Macro-économie / Taux / Croissance française / consommation / investissement / Exportations
Macro-économie / Taux
Croissance française / consommation / investissement / Exportations
L’économie française sauvée (pour l’instant) par ses exportations / Dopées par l'aéronautique et l’automobile, elles carburent, pas le reste
La France peut remercier son commerce extérieur. Le Produit intérieur brut (PIB) du pays des Lumières a progressé de 0,5 % au deuxième trimestre (par rapport aux trois mois précédents), d’après les données publiées par l’Insee, quand ce dernier anticipait une croissance de 0,1 %, tout comme la Banque de France. Projetée en rythme annuel (2 %), cette croissance se situe donc bien au-dessus du potentiel de l’économie française estimé aux alentours de 1,2 %.
Une performance qui a de quoi étonner alors que l’Hexagone connaît un niveau d’inflation inédit depuis les années 80. À ce titre, les dépenses de consommation des ménages, qui constituent d’ordinaire le principal moteur de l’économie française (50 % du PIB), ont enregistré une contraction de 0,4 % au deuxième trimestre. L’autre composante de la demande intérieure qu’est l’investissement (un quart du PIB en comptant les administrations publiques, les entreprises et les ménages) affiche, elle, une augmentation de 0,1 % sur le trimestre.
À noter, la bonne dynamique de l’investissement des sociétés non financières (la croissance de leur formation brute de capital fixe s’affiche à 0,7 %) malgré la forte remontée des taux d’intérêt (elle semble toutefois contrarier l’investissement des ménages en recul de 1,6 % sur trois mois). Cependant, là n’est pas l’essentiel puisque la demande intérieure finale hors stocks, contribue pour - 0,1 point à la croissance française (la variation des stocks la grève de 0,1 point supplémentaire).
Des exportations flamboyantes
C’est le commerce extérieur qui a fait (bien) plus que tenir son rang. Sa contribution s’élève à 0,7 point sous l’effet d’une forte croissance des exportations (2,3 %) comparativement à celle des importations (0,4 %). Les exportations de matériels de transport augmentent fortement (+11,2 % après +1,8 %), avec notamment la livraison d’un paquebot, souligne l’Insee, qui fait ici référence à la livraison, fin mai, par les Chantiers de l’Atlantique, du MSC Euribia à l’armateur italo-suisse MSC Croisières.
Interrogé par WanSquare, Thomas Laurent, chef de la division des comptes trimestriels de l’Insee, indique néanmoins que "les navires ne sont pas le seul facteur explicatif, d’ailleurs, la livraison du paquebot ne constitue pas une surprise par rapport à nos prévisions”. Il ajoute qu’en revanche, “d’autres matériels de transport tels que l’aéronautique et l’automobile ont connu un rebond plus important qu’escompté à la fin du deuxième trimestre”.
La raison ? Au-delà du fait que la date des livraisons a évidemment toujours un caractère aléatoire, il est possible que “l’atténuation des tensions affectant les chaînes d’approvisionnement ait pu jouer un rôle dans la dynamique favorable que les exportations françaises ont enregistrée”, estime l’économiste. D’après la Banque de France, en juin, 23 % des entreprises industrielles rapportaient des difficultés d’approvisionnement, contre 30 % en mars 2023 (et 64 % à leur pic en avril 2022 dans la foulée du déclenchement de la guerre russo-ukrainienne).
Il y a un mois et demi, à l’occasion de la parution de sa dernière prévision de croissance, l’Insee tablait sur une contribution de 0,4 point du commerce extérieur à la croissance, portée par une progression de 1,2 % des exportations. “Nous nous attendions à une vive progression des exportations mais ne pensions pas qu’elle allait atteindre cette ampleur. Mi-juin [date de la publication du point de conjoncture, ndlr], seules les données d’avril des Douanes étaient connues, or c’est à la fin du deuxième trimestre que beaucoup s’est joué”, explique Thomas Laurent.
Scénario de croissance
Sans surprise, ce matin, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, n’a pas fait mystère de sa satisfaction à l’égard des chiffres du deuxième trimestre. "C’est une performance remarquable", a déclaré le locataire de Bercy au micro de RTL, qui a maintenu la prévision de croissance du gouvernement à 1 % pour 2023. Pour mémoire, le Fonds monétaire international, l’OCDE, l’Insee, la Banque de France et la Commission européenne prévoient une croissance de respectivement 0,8 %, 0,8 %, 0,6 %, 0,7 % et 0,7 %.
L’acquis de croissance de la France monte à 0,8 % à la fin du deuxième trimestre compte tenu de la progression enregistrée entre avril et juin. En clair, si l’économie française se contentait de stagner entre juillet et décembre, sa croissance pour l’année 2023 s’afficherait à 0,8 %. Ainsi, il faudrait que la croissance - en glissement trimestriel - atteigne au moins 0,2 % au troisième trimestre puis 0,3 % au quatrième (ou inversement) pour que l’objectif du gouvernement soit tenu. Il n’a rien de garanti, étant donné le piteux état de la consommation des ménages et les derniers indicateurs conjoncturels publiés.
En effet, si "l’indice de climat des affaires [publié par l’Insee, ndlr], stable à 100 en juillet, se situe exactement au niveau de sa moyenne de long terme", note Sylvain Bersinger, chef économiste d’Asterès, il rappelle que "les indices des directeurs d’achat PMI (généralement considérés comme des indicateurs avancés de la conjoncture) sont en revanche à la baisse (dans l’industrie comme dans les services) et inférieurs à 50, ce qui laisse anticiper une contraction de l’activité. Le bâtiment semble pour sa part fortement impacté par la hausse des taux, avec des anticipations d’activité dans les enquêtes Insee qui sont devenues sensiblement négatives en juillet".
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