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Industrie ; Relocalisations ; France ; McKinsey ; Compétitivité ; Coûts

Macro-économie / Taux / industrie / relocalisations / France

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La France engagée dans la course aux relocalisations industrielles / Entre défis structurels et sous-investissement historique, les embûches sont encore nombreuses

Avec la réorganisation des chaînes de valeur mondiales, la France dispose d’une carte à jouer dans la course aux relocalisations qui s’opère depuis quelques années. Si elle peut compter de nombreux atouts, l’Hexagone doit encore régler plusieurs questions qui freinent son développement industriel, selon McKinsey.
Luca de Meo (à gauche), directeur général du groupe Renault, et Bruno Le Maire (à droite), ministre de l'Économie, lors de la visite d'une usine Alpine à Dieppe en 2022 (Sameer Al-DOUMY/AFP)
Luca de Meo (à gauche), directeur général du groupe Renault, et Bruno Le Maire (à droite), ministre de l'Économie, lors de la visite d'une usine Alpine à Dieppe en 2022 (Sameer Al-DOUMY/AFP)

Les mutations du secteur industriel et de ses chaînes de valeur, déjà à l’œuvre depuis plusieurs années, connaissent une accélération majeure sous l’impulsion des crises sanitaire et géopolitique, mais aussi des nouveaux impératifs énergétiques et environnementaux. Elles incitent les acteurs à repenser en profondeur leurs stratégies industrielles et, en particulier, leur implantation géographique et leur chaîne d’approvisionnement.

Dans ce jeu mondial, la France – après plusieurs décennies de désindustrialisation – peut compter sur des atouts certains dans cette course aux relocalisations. Des avantages qui ne doivent toutefois pas masquer les nombreux défis qui persistent et menacent la réussite d’une telle entreprise. Dans une étude, McKinsey dresse les forces et faiblesses de l’Hexagone.

 

Défis structurels

 

La France cumule un certain nombre défis structurels qui entravent encore trop le développement des activités industrielles sur son territoire. Au premier rang d’entre eux, le coût du travail, qui demeure le premier critère d’arbitrage des investisseurs. Les efforts de compétitivité-coût menés jusqu’à présent, largement concentrés sur les bas salaires, ont peu profité au secteur industriel qui présente des salaires moyens sensiblement plus élevés que dans les activités tertiaires. Ainsi, le coût horaire de la main-d’œuvre manufacturière en France reste 28 % supérieur à la moyenne de la zone euro.

"À l’évidence, cette dimension joue très différemment en défaveur de la France selon les filières industrielles, leur intensité en travail, leur degré d’exposition à la concurrence internationale, leurs impératifs de proximité avec leurs marchés, leur degré d’automatisation, leurs niveaux de gammes et de marges", observent les analystes de McKinsey.

Plus que le coût de la main-d’œuvre, c’est sa disponibilité qui risque de pénaliser l’implantation de nouvelles activités industrielles. Les dirigeants sont bien plus nombreux à faire état de difficultés de recrutement (65 %) qu’en 2020 (29 %), un plus haut historique depuis près de vingt ans.

Ces derniers regrettent, en outre, le manque de disponibilité foncière, alors que 93 % des parcs industriels seront saturés à l’horizon 2030 et que 28 % le sont d’ores et déjà. Ils dénoncent aussi la lenteur des délais administratifs et des recours judiciaires. Il faut, par exemple, deux fois plus de temps pour ouvrir une usine en France que dans la plupart des pays comparables.

 

Sous-investissement historique

 

À tout cela s’ajoute un défaut d’investissements dans la modernisation des sites de production. La France dispose d’un parc de machines industrielles plus ancien que la moyenne européenne et plus faiblement robotisé. Pour 10 000 salariés de l’industrie, on compte en France 194 robots installés, contre 224 en Italie, 371 en Allemagne et 932 en Corée du Sud. Or, ces pays sont précisément ceux qui ont le mieux réussi à conserver ou développer les activités industrielles sur leur territoire.

Finalement, ce sont des pans entiers de l’outil productif français qui sont fragilisés et dépendants de pays étrangers, rendant complexes et extrêmement coûteuses les relocalisations sur le territoire d’industries pourtant critiques : solaire photovoltaïque, batteries, semi-conducteurs, etc.

Près de trois quarts du marché mondial des semi-conducteurs proviennent d’Asie, quand la France et l’Allemagne ne représentent, à eux deux, que 5 % de la production totale. Sur ces questions, les États-Unis développent des plans industriels ambitieux, visant à regagner une souveraineté stratégique sur les différents éléments de la chaîne de valeur. L’Europe s’y met également mais avec un peu de retard.

 

Des atouts sur lesquels capitaliser

 

Fort heureusement, l’Hexagone possède aussi de nombreux atouts pour attirer les entreprises françaises et européennes. Parmi eux, figure incontestablement la force de traction qu’exercent ses grands champions mondiaux. Si l’industrie ne pèse plus que 13 % du PIB français, elle représente encore plus de 50 % des entreprises du CAC 40.

À l’opposé, les quelque 25 000 petites et moyennes entreprises industrielles françaises composent, en outre, un vivier particulièrement riche. Or, ces entreprises délocalisent peu et représentent une part majeure des forces vives industrielles du pays : 85 % d’entre elles ont la totalité de leurs sites de production en France, et seules 1,5 % produisent totalement hors de nos frontières.

Pêle-mêle, les auteurs de l’étude évoquent aussi l’accès aux marchés grâce à une situation géographique très favorable au cœur de l’Europe, la qualité des infrastructures, le vivier des talents et en particulier la qualité de la formation des ingénieurs, l’excellence des foyers de recherche et d’innovation, la possibilité de disposer d’une énergie décarbonée grâce au mix énergétique et en particulier au parc nucléaire. " Tous ces éléments alimentent sans conteste la puissance et la plus-value du Label France", énumèrent les auteurs de l’étude.

La France dispose également d’atouts majeurs au regard des perspectives de l’industrie de demain. En témoigne la présence très marquée des grandes entreprises hexagonales dans les alliances stratégiques qui ont été récemment conclues pour les méga investissements dans la tech et l’économie décarbonée (Stellantis-TotalEnergies-Mercedes sur les moteurs électriques, Renault-Valeo-Siemens sur le moteur électrique sans terre rare, Renault-Veolia-Solvay sur le recyclage des batteries, Airbus-Air Liquide-Vinci sur l’hydrogène aérien, etc.).

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