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Mer Rouge : quelles conséquences sur le prix des hydrocarbures ? /
Le taux de fret du pétrole pourrait flamber
La détérioration de la situation sécuritaire du transport maritime en mer Rouge a de quoi inquiéter les entreprises. Flambée à venir des prix du pétrole et du gaz, difficultés d’approvisionnement, hausse du coût du fret, autant de sujets d’inquiétude que peuvent susciter les décisions successives des armateurs internationaux Maersk, CMA CGM ou encore du pétrolier BP de cesser toute traversée de leurs navires dans la zone du détroit de Bab-el-Mandeb, reliant la mer Rouge au golfe d’Aden et à la mer d’Arabie et attaquée par les rebelles houtistes.
Pas d’impact sur la production mondiale
À ce stade, il serait toutefois peu probable que ces perturbations aient des effets importants sur la production du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL), selon l’équipe de recherche économique de chez Goldman Sachs. "Les possibilités de réorientation des navires impliquent que la production ne devrait pas être directement affectée", tente-t-elle de rassurer, soulignant que ces navires peuvent soit contourner le détroit, soit se diriger vers d’autres destinations géographiques.
De fait, la plupart des exportations maritimes occidentales de l’Arabie saoudite à travers la mer Rouge passent par le canal de Suez ou le pipeline SUMED (Egypte) plutôt que par Bab-el-Mandeb. "Nous estimons que le total brut des flux de pétrole dans le détroit s’élève à 7 millions de barils par jour, dont 3 sont acheminés principalement du Moyen-Orient vers l’Europe. Seuls environ 1,2 million de barils par jour de pétrole saoudien sont exportés à partir de ses ports occidentaux comme Yanbu ou Jizan et seuls environ 0,2 million de barils par jour de ces flux se dirigent vers le sud à travers le détroit, vers l’Asie ou d’autres parties du Moyen-Orient. Ces flux pourraient être détournés vers l’Europe ou, au contraire, vers l’est, via les oléoducs vers les ports de l’est, puis vers le détroit d’Ormuz", écrivent les économistes.
Le détroit d’Ormuz beaucoup plus stratégique
La situation serait d’ailleurs tout autre si les attaques devaient entraîner une fermeture du détroit d’Ormuz, séparant l’Iran d’Oman et considéré comme une artère vitale à l’exportation des hydrocarbures (Arabie saoudite, Iran, Irak, Emirats arabes unis et Koweït). Une hypothèse à laquelle les économistes de Goldman Sachs ne croient pas, mais qui pourrait s’avérer beaucoup plus problématique.
Ils estiment en effet à 17 % de la production mondiale de pétrole et à 18 % de l’approvisionnement mondial en GNL qui passent par le détroit d’Ormuz. "Or, il n’est pas possible de contourner la voie maritime ou de réoptimiser les flux commerciaux, car le Golfe Persique (y compris le détroit d’Ormuz) est le seul lien entre les grands champs de production et les régions importatrices. Une telle perturbation aurait donc de lourdes conséquences avec d’abord des arrêts de production mondiale de pétrole et donc une hausse des prix de 20 % pour chaque mois de perturbations, des prix finissant par doubler si la perturbation se prolongeait ", préviennent-ils.
Un coût du fret ressenti sur le pétrole raffiné
Dans ce contexte, si la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb devait se prolonger dans le temps, une éventuelle réorientation des 7 millions de barils par jour des flux pétroliers bruts, avec une augmentation moyenne d’environ 15 jours de temps de trajet, soit l’équivalent d’une augmentation de 100 millions de barils, celle-ci devrait se traduire par une hausse des prix du brut au comptant par rapport aux prix à long terme de 3 à 4 dollars par baril au début de la crise du fait de la réduction des stocks commerciaux disponibles au niveau mondial, pour se stabiliser ensuite.
C’est surtout le prix du fret pétrolier qui devrait être particulièrement impacté. "La tarification n’est pas linéaire dans le temps. Nous avons calculé qu’une augmentation de 1 % de la demande de pétroliers entraîne une augmentation de 0,5 % des taux de fret. Ainsi, une hausse potentielle de 100 millions de barils augmenterait leur taux de fret de 25 % (un dollar par baril) à 55 % (4 dollars par baril) selon les pétroliers", alerte l’équipe de recherche de Goldman Sachs. Un coût qui se reporterait ensuite sur les produits raffinés, et notamment en Europe du Nord.
S’agissant du GNL, ces coûts resteraient en revanche limités, certains flux pouvant être réaffectés : "par exemple, les cargaisons de GNL du Qatar auparavant destinées à l’Europe peuvent être redirigées vers le bassin du Pacifique, tandis que les exportateurs de l’océan Atlantique, tels que les États-Unis, peuvent augmenter leurs exportations de GNL vers l’Europe", explique-t-elle.
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