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La méthode Tavares pour l’électrique exposée au Sénat / Aligner quatre étoiles et garder le cap
Quels sont les ingrédients nécessaires à une vraie démocratisation et diffusion de la mobilité électrique ? Auditionné dans le cadre de la Commission d’enquête sénatoriale sur les obligations de TotalEnergies cette semaine, Carlos Tavares, le directeur général de Stellantis, en a profité pour prodiguer quelques conseils et exposer sa vision du sujet.
Dans le plan stratégique du groupe franco-italo-américain, les objectifs électriques ne manquent pas à l’appel. Au regard de sa feuille de route "Dare Forward 2030", Stellantis s’est fixé de réduire, d’ici à 2038, de 90 % ses émissions de CO2 par rapport à 2021 et de s’attaquer au reste de ses émissions avec un plan de compensation résiduelle. "Ceci nécessite évidemment d’avoir accès à des énergies décarbonées et une politique favorable à la mise en œuvre de ce plan de marche. Pour autant que nous en soyons informés, Stellantis est le groupe automobile qui a pris l’engagement le plus précoce", a souligné Carlos Tavares. "Nous pouvons expliquer comment nous allons y arriver : grâce à un portefeuille de produits et de technologies centrés sur l’électrification", a-t-il poursuivi.
Avancer à plusieurs
De fait, dès 2030, les véhicules électriques devraient représenter 100 % du mix de ses ventes en Europe et 50 % en Amérique du Nord. Une ambition qui sera atteinte au travers de ses quatre architectures dédiées à ces derniers. "Nous avons également créé de nombreuses co-entreprises et notamment avec TotalEnergies et Mercedes en Europe", a rappelé le patron du groupe issu de la fusion Fiat-PSA, faisant référence à la gigafactory de batteries électriques d’Automotive Cells Company dans le Nord de la France. Parmi les joint-ventures de Stellantis, il est aussi possible de citer celle avec le constructeur chinois de véhicules électriques LeapMotor, ou encore celle dans les semi-conducteurs avec Foxconn. Mais si le groupe se met en ordre de bataille pour atteindre son objectif de neutralité carbone, encore faut-il que la mobilité zéro émission se diffuse.
Pour Carlos Tavares, les conditions du succès d’une telle ambition reposeront sur "l’alignement de quatre étoiles". "La première, vous le savez, c’est une électricité et une énergie décarbonées et compétitives en coût. C’est un prérequis incontournable pour de nombreuses technologies aussi, pour les piles à combustible, les carburants de synthèse…", a fait valoir Carlos Tavares. La deuxième ? Les infrastructures de recharge, car non seulement elles devront être visibles, mais leur réseau devra aussi être plus dense. Le facteur de leur perception par les citoyens semble aussi apparaître primordial. Ceci pour une raison simple, a expliqué le directeur général de Stellantis : "Aujourd’hui, nous avons à rassurer le client sur le fait qu’il pourra charger son véhicule avec une autonomie significative, […] et qu’il ne tombera pas en panne". De cela découle la troisième étoile, soit celle d’assurer une autonomie significative aux véhicules électriques. Chez Stellantis, grâce aux différentes plateformes et en fonction de la taille des véhicules, ils pourront atteindre 800 kilomètres d’autonomie, a assuré Carlos Tavares. Et plus les batteries seront innovantes et légères, moins les véhicules consommeront d’énergie - ce qui permettra aussi d’allonger l’autonomie de ceux-ci.
Quid du leasing social ?
Enfin, viendra aussi la dimension abordable du véhicule. "La réduction des émissions de carbone passera par la réduction des coûts et [par la production] de grands volumes. Il faut que nos véhicules zéro émission puissent être abordables pour les classes moyennes. […] Une mobilité élitiste ne résoudra pas le problème [environnemental]", a-t-il expliqué. Carlos Tavares s’est d’ailleurs enthousiasmé à propos de l’initiative de leasing social pour les véhicules électriques qui avait été lancé en début d’année par le gouvernement français. Un canal sur lequel Stellantis avait pris 75 % de parts de marché, mais qui a rapidement été suspendu. "Nous appelons de nos vœux qu’il puisse être réactivé", a indiqué le dirigeant aux sénateurs.
