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Macro-économie / Taux / France / Notation / Finances publiques

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France / Notation / Finances publiques

La France dans le viseur d’une autre agence de notation / Désendettement et risque politique ne font pas bon ménage

L’agence de notation Scope Ratings a abaissé de « stable » à « négative » la perspective associée au AA français : la probabilité d’une dégradation d’ici douze à dix-huit mois a crû. Se cachent, derrière la décision de l’agence, les aléas haussiers pesant sur les dépenses publiques et les tensions sociales.
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances - Ludovic MARIN / AFP
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances - Ludovic MARIN / AFP

La conduite de la politique budgétaire française ne fait pas l’unanimité. Alors que Fitch a décidé d’une dégradation de la note souveraine hexagonale il y a un mois, l’agence de notation Scope Ratings vient elle aussi de rendre son évaluation. Si elle n’a pas décidé de dégrader la France, elle a choisi de placer sa note AA sous "perspective négative" : en clair, la probabilité d’une dégradation prochaine (douze à dix-huit mois) est plus importante qu’auparavant.

 

Pressions sur les dépenses

 

"Le premier facteur de changement des perspectives est l’affaiblissement des finances publiques, qui se traduit par des pressions élevées sur les dépenses, dans un contexte d’efforts d’assainissement budgétaire fondés principalement sur des dépenses d’efficacité", pointe l’agence dirigée par un Français et dont le siège est situé à Berlin. Rappelons que dans le programme de stabilité communiqué à Bruxelles, le gouvernement s’est engagé à ce que le déficit public passe sous la barre des 3 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2027.

Pour ce faire, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, a annoncé que les dépenses publiques (en volume) allaient croître de 0,6 % par an en moyenne - hors mesures d’urgence et de relance - sur la période de 2023-2027 (une performance rendue notamment possible par un dispositif annuel de revue des dépenses). Il s’agit là d’un rythme de progression inférieur à celui des recettes publiques puisque ces dernières augmentent à peu près comme le PIB, or la croissance potentielle de la France est estimée autour de 1,35 %. "Bien que Scope reconnaisse l’engagement du gouvernement à contenir la croissance des dépenses, notamment par un gel supplémentaire de 1 % du budget pour l’année en cours annoncé récemment, une suppression progressive du plafonnement des prix de l’électricité au cours des deux prochaines années illustre le risque d’une orientation budgétaire accommodante plus longue que prévu", indique l’agence de notation. Le bouclier sur le gaz, lui, sera levé cette année.

Autre force pesant à la hausse sur les dépenses publiques : la transition écologique. Alors que le rapport dirigé par Jean Pisani-Ferry estime aux alentours de 30 milliards d’euros annuels supplémentaires les dépenses nécessaires pour financer la réduction des émissions compatible avec les engagements climatiques de la France, Scope juge que "cela limite encore la capacité du gouvernement à atteindre ses objectifs de réduction des dépenses de 57,5 % du PIB en 2022 à 53,5 % du PIB en 2027 ".

Et c’est sans compter la remontée des taux d’intérêt. En effet, alors que la France s’endettait à un taux d’intérêt nul à échéance dix ans il y a dix-huit mois, les nouveaux milliards – ou les anciens refinancés - qu’elle lève à même échéance se payent 3 %. C’est ainsi que Scope s’attend à ce que "la charge nette d’intérêts passe de 3,4 % des recettes des administrations publiques (ou 1,8 % du PIB) en 2022 à environ 5 % des recettes (2,7 % du PIB) en 2028".

 

Risque politique

 

L’autre argument mobilisé par Scope pour justifier la "perspective négative" a trait à la politique.

D’une part, le président de la République Emmanuel Macron ne dispose que d’une majorité relative à l’Assemblée nationale, d’autre part, la France est aux prises avec des "troubles sociopolitiques", explique Scope, en référence au mouvement de contestation à l’égard de la réforme des retraites.

"Le gouvernement a adopté la réforme des retraites sans vote parlementaire, ce qui a entraîné une détérioration de ses relations avec les syndicats, qui pourrait peser sur la capacité du gouvernement à dégager un consensus autour de réformes supplémentaires", fait valoir l’agence de notation. Tant et si bien que "ces tensions qui se traduisent par des votes de défiance nombreux mais infructueux, augmentent le risque que le programme de réformes économiques, sociales et climatiques du président Macron soit reporté ou édulcoré jusqu’à la fin de son mandat en 2027, ce qui limite les perspectives d’amélioration structurelle des perspectives budgétaires et de croissance".

 

Nouvelle évaluation

 

La prochaine agence de notation qui publiera son évaluation sur la note souveraine hexagonale est S & P Global Ratings. La décision de l’agence américaine sera connue vendredi, vraisemblablement dans la soirée. Interrogée hier sur le sujet, la Première ministre Elisabeth Borne a indiqué qu’il y avait eu "des explications détaillées entre Bruno Le Maire et Standard and Poor’s sur tout ce que l’on fait pour maîtriser nos finances publiques".

Pour mémoire, c’est en décembre que S & P Global Ratings avait publié pour la dernière fois son analyse de la solvabilité de la puissance publique hexagonale. Elle n’avait pas touché à sa note "AA/A-1 + " mais l’avait placée sous "perspective négative".

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