Politique européenne / gaz / France / europe
Politique européenne
gaz / France / europe
L’ambition énergétique de l’Europe n’est pas un vain mot / Les acteurs français sont persuadés qu'elle peut allier indépendance et transition
"La baisse de la demande a été la clé de la détente du marché". Timothy Gould, chef économiste énergie de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a immédiatement entamé son intervention lors du congrès France gaz 2023 en rappelant que ce ne sont pas les aléas climatiques qui ont fait et feront passer l’hiver à l’Europe. L’une des clés pour réussir en profondeur la transformation de son mix énergétique est de le rendre plus vert. L’économiste a insisté sur la nécessité de prioriser les flux d’investissements à destination des technologies à faibles émissions de gaz à effets de serre.
Pour y parvenir, l’Europe doit espérer capitaliser sur l’agilité remarquable dont elle a fait preuve ces derniers mois lorsqu’elle s’est retrouvée confrontée aux conséquences de la guerre en Ukraine. Mechthild Wörsdörfer, directrice générale adjointe à la direction générale de l’énergie à la Commission européenne, s’est félicitée de voir "qu’on a réussi à adopter en cinq semaines ce qui met un an à dix-huit mois d’habitude". Ce qui a permis comme elle le souligne de passer de plus de 40 % des importations de gaz qui étaient en provenance de Russie à moins de 7 %, bien que cela n’exempte pas l’Europe de "construire un marché bas carbone à l’horizon 2030".
Un choix sans retour
La directrice générale adjointe à la direction générale de l’énergie espère en définitive que, comme "dans chaque crise, il y aura des opportunités à saisir ensemble". Timothy Gould juge qu’il ne faudra pas tarder à le faire étant donné que sur la question du gaz, l’Europe " pourrait dépendre désormais à plus de 70 % des marchés spots et être vulnérable à ses variations". Un vrai point d’attention mis en avant également par Nicolas Goldberg, consultant énergie et climat chez Colombus Consulting : " on sait que l’on va garder ce marché de court terme, mais nous avons aussi besoin de celui de long terme pour diriger les investissements ", a-t-il souligné.
Il y a là un vrai double enjeu de sécurité et de visibilité pour le secteur industriel françai face à l’exposition aux variations des marchés. Plus la direction donnée par l’Europe notamment via "Fit for 55" sera claire plus le secteur privé pourra s’engager pleinement à ses côtés. Il y a "l’attente d’un signal clair côté industriel sur comment orienter la demande", souligne Nicolas Goldberg. Timothy Gould, l'économiste de l’AIE souligne quant à lui que sur le marché à court terme, il faudra être très attentif à la reprise de la croissance en Chine et à ses conséquences sur le niveau des prix.
Concilier transition et inflation
Le consultant énergie et climat chez Colombus Consulting s’est montré peu emballé par la voie empruntée par Washington, qu’il " voit comme très inflationniste" malgré les nombreux effets positifs qu’induit l’IRA. Mechthild Wörsdörfer n’en estime pas moins qu’il "en faut faire faire sur notre réponse à l’IRA ". Une dynamique qui ne doit pas se limiter à la simple concurrence des États-Unis, puisque d’autres à l’instar de Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, ont appelé les autorités à faire davantage notamment "sur le besoin de simplification en France" pour permettre de parvenir à rendre le gaz pleinement renouvelable.
Ce qui pourrait permettre d’atteindre un équilibre sur trois points qu’elle a énumérés : sur le plan de la compétitivité, sur le plan social et sur celui de l’équité. Les différentes intervenants ont fait preuve d'un certain optimisme sur la mise en œuvre de la transition du secteur mais ont également appelé à ne pas vouloir aller plus vite que la musique et avancé qu'il est impossible d’imaginer se passer du gaz fossile à court terme tant celui-ci est précieux, notamment en raison de son prix et de sa capacité à permettre de passer les pics de consommation. Tout comme les investissements dans des capacités de liquéfactions effectués ces derniers mois, et qui porteront leurs fruits dans les années à venir, ne sont pas des solutions pensées pour le très long terme mais pour assurer l’indépendance énergétique à court et moyen terme.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

