Macro-économie / Taux / mix énergétique / importations / dépendance
Macro-économie / Taux
mix énergétique / importations / dépendance
La dépendance énergétique française est toujours aussi problématique / Mais le pays reste pour l’heure peu exposé à des ruptures d’approvisionnement
Pour l’heure il n’y a pas péril en la demeure des importations énergétiques françaises. La lecture de l’étude du département des statistiques et des études du commerce extérieur des Douanes sur le sujet laisse à penser que ces derniers mois constituent cependant un coup de semonce sur la question. Le modèle hexagonal doit se souvenir de ses faiblesses et une fois n’est pas coutume le pays a dû avoir recours à des importations d’électricité. Comme un rappel que Paris n’a que peu de marge de manœuvre en ce qui concerne l’énergie.
Effectivement, si la France est jugée "peu vulnérable à une rupture d’approvisionnement" en ce qui concerne le pétrole, grâce à la foule de fournisseurs disponible vers lesquels se tourner, le constat est plus inquiétant concernant l’uranium et le gaz. Pour ce dernier, il est avancé que la " possibilité de diversifier ses fournisseurs est moins aisée pour le gaz naturel, compte tenu du degré de concentration des importations françaises auprès d’un nombre réduit de pays fournisseurs : les États-Unis, la Norvège et la Russie détiennent plus des deux tiers du marché en France en 2022". La vulnérabilité de la France concernant les importations de l’uranium nécessaire pour faire fonctionner son outil nucléaire, n’est pas négligée puisqu’il est établi que le "Niger, l’Australie et le Kazakhstan en 2022 ont assuré près des trois quarts des approvisionnements de la France en uranium naturel".
Dans la mesure du possible
Cependant la voie de la diversification n’est pas aisée pour l’Hexagone, notamment concernant le gaz ; en particulier à cause de "l’absence d’interconnexions entre gazoducs et la nécessité de disposer d’infrastructures de transport et de conversion entre gaz gazeux et gaz naturel liquéfié [qui] limitent les capacités de substitution". Légère lueur d’espoir néanmoins, il est avancé que "le potentiel de diversification des importations de gaz (gazeux et GNL) est élevé. Les exportations mondiales sont en effet peu concentrées, l’indice de concentration des exportations mondiales (IHH) étant inférieur à 0,1 ". Laissant la possibilité de se retourner vers un nouveau fournisseur en cas de défaillance de l’un de ceux actuellement engagés avec la France.
Les investissements liés au transport du gaz sont non négligeables comme évoqué précédemment, au-delà du volet financier de leur construction il faut aussi considérer qu’ils nécessitent "de lourds investissements dans les infrastructures (gazoduc, méthanier, terminal méthanier) dont la mise en service doit être programmée plusieurs années à l’avance". Une problématique différente de celle rencontrée sur le front de l’uranium, ce dernier voit la France faire face à des " possibilités de substitutions sont limitées car les exportations mondiales sont modérément concentrées, le Kazakhstan, le Canada et l’Australie assurant plus des deux tiers des débouchés ".
Or il s’agit des trois des quatre principaux fournisseurs de l’Hexagone à l’heure actuelle, les relations diplomatiques avec le Niger - jusque-là au premier rang des fournisseurs d’uranium pour le nucléaire tricolore - s’étant considérablement refroidies ces derniers mois. Paris a su faire face à ce coup dur en faisant passer la part de l’uranium en provenance du Niger dans les importations d’uranium naturel de 38 % en 2019 à 24 % en 2022. Une situation similaire avec un des trois géants de l’uranium ne serait pas aussi facile à surmonter.
Singularité
La particularité du modèle hexagonal par rapport à ses voisins européens lui permet cependant d’afficher une moindre sensibilité au charbon. Le département des statistiques et des études du commerce extérieur des Douanes juge effectivement concernant la houille, qu’il y a là "une vulnérabilité élevée des approvisionnements de la France mais limitée par son faible poids dans l’ensemble des importations énergétiques". À titre d’exemple en 2019, les importations d’énergie de la France en valeur "étaient pour plus des trois quarts constituées de pétrole (brut et raffiné). Le gaz (gazeux ou liquéfié) représentait un cinquième du total. Les importations de houille et d’électricité étaient quant à elles faibles (respectivement 2 % et 1 % du total) ".
Ce qui contribue à relativiser la dépendance aux importations de la France de l’ordre de 97 % concernant le charbon, là où le taux de dépendance aux importations de l’UE est uniquement de 41 % en moyenne entre 2012 et 2021. Concernant l’électricité, l’année écoulée constitue une exception puisque le nucléaire français permet traditionnellement d’avoir un taux de dépendance pour l’électricité qui est négatif : en 2019 il était ainsi de - 4,6 %, à la nuance près que la dépendance à l’uranium apparaît en arrière-plan.
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