WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
Transition écologique ; Inflation ; Banques centrales ; Jean Pisani-Ferry ; Stabilité des prix ; Politique monétaire ; France Stratégie ; Inspection générale des finances

Politique monétaire / transition écologique / Inflation / banques centrales

Politique monétaire
transition écologique / Inflation / banques centrales

La politique monétaire au défi de la transition écologique / Comment concilier action climatique et stabilité des prix

La transition écologique risque de se faire au prix d’un supplément d’inflation, explique Jean Pisani-Ferry dans un rapport remis au gouvernement. Les banques centrales vont donc devoir apprendre à défendre la stabilité des prix sans entraver l’action climatique. Un numéro d’équilibriste qui n’est pas sans implications sur la politique monétaire.
L'économiste Jean Pisani-Ferry (à gauche) et Elisabeth Borne, Première ministre (à droite) (DR/France Stratégie)
L'économiste Jean Pisani-Ferry (à gauche) et Elisabeth Borne, Première ministre (à droite) (DR/France Stratégie)

La transition écologique devrait donner du fil à retordre aux banques centrales dans les prochaines années. Ce n’est pas vraiment une surprise ni même totalement nouveau mais le chapitre consacré à l’inflation du rapport sur les incidences économiques de l’action pour le climat remis lundi au gouvernement par l’économiste Jean Pisani-Ferry, en partenariat avec France Stratégie et l’Inspection générale des finances, a le mérite d’y présenter clairement les défis auxquels devront faire face nos institutions monétaires.

 

Configuration inflationniste

 

Les incertitudes autour de la transition climatique sont susceptibles de générer une inflation plus élevée et plus volatile en raison de la hausse des prix de l’énergie ou des intrants industriels, qu’elle soit causée par des augmentations du prix du carbone, de nouvelles réglementations ou des tensions sur des minéraux critiques essentiels au développement des énergies renouvelables.

Un tel processus risque également d’affecter l’inflation du fait de délais d’ajustement des prix relatifs des biens intensifs en énergie, ou encore des perturbations économiques liées aux restructurations et adaptations de l’appareil productif sur le marché du travail, des biens ou du capital.

Au total, l’ampleur et la durée des effets de la transition vers la neutralité carbone sur l’inflation dépendront de la stratégie de transition choisie. Pour preuve, la Banque de France imaginait en mars dernier quatre scénarios différents, dont plusieurs produisaient de l’inflation supplémentaire à court et moyen terme tandis que d’autres, au contraire, permettaient de ralentir la hausse des prix. Pour autant, plus la transition sera mise en œuvre tôt et de manière graduelle, plus les coûts liés à l’inflation seront faibles.

 

Limites du "look through"

 

Dans cet environnement nouveau et incertain, les banques centrales se voient donc confrontées à un défi complexe : juguler une inflation dont les sources se multiplient sans pour autant freiner les investissements massifs nécessaires au respect des objectifs climatiques.

Sans qu’il ne soit question que le changement climatique prenne le dessus sur l’objectif de stabilité des prix, "il semble essentiel que les banques centrales adaptent leurs instruments afin d’intégrer davantage les risques climatiques dans les opérations de la politique monétaire", expliquent les auteurs.

Car si les perturbations potentielles liées à la transition écologique restent "très certainement temporaires", elles obligent tout de même les banques centrales à réfléchir à plus long terme qu’elles n’ont l’habitude de le faire et à intégrer des réflexions dont elles ne sont pas coutumières.

En cela, un tel choc ne permettrait pas l’application de la doctrine du "look through", selon laquelle la politique monétaire peut se permettre de regarder "à travers" ou "au-delà" d’un quelconque choc si celui-ci est considéré comme temporaire, de faible ampleur et sans arbitrage entre stabilité des prix et croissance.

 

Nouvelle cible à 3 % ?

 

La transition climatique sous-tend également un certain nombre d’implications stratégiques. La Banque centrale européenne (BCE) a écarté à ce jour l’hypothèse d’une cible inflation basée sur l’inflation sous-jacente – moins volatile que l’inflation globale – qui exclut l’évolution des prix alimentaires et de l’énergie. Or, les tensions à la hausse de l’inflation hors produits alimentaires pourraient rouvrir le débat autour d’une mesure alternative de la cible d’inflation.

Plus encore, la discussion sur la pertinence de l’objectif de 2 % d’inflation retenu par la BCE (comme par la plupart des autres banques centrales) a été ouverte dès 2010 par Olivier Blanchard, alors chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), qui plaidait pour une cible à 3 %. Parce que la transition appelle de fortes modifications de prix relatifs, elle redonne poids à la critique selon laquelle cette cible serait trop basse.

En résumé, s’efforcer de ramener rapidement l’inflation au voisinage de l’objectif de 2 % permettrait certes d’éviter un désancrage des anticipations, mais une réponse monétaire trop vigoureuse risquerait d’accroître les embûches à l’égard de l’action climatique, de retarder les efforts en direction de la construction d’une économie décarbonée, et d’augmenter en conséquence le risque d’une transition désordonnée, énumèrent les experts.

"Dans le contexte de la transition climatique, les banques centrales doivent au minimum conduire la politique monétaire avec doigté, et sans doute même opérer un relèvement temporaire de leur cible d’inflation", préconisent-ils.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article