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Allemagne : cela s’annonce économiquement corsé à court et moyen termes / Les "Sages" pointent plusieurs défis
L’année 2023 aura été éprouvante pour l’économie allemande et les suivantes ne s’annoncent peu reluisantes. D’après le Conseil des sages allemands, un groupe d’économistes chargés de conseiller le gouvernement ultra-rhénan, la première économie européenne va voir son Produit intérieur brut (PIB) décroître de 0,4 % cette année. "Cette situation s’explique par la forte hausse des prix de l’énergie l’année dernière et la part élevée d’industries intensives en énergie en Allemagne", indiquent Monika Schnitzer, Veronika Grimm, Ulrike Malmendier, Achim Truger et Martin Werding, qui notent toutefois que "de vastes mesures de politique économique ont permis d’éviter un effondrement encore plus profond en transformant l’approvisionnement en énergie et en amortissant les effets économiques de la crise énergétique. En outre, les entreprises et les ménages se sont bien adaptés à la crise ".
Pour 2024, il est prévu que la croissance du PIB atteigne 0,7 % dans un contexte où l’inflation annuelle devrait refluer de 3,5 points de pourcentage pour s’établir à 2,7 % en moyenne. Là n’est toutefois pas l’essentiel.
"Les projections à moyen et long termes de la production potentielle de l’Allemagne présentées dans ce rapport annuel font apparaître des obstacles évidents à la croissance au cours des prochaines décennies, indépendamment de la faiblesse actuelle de l’économie", soutiennent les Sages, qui estiment qu’une croissance potentielle d’un peu moins de 0,4 % par an est attendue au cours des dix prochaines années si les tendances actuelles se poursuivent. Il s’agit d’un chiffre extrêmement faible au regard des standards historiques : 2,4 % par an dans les années précédant la réunification à 1,4 % entre 2000 et 2019 et à bien moins de 1 % par an au cours des cinq dernières années.
Une décélération qui s’explique en grande partie par la contraction à venir du volume de main-d’œuvre lié au vieillissement démographique : cet effet pourrait coûter 0,5 point de croissance potentielle par an dans les temps à venir. D’ici 2035, le taux de dépendance des personnes âgées, c’est-à-dire le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans par rapport aux personnes âgées de 20 à 64 ans, aura presque doublé par rapport à l’année 2000. "Le nombre de personnes qui partent à la retraite augmente fortement et ne devrait pas être suffisamment compensé par l’augmentation des taux d’activité et de l’immigration", avance le Conseil des sages.
En outre, deux autres composantes de la croissance potentielle ne seraient pas de nature à connaître un regain de forme. En effet, "si la dynamique actuelle persiste, la croissance du stock de capital et la productivité devraient également rester à des niveaux faibles".
Or, "l’expansion à long terme de la production potentielle est particulièrement importante dans le contexte de la transformation envisagée dans les domaines de la numérisation et de la décarbonation", alerte le rapport. En vue d’accroître la productivité, les Sages recommandent que "le financement de l’éducation et de la recherche soit amélioré, en particulier pour la recherche sur les technologies à usage général telles que l’intelligence artificielle".
Pour ce qui concerne les moyens d’augmenter l’offre de main-d’œuvre nationale, les Sages suggèrent d’améliorer les possibilités et les incitations à l’emploi en élargissant les dispositifs de garde d’enfants, réformant les avantages fiscaux des couples mariés ou encore en promouvant la formation continue.
Enfin, déplorant que les marchés de capitaux soient sous-développés en Allemagne, les Sages appellent à les renforcer pour que grossisse le stock de capital. "Aux États-Unis et dans certains pays scandinaves, les grands investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension ou les compagnies d’assurance fournissent ce type de financement à grande échelle. Toutefois, les investisseurs institutionnels actifs en Europe investissent rarement directement dans les entreprises par le biais des marchés d’actions ou du capital-risque", soutient le rapport. "Le renforcement du marché des capitaux est essentiel pour les entreprises en général, mais surtout pour les start up. Celles-ci contribuent de manière significative à l’innovation et à la croissance", rappellent-ils.
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