Mais si l’adoption massive des véhicules électriques passera nécessairement par des prix plus abordables, cela ne se fera pas aux dépens de la rentabilité de Stellantis. Carlos Tavares a déjà statué à ce sujet : une course des prix vers le bas n’est pas la solution. D’où le fait que le groupe importe des batteries électriques. "Dans le démarrage de cette transition, je dois positionner [Stellantis] au meilleur niveau de performance. […] Si nous avions attendu d’avoir des batteries européennes, nous aurions accumulé un tel niveau de retard que la course aurait été perdue. Pour préserver la capacité de l’entreprise, je dois préserver la même temporalité que celle de nos concurrents. Nous sommes tout près, nous sommes compétitifs, nous sommes sur le podium avec Volkswagen et Tesla", a soutenu Carlos Tavares. Et de rappeler que les investissements européens du groupe en la matière portent leurs fruits, alors que dès la semaine prochaine, la montée en cadence de la Peugeot 3008 démarrera. Produite à Sochaux, dans le Doubs, sur la base de la plateforme STLA Medium, elle est équipée de batteries venant d’ACC.
Un problème global
"La transition est délicate, parce que la fourniture des batteries d’ACC va aussi prendre une part croissante de nos besoins. […] Nous attendons de la constance, nous sommes sur des échelles de temps incroyables, donc il faut garder le cap et être capables de produire cette compétitivité", a rappelé Carlos Tavares.
"Comment jugez-vous l’intensité et la pérennité de l’engagement des États, à l’échelle globale mais aussi comparativement ?", a par ailleurs soulevé la sénatrice de Paris, membre du groupe Les Républicains, Marie-Claire Carrère-Gée. Une question à laquelle le dirigeant a apporté une réponse pour le moins cartésienne. Sa première remarque a consisté à observer que la transition énergétique était utilisée comme un outil de reconquête et de productivité. "Cela peut créer des tensions, mais j’ai l’habitude de dire que lorsque le problème est global à l’échelle de l’humanité, mieux vaut y répondre de manière globale. Toute tension qui serait liée à une certaine forme de reconquête à l’occasion de cette transition énergétique pourrait ralentir le processus", a-t-il indiqué.
Digérer les prix, digérer les coûts
Pour autant, s’agissant du versant politique, plus ou moins enclin à supporter la diffusion de la mobilité électrique, le directeur général de Stellantis observe bien qu’un changement de direction (notamment aux États-Unis et en Europe, à l’approche des élections) pourrait venir mettre son grain de sel. Sa seconde observation a donc relevé que la manière d’arriver à cette mobilité propre pouvait aussi conduire à des tensions dans les sociétés. "Il peut y avoir à un moment donné un changement de cap induit par le vote de nos concitoyens. Le vote des citoyens étant lui-même la conséquence de la manière dont ils perçoivent la transition", a-t-il souligné. "Quand on est engagés dans un processus qui va prendre 10 ou 15 ans, il est évident que tout changement de cap aux niveaux de ces Etats-là [l’Europe et les Etats-Unis, ndlr], qui serait la conséquence de l’expression de la volonté des citoyens peut avoir un impact sur la vitesse à laquelle nous allons contribuer à résoudre ce problème. […] S’il y a un changement de cap au moment où l’avion décolle, il peut y avoir des conséquences. C’est un risque que je peux observer", a poursuivi Carlos Tavares.
Pour le dirigeant, le constat reste avant tout simple : l’enjeu planétaire est monumental, le chemin pour y arriver sinueux. Alors que la voiture électrique représente un surcoût de 30 à 40 % par rapport aux véhicules thermiques, la demande devra nécessairement être stimulée pour que les volumes augmentent afin de pouvoir réduire les coûts et proposer des véhicules moins onéreux. "La classe moyenne ne digérera pas des véhicules plus chers et [Stellantis] ne digère pas la perte", a pointé Carlos Tavares.
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