Macro-économie / Taux / Iliad / Thomas Reynaud
Macro-économie / Taux
Iliad / Thomas Reynaud
L’année 2024 vue par... Thomas Reynaud /
Directeur général du Groupe iliad
Considérez-vous la transition énergétique comme une contrainte et un facteur supplémentaire d’inflation ou comme une opportunité de transformation et d’adaptation de vos métiers ? S’agissant de l’entreprise que vous dirigez, quel est le montant de son coût d’ici à 2030 ?
La transition énergétique est une gigantesque montagne devant nous. Donc, soyons honnête, elle est évidemment les deux : une contrainte d’abord, et aussi une opportunité. Une contrainte car elle pèse nécessairement sur nos coûts – nous devons investir ! –, et pèse également sur le pouvoir d’achat des ménages. Mais, notre politique chez iliad, c’est que la transition écologique ne doit pas être une exclusion économique. Tout ce que nous entreprenons en matière de transition écologique, tous les investissements que nous faisons – 1 milliard d’euros sur 15 ans, avec l’objectif de contribuer à la neutralité carbone en 2035 – ne doivent pas peser sur le pouvoir d’achat de nos abonnés. Cela ne serait pas juste. Nous investissons donc sans augmenter le prix de nos deuxforfaits mobiles les plus populaires. Et nous faisons de cette contrainte, une opportunité pour nous forcer à inventer, à déployer des solutions innovantes. Au passage, c’est très mobilisateur en interne. Au sein du Groupe iliad, les équipes sont convaincues que la transition écologique s’appuie et s’appuiera plus encore sur le numérique, et donc que le numérique doit devenir irréprochable en matière environnementale. Toutes les équipes se mobilisent au quotidien pour améliorer l’efficacité énergétique de nos réseaux fixe et mobile, soutenir la construction de nouvelles unités de production d’énergies renouvelables, en France, en Italie et en Pologne, améliorer la performance environnementale de nos data center, ou encore renforcer la performance environnementale des Freebox.
De quelle manière appréhendez-vous, dans vos métiers, les opportunités offertes par l’Intelligence artificielle, les supercalculateurs et le cloud ? Estimez-vous optimale la sécurité de votre entreprise face aux risques cyber ? De quelle manière vous armez-vous contre ces risques d’un nouveau type ?
L’intelligence artificielle est un sujet pour nous depuis un moment. Nous n’avons pas attendu ChatGPT ! Elle est au cœur de nos métiers et doit nous permettre de faire toujours mieux notre activité d’opérateur télécoms, en matière par exemple de suivi et d’entretien de nos réseaux, ou bien encore de service clients. L’IA est également au cœur de notre offre à destination des entreprises, elle est la prolongation logique de tout ce que nous avons fait en matière de transport, de stockage et de sécurisation de la data. Le monde se transforme, et le Groupe iliad se transforme également, avec ce tempérament de pionnier qui a toujours été le nôtre. Nous sommes dorénavant bien plus qu’un opérateur télécoms. Nous mettons à la disposition de nos clients entreprises dédié la plus grande puissance de calcul Cloud dédiée au développement de l’IA en Europe avec notre supercalculateur Nabuchodonosor. Et tout cela, dans un monde à la fois plein de menaces de prédation des données et de concurrence acharnée à l’échelle planétaire pour imposer un leadership technologique. Je suis pour ma part convaincu que nous devons redoubler d’efforts à l’échelle de l’Europe, sinon nous serons relégués au second rang, et nous serons collectivement en position de faiblesse. Il faut investir dans un cloud souverain européen, investir aussi dans une IA 100% européenne, s’appuyant sur des principes de transparence, d’open source et de respect des libertés individuelles. C’est la raison pour laquelle le Groupe iliad, avec le groupe CMA CGM et Schmidt Futures, a financé à hauteur de 300 millions d’euros le lancement récent de Kyutai, un laboratoire de recherche indépendant en matière d’IA, capable, grâce à ses chercheurs français et européens et à la puissance de calcul dont ils disposent de rivaliser avec les meilleurs à l’échelle mondiale.
Il a été beaucoup question de la " grande démission " avec la crise sanitaire, mais aussi de l’apparition du télétravail notamment dans le secteur tertiaire – avec à la clé une baisse de la compétitivité. Comment vous adaptez-vous aux nouveaux modes de travail, aux nouvelles contraintes et aux nouvelles exigences de vos collaborateurs de manière à attirer et retenir les meilleurs talents ?
Tout ce qui est excessif est contreproductif ! Je crois que le télétravail ne peut pas être le seul avenir du travail. Il faut adopter une approche équilibrée, souple, qui permette aussi aux équipes de se retrouver, d’interagir, de se parler. En fin de compte, l’entreprise doit avant tout rester une aventure humaine. Elle doit surtout, et c’est à mon sens le facteur premier de motivation, assurer à chacune et chacun de pouvoir grandir, se former. Les entreprises les plus efficaces pour moi ne sont pas celles qui savent uniquement attirer des talents, mais bien celles qui savent les garder, et pour cela les faire monter en compétence. C’est pour cela que chez iliad nous avons créé une université d’entreprise, l’Université Free. Le parcours est exigeant, le diplôme n’est pas acquis, mais je peux vous le dire, il y a beaucoup de fierté, et de motivation, quand les participants achèvent leurs cursus et peuvent alors évoluer vers d’autres fonctions au sein du groupe. Nous sommes dans un monde où la première ressource, c’est la compétence. Il est donc du devoir de chaque entreprise, c’est une question aussi bien d’efficacité économique que d’éthique, de veiller à ce que ses salariés aient sans cesse la possibilité de progresser.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

