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François Villeroy de Galhau / Inflation / taux d'intérêt
Inflation : François Villeroy de Galhau se veut coureur de fond / Pourquoi le pic des taux d’intérêt importe de moins en moins
François Villeroy de Galhau veut troquer ses habits de sprinteur pour ceux de coureur de fond. Invité à s’exprimer par le Peterson Institute, think tank washingtonien, le gouverneur de la Banque de France a fait le point sur la conduite de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE).
Face à une inflation historique en zone euro (10,6 % sur un an en octobre dernier), la BCE a multiplié les mesures depuis décembre 2021 : ralentissement, puis arrêt des achats nets d’actifs, durcissement de la tarification de ses opérations de refinancement à plus long terme auprès des banques (TLTRO), fin des réinvestissements intégraux dans le cadre de son programme d’achats d’actifs traditionnel (APP). Et c’est sans compter ce qui agite le plus le landerneau économique et financier : une augmentation de 350 points de base de ses taux d’intérêt directeurs.
Trois cadrans
"Dorénavant, nous rentrons dans une nouvelle phase, plus ouverte, de la politique monétaire ; nous passons du pilotage automatique à la navigation aux instruments ", a prévenu François Villeroy de Galhau. Une navigation qui s’appuiera sur "trois cadrans".
Le Conseil des gouverneurs les avait dévoilés à l’occasion de sa dernière réunion : les perspectives d’inflation compte tenu des données économiques et financières, la dynamique de l’inflation sous-jacente et la force de la transmission de la politique monétaire.
A Washington, le patron de la Banque centrale française s’est particulièrement attardé sur ce dernier point.
Latence
Tandis que les délais de transmission de la politique monétaire à l’activité économique atteignent entre un et deux ans d’après la littérature scientifique (le reflux actuel de l’inflation européenne n’y est ainsi pas lié), François Villeroy de Galhau a reconnu que "nous n’en savons pas assez sur le sujet et que nous devons le creuser davantage". A l’occasion d’une conférence donnée à Londres mi-février, Philip Lane, chef économiste et membre du directoire de la BCE, s’était efforcé de donner des ordres de grandeur quant à l’impact présent et futur de la politique monétaire de la BCE sur l’inflation et la croissance.
Si François Villeroy de Galhau a toutefois jugé qu’"il nous reste encore probablement un peu de chemin à parcourir en matière de relèvements des taux, lors de nos prochaines réunions, même si je pense qu’il est prématuré de décider maintenant de ce que nous ferons en mai", il a déclaré que "nous avons déjà accompli la majeure partie de notre parcours et l’effet économique le plus important à venir résultera de la transmission de ce qui est déjà dans les tuyaux ".
De sorte qu’il sera donc "essentiel de maintenir le cap aussi longtemps que nécessaire. Autrement dit, le sprint est terminé, place maintenant à la course de fond ", a-t-il avancé. Alors que le taux de la facilité de dépôt s’établit actuellement à 3 % et que le marché n’a de cesse de se focaliser sur le pic qu’il atteindra au cours du cycle de resserrement monétaire (aux alentours de 3,65 % selon ses anticipations), le polytechnicien a estimé que "comme pour la balistique, ‘plus long’ devient désormais plus important que ‘plus haut’", quand l’on en vient à évoquer le niveau à venir des taux d’intérêt.
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