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Vivendi / Yannick Bolloré / Arnaud de Puyfontaine / Lagardère / Gala / Editis
Pour Vivendi, l’opération Lagardère promet d’être transformante / Et la création de valeur immédiate
Vivendi a-t-il confondu vitesse et précipitation dans le dossier Lagardère ? Moins d’une semaine après avoir accordé son feu vert au rachat de Lagardère, la Commission européenne a indiqué jeudi qu’elle étudiait la question de savoir si le géant des médias n’avait pas commencé à mettre en œuvre l’opération avant d’y avoir été autorisé.
La Commission n'a toutefois pas ouvert d'enquête formelle sur ces soupçons. Ce qui tendrait à relativiser la portée d’un risque - en théorie d’une amende de 10% du chiffre d’affaires du nouveau groupe formé - reposant uniquement à ce stade sur les allégations de certains médias, datant déjà de l’année dernière qui plus est.
Chez Vivendi, on assure en tout cas avoir "scrupuleusement respecté les règles ", et le groupe promet qu'il " continuera à les respecter jusqu’à l’exécution des remèdes", soit la vente d'Editis, la filiale d'édition de Vivendi, ainsi que du magazine de presse people Gala, dont la concurrence avec son homologue Paris Match de Lagardère a été jugée trop frontale par Bruxelles.
Bouclage attendu au quatrième trimestre
Concernant Editis, Vivendi a déjà conclu en avril un accord d'option de vente avec la société International Media Invest de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky. Quant à Gala, Vivendi dit avoir reçu de nombreuses marques d’intérêt. En supposant que des négociations exclusives pour Gala débutent très bientôt, en tenant compte de la traditionnelle pause estivale, la Commission européenne commencerait à étudier la transaction début septembre et donnerait son point de vue au début ou à la mi-octobre.
Vivendi pourrait donc finaliser les opérations concernant Editis et Gala d'ici fin octobre prochain. Le groupe serait alors en mesure de boucler entièrement l’opération de rapprochement avec Lagardère d'ici le début ou le milieu du quatrième trimestre 2023. Et cette fusion à venir va très fortement élargir les contours de l'entreprise dirigée par Yannick Bolloré et Arnaud de Puyfontaine.
En intégrant Lagardère, la taille de Vivendi doublera en effet quasiment avec un chiffre d'affaires 2023 proforma de l’ensemble combiné supérieur de 80% à celui de Vivendi seul, passant de 9,6 milliards d’euros à environ 17 milliards d’euros, et un résultat opérationnel ajusté (Ebita) en augmentation de 90%.
Egalement, "le mix d'activités changerait drastiquement avec la télévision payante (Canal+) représentant désormais 35 à 45% de l'Ebita proforma, les services marketing (Havas) 15 à 25%, tout comme l'édition de livres, et le Travel Retail autour de 20 à 25%", notent les analystes de Bank of America dans une récente étude. Le nouveau Vivendi sera aussi plus international avec un chiffre d'affaires hors de France qui représentera désormais 63% de l’ensemble des revenus, contre 54% auparavant.
Décote record
Les actionnaires de Vivendi ont en tous les cas de bonnes raisons de se réjouir d’une opération dont Bank of America estime la création de valeur au "jour 1" de la fusion à 400 millions d'euros. La banque valorise en effet Lagardère à 25 euros par action, contre un prix d'achat moyen global de 20,3 euros, Vivendi ayant acheté ses actions pendant les creux du marché au deuxième trimestre 2020.
S’agissant des actifs qui seront intégrés, si la rentabilité de Lagardère Publishing n’est pas des plus élevée avec une marge autour de 11%, générer une marge de l’ordre de 13% à 15% "est une ambition réaliste pour cette activité", estime Bank of America, tandis que sa génération de trésorerie est excellente. Dans le même temps, l'activité de "travel retail" de Lagardère devrait poursuivre son rebond en lien avec la reprise du trafic aérien.
En toile de fonds, le succès de l’opération Lagardère constitue par ailleurs "une étape nécessaire vers un rapprochement entre Bolloré et sa filiale Vivendi", ajoute Bank of America. Un rapprochement évoqué de manière récurrente chez les analystes et dont la logique "est plus forte que jamais " selon la banque. Il est vrai que l'action Vivendi s'échange avec une décote record de 40% par rapport à son actif net réévalué (ANR) tandis que Bolloré regorge de liquidités, disposant d’une trésorerie nette d'environ 7 milliards d'euros.
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