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Rexecode / productivité / salaires

La productivité en soutien des salaires ? / Quelques pistes de réflexion

Les salaires du secteur privé progressent moins rapidement que les prix à la consommation. Dans sa dernière note, Rexecode a analysé l’impact de la productivité sur l’évolution de la rémunération des salariés, tout en proposant quelques pistes de réflexion pour l’améliorer.
Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Le salaire moyen par tête (SMPT) sur l’ensemble des secteurs marchands non agricoles a perdu 2,5 points de pouvoir d’achat entre 2019 et le deuxième trimestre de 2023. Un constat posé dans la dernière note de l’institut d’études économiques Rexecode, relevant que la moindre progression des salaires, en comparaison à l’indice des prix à la consommation, relèverait davantage d’une baisse de la productivité que d’un partage de la valeur s’opérant au détriment des salariés.

En effet, 80 % de la baisse de près de 5 % de la productivité observée en moyenne depuis 2019 serait à mettre en lien avec un effet de composition de la main-d’œuvre. À cela, plusieurs explications : une partie des emplois créés sur la période l’a été au bénéfice de profils relativement moins qualifiés (notamment dans l’apprentissage) et l’autre dans des secteurs à plus faible niveau de productivité que la moyenne de l’économie.

De plus, une partie de ces 1,2 million d’emplois salariés créés depuis 2019 a aussi coïncidé avec la baisse du taux de chômage. "Les profils d’emplois concernés correspondent généralement à des niveaux de productivité plus faibles, du fait d’un moindre niveau de qualification, d’expérience ou des effets d’un éloignement prolongé du marché du travail", souligne le directeur des études Rexecode, Olivier Redoulès. Outre, donc, cette intégration au marché du travail de personnes moins qualifiées ou moins productives, certains secteurs dans leur ensemble ont également vu leur productivité s’amenuiser, en raison de chocs spécifiques ou de transformations structurelles.

 

L’inflation a bien sûr aussi son rôle à jouer

 

C’est notamment le cas des filières intensives dans leur consommation d’énergie, qui ont été particulièrement pénalisées par l’inflation. "Ces secteurs ont plutôt fait le choix de maintenir leurs effectifs et de préserver les salaires, ce qui a conduit à une nette déformation du partage de la valeur en faveur de la rémunération des salariés", observe la note de Rexecode. En cas de rattrapage de production envisagé, la perte de productivité pourrait être amenée à se résorber. À l’inverse, pour parvenir à la restaurer, des ajustements pourraient advenir au niveau de l’emploi ou sous la forme d’une modération salariale. Qu’il s’agisse donc d’un effet de composition ou d’une moindre création de richesse, la perte de productivité prouve ainsi son effet sur la hausse des salaires.

Une moindre progression et une perte de pouvoir d’achat qui restent, évidemment, à mettre en relation avec une inflation qui touche différemment les entreprises. Certaines ont eu la possibilité de répercuter la hausse de leurs coûts sur leurs prix, d’autres non : cette perte de pouvoir d’achat de la valeur ajoutée d’une société, qui "se partage ensuite entre les apporteurs de travail et de capital au moment des négociations salariales, est alors de nature à freiner les salaires relativement aux prix à la consommation", ajoute Olivier Redoulès.

Il reste que si le choc inflationniste en cours depuis 2021 a bien grevé le pouvoir d’achat du SMPT, la majeure explication de sa réduction se trouve donc bien du côté de la productivité. Des constats qui ont ainsi interrogé Rexecode sur les leviers à activer pour redynamiser ces gains de productivité.

 

Réallouer, optimiser et équilibrer

 

Tout d’abord, en reprenant l’un des principaux enseignements sur Rapport sur le tissu productif de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la mobilité de la main-d’œuvre des entreprises les moins productives vers celles qui le sont davantage pourrait apparaître comme une solution opportune. De fait, l’OFCE démontrait dans son rapport que la plupart des gains de productivité produits au cours de la dernière décennie se sont réalisés au travers de la réallocation des facteurs de production. Du côté des entreprises, il sera nécessaire de jouer sur le signal prix, à savoir sur un écart de rémunération. Du côté des politiques publiques, il s’agira de s’attacher aux problématiques de mobilité géographique (offre de logements, transports, services aux familles).

Puis, poursuit Rexecode, au niveau d’une entreprise, les gains de productivité pourront être encouragés par "une optimisation du coin fiscalo-social". En cela, l’institut dirigé par Denis Ferrand entend que certains dispositifs (notamment la dégressivité de la prime d’activité ou la progressivité de l’impôt sur le revenu à partir d’un certain niveau de salaire, ou la dégressivité des allègements de cotisations patronales) ont pour effet de renchérir le coût du travail plus rapidement que le salaire net. Les dispositifs de partage de la valeur pourraient ainsi susciter des gains de productivité, en complétant les moyens des employeurs en parallèle des salaires et des primes.

"Enfin, le coût du travail est un déterminant de la compétitivité des entreprises, et donc de la pérennité des gains salariaux", ajoute Rexecode. L’emploi peut servir de variable d’ajustement lorsque des conditions de rentabilité économique ne sont plus assurées rappelle l’institut, tout en soulignant que des politiques publiques visant à soutenir le pouvoir d’achat des salaires pouvaient s’opérer au détriment de l’emploi. Ce qui aurait, par la suite, justifié des politiques d’allègements de cotisations pour corriger ces effets. Aux branches et aux entreprises de trouver, donc, le bon équilibre entre la revalorisation de leurs échelles salariales et la maîtrise d’un coût de travail restant sensiblement plus élevé en France que dans les autres pays européens, conclut la note de Rexecode.

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