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Atlante / Stellantis / Caisse des dépots / Recharge électrique / véhicules électriques
Comment Atlante veut prendre sa part dans l’essor du véhicule électrique / Une indispensable pédagogie à mener auprès des constructeurs et des clients finaux
Alors que les ventes de voitures thermiques en Europe seront interdites à compter de 2035, celles de véhicules neufs 100 % électriques ralentissent. Selon l’Association des constructeurs automobiles européens, la part de marché de ce type de voitures serait, en effet, en baisse en Europe, ne représentant plus que 14,2 % en octobre contre un pic de 21 % en août dernier.
Favoriser l’entrée et le milieu de gamme électrique
Certes, l’Allemagne, ayant décidé de moins subventionner l’achat des véhicules électriques, est en partie responsable de cette baisse mais en France aussi, les ventes plafonnent. "Les Français et les Européens plus généralement ont sans doute l’impression d’être contraints à un changement qui offre pour le moment des services, et notamment de recharge, limités. Pourtant l’évolution du réseau est extrêmement rapide depuis trois ans et il est déjà possible de traverser la France par autoroute en voiture électrique. S’il y a eu un engouement incontestable en début d’année, c’est surtout de la part des ménages aisés, car les voitures électriques restent coûteuses, au-delà de 30 000 euros. En dessous de ce prix, les particuliers ont du mal à trouver des véhicules accessibles financièrement et le marché de l’occasion est pour l’instant encore quasiment inexistant. Les constructeurs doivent donc se positionner avant que les entreprises étrangères s’approprient le marché européen ", prévient, lors d’un entretien accordé à WanSquare, Jacques Galvani, directeur général d’Atlante France, entité de la filiale italienne, créée en 2021 et spécialisée dans les bornes de recharge rapide électrique (issue d’énergie 100 % renouvelable), du groupe NHOA (ex-Engie EPS), acteur mondial dans le stockage d’énergie et propriété de Taïwan Cement Corp et avec laquelle Stellantis a investi dans une coentreprise Free2move eSolutions.
Un marché français de recharge très dynamique
Pour le dirigeant, le manque de bornes de recharge est un faux problème. D’autant que la France serait, selon lui, pour l’instant, l’un des marchés les plus concurrentiels avec une dizaine d’acteurs présents sur le marché, dont TotalEnergies, Engie, la start-up Electra, la Néerlandaise Fastned, l’Allemande Ionity et bien d’autres. Certains avec des approches de long terme, comme Atlante, et d’autres, plus opportunistes, qui parient sur une concentration du marché et des rachats qui ne manqueront pas d’arriver. "La France compte actuellement 120 000 bornes de recharge dont environ 8 000 seulement sont ultra-rapides (150 kilowatts et plus). Le vrai sujet sera bientôt le maillage territorial de tous ces points de charge pour éviter des concentrations inutiles ", estime Jacques Galvani. Dans l’Hexagone, Atlante atteindra les 250 points de charge ultra-rapides d’ici la fin de l’année et vise les 1 000 d’ici fin 2024.
Au total, sur ses quatre marchés du sud de l’Europe (Italie, France, Espagne Portugal) où il opère, ce sont 2 000 points de charge qui ont déjà été installés. Altante compte monter à 5 000 d’ici 2025 et 35 000 en 2030. Pour y parvenir, Atlante a réussi à rassembler 300 millions d’euros de fonds propres qui seront dédiés à la création de stations de recharge et engagés d’ici fin 2025.
Des partenariats stratégiques
Mais si le groupe ambitionne de devenir le leader de la recharge en Europe du Sud, les autorités publiques lui font déjà confiance. Atlante a ainsi reçu 73 millions d’euros de subventions européennes dans le cadre du programme "Connecting Europe Facility " (CEF) tandis que l’entité française a reçu un soutien de 20 millions d’euros de la Caisse des Dépôts.
"Toutefois, pour implanter des bornes, il nous faut des partenaires fonciers publics et privés", rappelle Jacques Galvani qui connaît bien ces sujets. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a été approché pour ouvrir en 2022 la filiale française. Rappelons en effet qu’au sein du groupe Casino entre 2009 et 2013, il était directeur général délégué de Casino Développement, responsable du développement immobilier du groupe en France (centres commerciaux, hypermarchés, etc.) et du développement de projets immobiliers pour Mercialys, sa foncière cotée. Il était en outre sponsor du projet Green Yellow, filiale dédiée aux énergies renouvelables (et notamment photovoltaïque) à destination des entreprises et des collectivités, rachetée en 2022 par Ardian.
En 2013, il rejoindra le développeur immobilier Altarea, comme directeur délégué à la présidence et responsable du développement transversal (grands projets urbains mixtes). Une expérience qui lui a donc permis de nouer des partenariats judicieux pour Atlante avec Klépierre, Groupe Duval, Vinci Autoroutes, Emil Frey ou encore la ville d’Autun en Bourgogne, etc.
Faire changer les mentalités
Cependant, conscient de son rôle dans l’appropriation du véhicule électrique par les automobilistes, Atlante souhaite aussi faciliter la vie des usagers afin de les convaincre que ce type de produit est aussi simple d’utilisation qu’une voiture thermique. "Et nécessite également moins d’entretien et moins de réparations, certains véhicules étant de petits bijoux industriels", assure le directeur général. Pour cela, l’entreprise est en train de développer sa propre application capable de dire à ses clients où trouver une borne Atlante et de les accompagner dans l’expérience de recharge.
Par ailleurs, les paiements se font aussi désormais par carte bancaire, ce qui le différencie de certains de ses concurrents. "L’expérience client est un véritable enjeu de confiance sur le long terme, c’est pour cela que nous avons décidé de tout internaliser. Nous possédons également notre propre laboratoire de recherche à Milan où nous développons nos projets de gestion de l’énergie et le digital. Nous maîtrisons déjà la technologie du "Vehicle 2 Grid", qui permet de stocker l’énergie dans les moteurs électriques pour la remettre dans le réseau en cas de pic de consommation ", détaille Jacques Galvani qui reconnaît cependant qu’un important travail de sensibilisation reste encore à mener, y compris chez les constructeurs, qui ont historiquement produit des véhicules thermiques. "Il est important que la parole politique joue son rôle d’accompagnement afin qu’une réelle mutation industrielle et un changement de mentalité puissent enfin s’opérer", estime-t-il.
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