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Programme de stabilité / Bruno Le Maire / charges d'intérêts / France / taux d'intérêt
Taux d'intérêt : pourquoi ça va piquer pour les finances publiques en 2027 (et au-delà) / Comment la charge d’intérêts de la dette française va muter
Deux cent vingt millions d’euros par jour. Si tout se déroule ainsi que l’escompte le gouvernement, c’est la somme que la France (État, Sécurité sociale et collectivités locales) devra verser, en 2027, chaque jour, pour payer les intérêts dus à ses créanciers.
Rapportés à la richesse nationale que devrait générer le pays des Lumières à cette échéance, ces deux cent vingt millions d’euros par jour représenteraient un fardeau inédit depuis 2012.
80 milliards d’euros
C’est en tout cas ce que l’on peut tirer du programme de stabilité présenté ce matin par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, à l’occasion du Conseil des ministres.
Pour mémoire, ce document contient l’ensemble des prévisions macroéconomiques du gouvernement ainsi que la trajectoire des finances publiques pour les années à venir (il est transmis tous les ans à la Commission européenne qui s’assure du respect des règles budgétaires).
En effet, l’exécutif s’attend à ce que la charge d’intérêts de la dette publique représente 2,4 points de Produit intérieur brut (PIB) en 2027, contre 1,9 point aujourd’hui. Compte tenu des prévisions du gouvernement concernant le PIB nominal d’ici à 2027, cela représenterait donc près de 80 milliards d’euros par an (contre 50 milliards d’euros en 2022).
L’inflation plaide non coupable
Si elle a expliqué une grande part de la hausse de la charge d’intérêts observée en 2022, l’inflation n’aurait que peu de lien avec le boulet au poids croissant que vont devoir supporter les finances publiques.
En effet, alors que la France émet de la dette indexée sur les prix à la consommation hexagonaux et européens depuis deux décennies (elle pèse 266 milliards d’euros, soit un peu plus de 10 % de la dette négociable de l’État), le reflux anticipé de l’inflation va mécaniquement faire reculer la provision pour charge d’indexation (ce qu’elle doit rembourser aux investisseurs à échéance) qui dépend de la hausse des prix à la consommation de l’année en cours.
Or, tant en zone euro qu’en France, elle devrait converger vers 2 % l’an au cours des années à venir, si l’on en croit les banquiers centraux.
Effet taux
C’est "l’effet taux" qui va conduire la France à enregistrer un quasi-doublement de sa charge d’intérêts - en points de PIB - par rapport au plus bas historique de 2020 (1,3 point de PIB).
De fait, en raison de la hausse des taux d’intérêt en vigueur sur les marchés obligataires, liée à l’augmentation de plusieurs centaines de points de base des taux directeurs de la BCE pour lutter contre l’inflation, la France est aux prises avec des conditions de financement bien moins favorables que jadis. Le taux d’intérêt associé à ses obligations à dix ans est passé de -0,3 % en 2020 à 3 % aujourd’hui.
"Le profil de taux d’intérêt sous-jacent à la prévision de charge de la dette repose sur l’hypothèse d’une poursuite de la hausse des taux de politique monétaire de la BCE en 2023, qui porterait le taux d’intérêt à 3 mois jusqu’à 3,9 % fin 2023 avant de refluer vers 3,5 % fin 2024 puis de se stabiliser à 3,3 %. Le taux d’intérêt à 10 ans atteindrait 3,4 % d’ici fin 2023 et se stabiliserait à ce niveau", peut-on lire dans le programme de stabilité.
Compte tenu du fait que la maturité de la dette française est de huit ans et demi (l’on parle ici de la seule dette négociable de l’État), "l’effet taux" va se faire ressentir progressivement. Et oui, une dette d’une telle maturité implique que la France ne refinance, en moyenne, qu’environ un dixième du stock chaque année.
La charge d’intérêts représentera ainsi 1,7 point du PIB en 2023, 1,9 point en 2024, 2,1 points en 2025 puis 2,3 points en 2026.
Vulnérabilité
D’après les données publiées par Eurostat, la France a consacré en moyenne 2,4 points de PIB par an au remboursement des intérêts depuis 1978. Les quatre années à venir signeraient donc un simple retour à la normale ?
Pas vraiment, si l’on tient compte du niveau inédit de la dette publique à 111,6 % du PIB. Un tel chiffre signifie que chaque hausse de 100 points de base des taux d’intérêt représenterait un coût supplémentaire de 1,1 point de PIB par an à long terme pour la collectivité française.
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