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Pourquoi le prix de l’or s’est envolé /
La géopolitique s'en mêle
Le cours de l’or tutoie les sommets. Le prix du métal jaune se situe présentement aux alentours des 2 000 dollars l’once, ce qui représente une progression d’environ 10 % en l’espace de trois mois, à seulement 3 % de son plus haut historique de 2 067 dollars, atteint à l’été 2020. L’évolution du cours de la “relique barbare”, ainsi que la surnommait Keynes il y a cent ans, semble pouvoir être décrypté à l’aune de multiples facteurs.
Le plus déterminant à moyen terme est celui concernant le comportement des Banques centrales. L’an passé, elles ont acheté pour 1 136 tonnes or, soit une quantité inédite depuis… 1967, d’après le rapport annuel du Conseil mondial de l’or (CMO). Et leur intérêt pour le métal jaune ne s’est pas tari en 2023 avec 125 tonnes d’or achetés sur les deux premiers mois de l’année, du jamais vu depuis 2010.
Dédollarisation
Les jours suivant l’invasion russe de l’Ukraine sont probablement liés à ce regain d’appétit pour l’or. “L’élément déclencheur pourrait être le 28 février 2022, soit le jour où l’Union européenne et le G7 ont gelé 60 % des réserves internationales en devises de la Russie. C’est un signal fort envoyé à l’ensemble des pays n’appartenant pas à l’Occident ou au G7 que des réserves détenues en dollars peuvent être saisies”, explique à WanSquare, Fabien Benchetrit, gérant senior multi-actifs au sein de BNP Paribas Asset Management.
C’est ainsi qu’en 2022, l’on trouvait notamment parmi les plus gros acheteurs, la Chine, la Turquie, l’Egypte, le Qatar, l’Irak, les Emirats arabes unis ou encore l’Inde. "Il est aussi intéressant de noter, que les principaux pays acheteurs d’or comme par exemple la Turquie, l’Egypte ou l’Argentine sont membres ou demandent à devenir membres des BRICS [conférence diplomatique composée de cinq pays que sont la Chine, le Brésil, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud, ndlr] ou de l’Organisation de coopération de Shanghai [organisation intergouvernementale créée en 2001 à l’initiative entre autres de la Chine et la Russie pour favoriser l’émergence d’un monde multipolaire, ndlr]”, rappelle le gérant, qui voit là un important facteur tendanciel de soutien au prix de l’or.
En effet, “le rééquilibrage des réserves de change des Banques centrales non-OCDE [elles détiennent beaucoup moins d’or en proportion de leurs réserves que celles des pays avancés, ndlr] ne se fera pas du jour au lendemain”, indique Fabien Benchetrit.
Résurgence inflationniste
En plus de la dimension résolument géopolitique, le vif attrait des Banques centrales pour l’or serait également nourri par l’envolée de l’inflation ayant succédé aux confinements, une inflation contre laquelle le métal jaune permet de se protéger sur longue période.
Une enquête publiée par le CMO en juin 2022 rapportait que trois Banques centrales interrogées sur quatre jugeaient “plutôt pertinent” ou “très pertinent” le fait pour un institut d’émission de détenir de l’or en raison de sa capacité à constituer une réserve de valeur.
Faillites bancaires
Enfin, l’or profite des secousses qui ont agité le secteur bancaire américain à la fin de l’hiver. Les faillites de trois banques de l’Oncle Sam ont conduit le dollar à être quelque peu boudé en tant que valeur refuge pour le plus grand plaisir du métal précieux. “La faiblesse du billet vert a également stimulé la demande des investisseurs non américains puisque le prix de l’or diminue lorsqu’il est exprimé dans d’autres devises”, fait remarquer Bradley Saunders, économiste chez Capital Economics.
C’est ainsi que, combinées, les entrées nettes de capitaux dans les ETF et les positions longues nettes prises sur le marché de l’or ont atteint un record depuis juin 2019 lors du mois de mars.
Coût d’opportunité
S’il a pour lui de ne pas être soumis au risque de contrepartie (l’or n’est au passif de personne), la faiblesse intrinsèque de l’or en tant qu’actif investissable provient du fait qu’il ne délivre ni coupon, ni dividende, ni loyer.
Sa détention fait donc l’objet d’un arbitrage en ce sens qu’elle est comparée à ce que peuvent offrir les autres classes d’actifs, en particulier les obligations d’Etat américaines (le versement d’un intérêt), qui sont considérées comme l’actif le plus sûr qui soit.
Or, de l’avis même des économistes de la Fed, les Etats-Unis devraient entrer en récession cette année. Tant et si bien que “ce phénomène, associé à un resserrement des conditions de crédit, devrait contribuer à atténuer la chaleur de l’économie, permettant à la Fed de s’orienter vers des réductions de taux plus tôt que ne le prévoient les marchés. En conséquence de quoi, nous pensons que le rendement du Trésor à 10 ans tombera à 3,25 % d’ici la fin de l’année [contre 3,50 % aujourd’hui, ndlr], ce qui donnera un coup de pouce à l’or”, avance Bradley Saunders.
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