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Temps mort pour les offres publiques en 2023 / Les primes offertes affichent néanmoins une santé de fer, tandis que les retraits de cote se maintiennent
Triste année 2023, à la Bourse de Paris. Si la baisse drastique du nombre d’introductions en Bourse (IPOs) était déjà connue, les chiffres de l’Observatoire des offres publiques d’EY, publié ce jeudi, sont venus confirmer cette tendance pour le moins baissière. Le nombre d’offres publiques déclarées conformes par l’Autorité des marchés financiers (AMF) s’est élevé à 23 au titre de l’année écoulée, contre 32 en 2022. Logiquement, le montant des opérations s’inscrit lui aussi à la baisse : après avoir atteint 15,6 milliards d’euros en 2022, le montant des opérations clôturées s’élève à 9,5 milliards d’euros en 2023.
Un recul d’autant plus marqué que cette somme comprend les opérations déclarées en 2022 mais finalisées en 2023. À l’instar de l’offre initiée par l’État français sur EDF pour 6,5 milliards d’euros. Soit près de 70 % du total. Corrigé de cette opération, le montant des opérations redescend à 3 milliards d’euros. "C’est un peu le reflet des montants levés lors des IPOs. Il n’y a pas eu d’opérations d’envergure cette année, l’activité est ralentie. Les acteurs de marché patientent, attendant que les conditions macroéconomiques se rétablissent. Un certain nombre d’opérations ont été repoussées, ce qui est aussi valable sur les marchés privés", fait remarquer Julie Madjour, associée Strategy & Transactions chez EY, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Un biais de perception
Hors EDF, aucune opération n’a dépassé les 700 millions d’euros en 2023. La palme revient ainsi à l’offre publique lancée par la holding familiale - et de concert avec d’autres investisseurs - sur Rothschild & Co pour 688 millions d’euros, suivie par un retrait de cote. Puis au groupe Bolloré, ayant lancé un rachat sur ses propres actions afin de renforcer la participation de la holding familiale, la financière de l’Odet, pour 570 millions d’euros (91,3 % des opérations ont d’ailleurs été initiées par les actionnaires historiques).
Deux statistiques s’affichent toutefois à la hausse. D’une part, celle de la place du secteur Industrie et Matériaux, qui rafle 35 % des opérations réalisées en 2023, contre 9 % auparavant. Ce qui le place ainsi à égalité avec celui des Technologies. Aussi, la prime médiane offerte aux détenteurs d’actions a grimpé : elle est de 42,9 % par rapport au dernier cours de Bourse avant l’annonce de l’opération, contre 30,5 % en 2022. "Nous traversons une phase d’ajustement des valorisations. Il y a un décalage quant à la perception des valorisations entre les entreprises et les investisseurs. Cette prime appréciable peut en être le reflet. Elle est à son plus haut niveau depuis dix ans. Certaines entreprises convaincues de la solidité et de la pérennité de leur Business Model ont probablement le sentiment que le cours de Bourse ne reflète pas la valeur long terme de leur société", observe Julie Madjour. "Certains actionnaires de référence conduisent par ailleurs un retrait de cote, offrant aussi plus de flexibilité stratégique", poursuit-elle.
De fait, ces retraits de cote se seront (en proportion) maintenus à un niveau raisonnable en 2023. Quatorze d’entre eux ont été identifiés par l’Observatoire du cabinet de conseil, soit 61 % des opérations (contre 66 % en 2022, ou 58 % en 2021). Une pratique bien instituée, ni plus ni moins en progression par rapport aux années précédentes et dont la proportion s’apprécie donc moins à l’aune du contexte macroéconomique.
La prudence est (encore et toujours) de mise
Ce qui n’est pas le cas, à l’inverse, du côté des IPOs. Au nombre de 6 en 2023, le plus bas niveau depuis 2014, elles ont toutes été réalisées sur Euronext Growth, le segment réservé aux petites et moyennes capitalisations. Dans cette lignée, les fonds mobilisés lors de ces introductions en Bourse se sont eux aussi significativement tassés. En moyenne, le montant moyen collecté l’année dernière a atterri à 10,3 millions d’euros, contre 27,7 millions d’euros en 2022… et 86 millions d’euros en 2021. Au total, le flux net entre les IPOs et les retraits de cote touche quant à lui son plus bas historique, négatif à hauteur de 25.
"Il y a un niveau de prudence accru complexifiant la réalisation d’opérations à des prix élevés. Mais la décélération de l’inflation a débuté, les taux commencent aussi à se stabiliser, certains pronostics en envisagent même une baisse. Tout est question de temporalité", précise Julie Madjour. Preuve en est, l’indicateur de volatilité de l’Euro Stoxx 50, le V2TX, était nettement redescendu sous sa moyenne annuelle en décembre dernier, dans un contexte de ralentissement de l’inflation. Mais outre les taux d’intérêt et l’inflation, des facteurs d’instabilité géopolitique pourraient aussi venir mettre leur grain de sel dans la vigueur des marchés boursiers au fil des douze mois à venir, parmi lesquels les élections américaines joueront un rôle de tout premier plan. "Il y a tout de même bon espoir que l’année 2024 soit meilleure que 2023. Comme toujours, cela reste conditionné à l’absence de chocs exogènes majeurs. Mais la Bourse est, et restera, une source de financement clé", avance Julie Madjour.
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