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Renault persiste et signe dans sa stratégie de prix / Le constructeur en garde sous le pied
Les prix plutôt que les volumes. L’offensive produits voulue "sans précédent" du groupe au losange est-elle en train de patiner ? A première vue, la hausse de 7,6 % du chiffre d’affaires du constructeur au troisième trimestre, à 10,5 milliards d’euros, ne le dit pas forcément. Si ce n’est que la progression s’avère très inférieure au rythme affiché au premier semestre, où le chiffre d’affaires avait bondi de 27,3 %, s’élevant à 26,8 milliards d’euros. Le constat est plus marqué encore si l’on regarde spécifiquement le chiffre d’affaires "Automobile" (donc hors pôle Mobilize Financial Services de financement des ventes), en légère hausse de 5 % sur le trimestre écoulé, après avoir grimpé de 27 % sur les six premiers mois de l’année.
Une première explication tient aux variations de change. L’effet devises a été négatif de 6,3 points sur le trimestre de juillet à septembre, ce qui est beaucoup (il était moitié moindre au premier semestre). Principalement parce que l’Argentine, qui est le neuvième marché du groupe, a procédé cet été à la plus forte dévaluation de sa monnaie en quatre ans. Dans une moindre mesure, la dépréciation de la livre turque a pesé également, sachant que la Turquie est le deuxième marché du groupe, derrière la France.
Volumes négatifs
Mais la principale cause de cette croissance ralentie se situe dans la baisse des volumes, inattendue. "Les volumes sont étonnamment négatifs et expliquent l’écart par rapport aux hypothèses du consensus", observent notamment les analystes du cabinet Stifel. L’effet volume a été négatif de 1,6 point quand les analystes pensaient qu’il serait positif de 4,3 points. Et ce bien que les immatriculations de véhicules des marques du groupe aient progressé de 6 %. La raison ? L’écoulement des stocks, en particulier dans le réseau indépendant, qui s’accélère avec la diminution des tensions de la chaîne logistique. Et ce alors que le carnet de commandes diminue mais dans des proportions contrôlées, s’établissant à 2,5 mois de ventes prévisionnelles à fin septembre quand il se situait à 3,4 mois à fin juin, demeurant ainsi au-dessus du niveau de deux mois que le groupe considère comme "optimal".
Dans le même temps, la bonne surprise provient de l’effet prix, qui atteint 7,5 %, soit deux points au-dessus des anticipations des analystes. Une évolution qui témoigne de la poursuite de la stratégie de valeur qui réussit bien au groupe depuis sa mise en œuvre par Luca de Meo, le directeur général, depuis son arrivée. C’est elle qui a permis de redresser les marges beaucoup plus rapidement que prévu depuis 2020. Et le succès des nouveaux lancements de produits en début d’année avait dernièrement permis d’en amplifier les effets.
Renault a d’ailleurs réitéré jeudi sa prévision pour 2023 d’une marge opérationnelle comprise entre 7 % et 8 % et d’un free cash-flow supérieur ou égal à 2,5 milliards d’euros. "Nous confirmons l’amélioration de notre rentabilité au second semestre et au-delà, portée par notre offensive produit, ainsi que par les bénéfices de notre programme de réduction des coûts et de notre politique commerciale stricte axée sur la valeur", a insisté jeudi Thierry Piéton, le directeur financier.
Des véhicules très rentables
Car le recul des volumes ne doit pas occulter que les ventes de véhicules particuliers des segments C et supérieurs (des véhicules de taille plus imposantes que des citadines, allant des berlines et SUV compacts aux voitures familiales) de la marque Renault en Europe, qui sont les plus rentables, ont augmenté de 27 % au troisième trimestre par rapport au même trimestre de 2022. C’est notamment le cas du SUV Austral, lancé fin 2022, qui a enregistré près de 21 000 ventes et se trouve être le véhicule le plus profitable de toute l’histoire de Renault, a confié jeudi aux analystes Thierry Piéton.
Et la dynamique devrait se poursuivre. Sur les 25 lancements de nouveaux modèles prévus entre 2022 et 2025, douze sont encore attendus en 2024, dont la nouvelle Renault 5, de quoi entretenir le cercle vertueux sur les marges sur un horizon prévisible. Et relativiser la chute du cours de Bourse enregistrée jeudi par l’action Renault, qui perdait près de 7 %, à 33,6 euros dans l'après-midi.
A court terme, c’est bien sûr le lancement d’Ampere, la filiale électrique bientôt portée sur les fonts baptismaux, qui va rapidement accaparer l’attention. Pour la journée investisseurs à venir du 15 novembre, l’équipe de choc nommée à sa tête va devoir lever les incertitudes sur la valorisation de l’entité, et présenter des objectifs qui soient jugés crédibles face à la guerre des prix lancée par Tesla et la grande offensive des constructeurs chinois dans l’électrique. La question étant de savoir si Renault, dont l’alliance avec Nissan est désormais plus lâche, aura les reins suffisamment solides pour répondre au défi lancé par les Chinois et les Américains.
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