devinaz et le centriste Vincent Capo-Canellas. Une audition destinée à permettre aux sénateurs d’avoir une vision industrielle plus éclairée, et non des moindres, sur le secteur de l’énergie verte.
Pas d’hydrogène sans réacteurs nucléaires
Et comme à son habitude, Patrick Pouyanné n’a pas hésité à faire part de sa franchise. Selon lui, le défi du développement de l’hydrogène vert sera complexe à relever. "Autant les biocarburants ne nécessitent que des investissements, autant le carburant synthétique, c’est-à-dire à base d’hydrogène, est plus futuriste. L’industrie ne dispose pas actuellement d’assez d’électrolyseurs capables de produire de l’hydrogène vert ", observe le patron de TotalEnergies pour qui un sujet majeur a été occulté. "Quand l’Europe se donne à horizon 2030 de consommer 20 millions de tonnes par an d’hydrogène, dont 10 produits en Europe, cela signifie que ce sont donc 200 gigawatts d’électricité qui doivent être fabriqués. Le ratio étant de 2 à 3 gigawatts pour un million de tonnes d’hydrogène, il faudra donc construire beaucoup plus que huit réacteurs nucléaires en France pour y parvenir. D’autant que tous nos réacteurs actuels servent à assurer la consommation quotidienne d’électricité sur le territoire ", a-t-il fait subtilement remarquer. Sans compter les besoins en eau, indispensable avec le CO2 à la fabrication d’hydrogène. "Cette production nécessite de gros volumes en eau. Il nous faut des ressources et nous rencontrons un problème d’approvisionnement aujourd’hui ", a ajouté le président-directeur général français.
La tentation de l’Amérique
Aussi, compte tenu des moyens financiers qu’une telle production nécessite, Patrick Pouyanné a confié qu’il était actuellement tenté de regarder de l’autre côté de l’Atlantique. "Nous avons décidé de décarboner nos raffineries en France pour faire de l’hydrogène vert, un projet sur chaque site. Ce sont un milliard d’euros que le groupe a décidé d’investir tous les ans à partir de 2023 ,et ce pendant 5 ans, dans le renouvelable, le biocarburant et l’hydrogène, soit une accélération de nos investissements sur le territoire (500 ou 600 millions d’euros auparavant sur des investissements globaux estimés à 15 milliards d’euros). Mais aujourd’hui, force est de constater qu’il est plus compétitif de produire cet hydrogène aux Etats-Unis et de le faire venir ensuite en Europe ", a-t-il déclaré.
La raison ? Le redoutable Inflation Reduction Act (IRA) de 400 milliards de dollars qu’a fait voter au Congrès le président américain Joe Biden. "L’avantage fiscal offert par l’IRA est incomparable dans le monde. Les Etats-Unis sont à l’heure actuelle en train d’attirer une grande partie des projets sur le fuel synthétique ", a-t-il poursuivi.
Et l’attrait fiscal n’est pas le seul atout de l’Amérique pour Patrick Pouyanné, c’est bien toute la philosophie de l’IRA qui est séduisante pour le patron d’industrie. "Elle est très simple : il s’agit d’accélérer les infrastructures vertes. La neutralité technologique est un principe fondamental de la législation américaine qui se contente de fixer un cap, un objectif en donnant un signal fiscal très important (la moitié de l’hydrogène vert est subventionnée), tout en laissant les entreprises libres de choisir les moyens pour y parvenir ", a-t-il expliqué.
Le réflexe européen de la régulation
Or, pour Patrick Pouyanné, l’attitude de l’Europe est aux antipodes de cette politique libérale américaine. "Il y a deux continents qui sont en train de diverger durablement sur la compétitivité industrielle. Au lieu d’inciter, l’Europe régule, veut réglementer une économie de l’hydrogène, voire mettre en place des lois anti-concurrence alors que la filière a encore besoin d’être soutenue pour émerger ", a-t-il regretté.
Et le président-directeur général de TotalEnergies de prévenir : "L’Europe a un choix très important à faire. Une unité d’un million de tonnes de bioéthanol coûte entre 7 et 8 milliards de dollars. Même avec la taille d’une entreprise comme la mienne, je ne peux pas en créer partout, d’autant que cette unité doit durer 20, voire 25 ans. Aujourd’hui, l’IRA offre une visibilité sur 10 ans. L’Europe doit donc réfléchir sur les soutiens qu’elle souhaite apporter aux industriels désireux d’investir et donner une vision de long terme pour que les projets soient rentables ", a indiqué Patrick Pouyanné.
Cette mise en garde concerne aussi, selon lui, la France. "La Tiruert (taxe incitative relative à l’utilisation d’énergie renouvelable dans les transports) par exemple, dont les modalités et le taux sont fixés par le Parlement et changent tous les ans, n’est pas un bon signal envoyé aux industriels. Il vaudrait mieux leur donner une visibilité sur 5 ans pour aider à l’investissement ", a suggéré Patrick Pouyanné aux sénateurs de la mission d’information.
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